Le jeune arbre

La nuit sombre
est là
enrobant les étoiles
je le regarde
ses feuilles comme des plumes
dispersent le peu de lueur
il me dit qu’il est prince
le jeune arbre et il vrai
que son tronc est à peine plus épais
que le jarret d’un pur-sang anglais
sous l’écorce s’écoulent
réseaux de ruisseaux
pétulants
de l’autre côté du muret
vont les animaux sauvages
qui ne s’apprivoisent jamais
s’il tremble et frémit c’est
parce que de la nuit noire
il est le porte-parole le traducteur
le temple

un jour son âme
arborera
fleurs et pétales phosphorescents

Peur

Source image: ici

La mer d’une seule vague va
dans le ciel à cet endroit
où l’on croit reconnaître l’infini

Au dessus du cimetière le ciel
est un caillou gris tombé au fond
d’un puits

La pluie a lavé le ciel comme les larmes nettoient l’âme
le ciel demeure blanc
se gorge d’une lumière qu’il diffuse de façon presque homogène entre
mer plages pleines et montagnes
À la place des sanglots le silence confus des mots recouvre doucement
l’enneigement des pages
Faut-il encore que j’aie peur

Matière

Au delà du ruisseau et de son peuple de roseaux
Au delà de la pinède de ses sentiers réduits au silence

La mer ses vagues qu’elle lance comme des flammes

Au fond de moi habitée du crissement des branches et de la pluie d’aiguilles à peine Transparentes

La même colère étrange
S’étoffe

Collection

Sur l’appui de fenêtre ma collection de cailloux
exposée aux vents à la pluie
Quelqu’un est venu y blottir un trésor composé
de faines et de glands du grand hêtre et du chêne qui trônent si loin
à l’orée du parc si près du cimetière.

parmi les roches blanches et douces cueillies d’entre les mains des vagues
parmi les bonbons caramels récoltés aux creux des chemins
parmi les petites pupilles qui vous regardent depuis les plis d’un ruisseau, imitant tellement bien le jeu des têtards

Il y a désormais ce que surveille depuis le peuplier d’en face
le corbeau noir

Son reflet devient bleu lorsqu’il piaille depuis le toit de l’immeuble voisin
son cri éloigne les importuns qui pourraient peut-être s’intéresser de près ou de loin
à la collection de cailloux

comme celle que vénèrent en secret les enfants.

Trauma

Ce que les mots manquent
l’iris sur le point de fleurir
le dévoile

le jour est un néant
la nuit le remplit
de rêves qu’il jette par dessus bord

les larmes lorsqu’elles ne peuvent plus s’échapper
restent dans la gorge en lui faisant mal
et le coeur se suspend dans la cage thoracique
comme une lourde goutte noire
froide et inutile

Mon père et son ami poète

La tige du rosier se penche
comme si elle avait à tremper
son premier plumeau dans la mer
le bleu de l’air ne fait ployer que cette créature
on oublie qu’elle est parée d’épines
Dans l’ombre de la grange, que pouvaient-ils regarder en silence
si ce n’est posés sur l’eau noire de la rivière éteinte
la feuille ronde et la fleur presque ouverte d’un nénuphar
mon père et son ami poète 

Interminable voyage

Le ciel avait entrepris cet interminable voyage
qui va de la mer à l’horizon
et de l’horizon jusqu’aux premiers récifs
qui révèlent l’île aux vagues nouvellement nées

La caravane de nuages s’est arrêtée dans la baie
bien avant d’atteindre les montages dont les sommets sont semblables à la mâchoire béante d’un grand saurien carnivore.

il est trop tard pour disparaitre les nuages trop fatigués pour pleuvoir
dormir comme des agneaux sur le flanc des collines est ce dont chacun d’entre eux a besoin.

mais que faut-il faire du destin qui les titille et force la progression

attendre 

est un des mots que le vent ne connaît pas.