véhémence

la force des phrases qui se répètent
à l’instar des vagues
obnubile
mon esprit 

la gorge de cette femme déborde d’appels auxquels

personne ne sent de répondre

je cherche 

ce qu’il reste du langage après les larmes

dans l’olivier
le murmure oxydant de la mer
trouve un écho

qui le fait frissonner

dans le jardin c’est l’heure

des spectres

l’après-midi se peuple de petites ombres
qu’il est facile de confondre

avec les pommes de pin

ailleurs le monde s’effondre

car ce qu’il tombe des arbres

désormais

ce sont des bombes

Fauvette pitchou

Francesco Veronesi from Italy, CC BY-SA 2.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/2.0, via Wikimedia Commons

Elle fond de l’arbre

la fauvette

comme une larme de lumière

son oeil cerclé de rouge reflète le monde

son bec détient ce qui ressemble à une graine

mais c’est en fait d’un insecte qu’elle se délecte 

depuis la branche sans feuille d’un buisson qui pour l’hiver dort encore

elle va papillonnant 

la fauvette

du vert au parfum rose

que répand

le géranium rosat quand elle l’effleure

Mauvais augure

Bertrand Els

Entre
lumière et obscurité
une zone frange

où se glisse la plume bleutée
d’un oiseau
de mauvais augure

En un point du vide l’animal se pose
une question 

l’univers ne cesse de se remplir d’une matière
noire invisible et qui ne se mesure qu’en pourcentages

quel poids donner à la main qui décide
de tracer en profondeur les parois obscures

de l’habitacle familier où s’emprisonnent
volontiers les songes

Clef

voir et aimer de loin
choisi chemin de l’esprit
vers le doute 

croiser le temps parce qu’il s’espace
trouver une strophe et puis une autre et encore une autre
de loin rencontrer
l’hypothétique mot qui ne serait pas encore mort
chanter  car rien ne s’inscrit que dans l’imaginaire

épurer et vanter

la fleur

Légère et obscure
captive et personnifiante

avec une audace pudique et limitée
entrelacer les mots
être sur son cheval rêver le rien
en posséder la clef
et passer


aller outre la joie par delà le monde froid
déployer son coeur comme s’il avait des voiles

mêlant exaltation et inquiétude
 

Anéantissement

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effondrement 

du résidu ultime

de ta lumière

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quelques grammes de poussières
subissent les forces noires de la gravité
ton coeur pour pétrir

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ton cri aimanté chants magnétiques
ta voix résumée au souffle

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plus de corps pour contenir le mot
une ombre une onde oscillent
soeurs jumelles du non-dit le lieu loin

où s’éteignent  tes sources

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une étoile s’étouffe 

et personne personne dis-tu
ne fait rien.


Marine

Dans le port

la mer

dans la baie

la mer

tout autour du ciel

la mer

jusqu’à dépasser l’horizon

la mer

murmure

sur le rocher parmi les mousses vertes les lichens noirs

la silhouette du Monticole bleu

La signature parfaite pour une marine 

Amble

Stone Horse head relief, ca 14000 BC. Paleolithic: Magda-lenian. Angles sur l’Angleu. Vienne FR. ©Kathleen Cohen

Cheval au pas

Cheval au pré 

Galop persistant 

Dans l’enclos de mon âme 

Nue noire

Cheval pommelé enrobant 

N’importe quelle histoire 

Cheval de vent et de neige 

Sale

Pas un mot ne parle

De sa crinière et de ses naseaux 

De son garrot au repos 

Quand on le panse 

Quand il vous regarde 

Depuis ce fruit illuminé 

Par les reflets du monde

Fauve

Au centre des deux perles d’agate, un trait noir

un éclat 

l’ouverture lisible du cosmos

la perception sensible demande 

un silence minutieux

miaule en faveur d’une certaine forme de l’exigence

qui n’a pourtant rien de minérale

Par la fenêtre,

Après avoir fait abstraction du jardin et de son flamboiement de verts, on voit la mer. Jusqu’au Cap Corse et au delà, se déroule l’infinité bleue. Parfois, le vol léger et blanc d’un goéland soulève une vague, fait choir un nuage sur les sommets montagneux si facilement assimilables à la mâchoire fossilisée d’un grand crocodilien figé en cet instant unique et rare où il quitte sa position cachée, à l’affut pour bondir gueule ouverte vers une proie si vite évaporée. 

La grande variété de bleus ne permet plus à l’esprit d’établir clairement les frontières entre mer et ciel. Les collines, les montagnes évoluent vers le large comme de vastes et invraisemblables vaisseaux fantômes. Quelques méduses lointaines ne tiennent qu’à un fil de pluie.

Ces bleus-là ne semblent pas être les fils de la lumière, du vent. Ils ne sont pas de ceux qui se laissent filtrer par les fleurs toutes fraîches des mimosas. Ni de ceux qu’enlacent les pins, les eucalyptus. Aucun de ces bleus ne dort sur les faces rocailleuses exposées au soleil. 

Toute cette masse est bien trop mélancolique. Une mélancolie qui ne se vit pas comme un reproche de plus à la nature, un revers de médaille. Rien ne semble pouvoir apprivoiser cet animal à la robe pommelée presque grise. On ne peut que le laisser aller largement sans plus émettre le moindre jugement. Il n’est plus possible durant de longues minutes de concevoir la mélancolie, la tristesse profonde et inhérente à la condition humaine comme une émotion amère, âpre et qu’il faudrait chasser au plus vite loin de soi.