Évidence

©cc

Ils sont partout
ils veulent apprécier la réalité des choses.
Les plages, le soleil, les torrents des montagnes, le voile de la mariée, la mer, son eau transparente, les supermarchés, les sentiers balisés jusqu’au coeur de la montagne, les rues, les places, les églises, les villages perdus ou abandonnés, le ciel quand il n’y a pas de vent, quand il est sans nuages, exsangue et orange, bleu vide.

Heureusement, ils délaissent ce lieu délicieux où se réunissent quelques platanes pour parler entre eux. Les feuilles à double visage, l’un verdoyant, l’autre argenté applaudissent la poussière qui danse dans le vent. Il n’y a rien. Rien d’autre que quelques taches d’ombres et de lumières près de la gare. Elles connaissent l’heure de l’unique train.

Quand la nuit s’avance et entre dans les jardins, quelques fleurs évoquent entre elles le pays qu’elles connaissent si bien, traduisent en saveurs sucrées, citronnées ou iodées ce que la terre subit tout au long des heures chaudes de l’été. Le datura, la rose, la verveine citronnelle, les immortelles en essaims surgis du maquis, le jasmin de nuit.

Cela

Le discours final du Dictateur



Un écrivain à succès écrit que les non-vaccinés sont des boulets

Le sphinx en toi s’est assoupi pourtant on voit sous les babines qu’un rêve soulève

une rangée de dents et tes crocs de couleur ivoire 

Une fleur de chèvrefeuille pousse un soupir embaumé

Un frelon titube autour d’une flaque de lumière


Un jeune lézard se glisse sous une feuille


L’olivier perd quelques plumes

À l’Assemblé, on vote de nouvelles lois toujours plus contraignantes pour le plus pauvre ou le plus démuni

Et moi, je me demande comment en sommes-nous arrivés à cela?

D’avance

Bertrand Els via Tumblr

Tu entends les pas d’un ange mais il ne s’agit

que de la pluie

dehors
au large


tu songes aux spectres qui s’accumulent toujours plus nombreux dans l’obscurité
susurrant que tu es sans substance  que tu n’as aucune volonté 

tu entends comme le temps se délie peu à peu se dilue 

bientôt l’absence de silence sera saluée


dans le jardin

tu entends sporadiques 

des larmes

sur la vitre déferlent de petites notes métalliques

il faudra que tu te décides à les ausculter
pour comprendre

l’ogre l’insecte immense qui grignote le monde
la vie comme un fruit condamné
d’avance 

Ébauche

Bird sketches, from 1955, sketch book, by Leonard Maurer


Le bras fleuri et odorant du laurier rose blanc
se tend vers le néant

une pomme de pin au profil gracieux

ayant bec et ongles ainsi que deux ailes repliées le long du corps

s’agrippe à la branche et zèbre l’espace

de son chant strident 

la brume s’échappe au dessus de la colline
la pluie sera pour l’autre versant du monde

Hier

Killer Tails
Photograph by Paul Nicklen, National Geographic

Hier 

Ils

Se sont acharnés 

En bandes musclées 

Criardes et persuadées 

De leur bon sens 

De remettre à flots

Évent obstrué et nageoire dorsale broyée 

Par la mâchoire d’un moteur à hélices

La baleine tueuse 

Comme ils osent l’appeler 

Déterminant

©Bertrand Els

Il y a le petit mouvement ronronnant 

Du monde tel qu’il progresse 

Ailleurs 

Une horloge qui dicte à qui veut l’entendre 

Que tout va bien 

Que c’est dans l’ordre des choses 

Mais toi tu t’inquiètes 

Invariablement 

Car tu sens que la vie s’échappe 

Que tu échappes à tout ce qui la détermine 

Et tu as peur

serin cini

Ghislain38, CC BY-SA 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0, via Wikimedia Commons

Aux points cardinaux du livre qui s’écrit de temps en temps
quelque chose de ta personne
infime
s’arrime 

un cri d’urgence
à chaque pli du jour cette goutte
de ta sueur

imprègne le chant que tu répliques
à l’infini

l’alerte sereine face aux rires jaunes des seigneurs


le soleil s’écarte de leur route
tandis que tu picores l’azur depuis


la galaxie où s’illuminent les planètes olives encore à l’état de fleurs 

Parfois simplement tu disparais


Serin Cini

Ce personnage

I am © Ben Gilles via flickr

Ce personnage

son bouclier de mots
imiterait volontiers l’élégance de la girafe

ce personnage son silence

bafoué porte une armure

en écaille de tortue
une parure de serpent à plume

ce personnage


celui que tu regardes
dans ceux qui bavent
et te heurtent
avec une violence qui ne cesse
de muer

 
ce personnage est celui que tu endosses
pour t’endurcir sans succès 

tu portes son manteau sa pelure sa crasse

pour simplement être un instant d’un autre monde


un personnage véritable