Petit chat

Petit chat, un souffle se dérobe pour frôler les herbes et faire miroiter une ombre dans leurs touffes floues, petit chat, et toi tu rêves et fais semblant de n’avoir rien perçu.

Petit chat, l’orage menace de sa voix rocailleuse et toi tu lèches ta patte, chaque coussinet noir se fait plus doux, petit chat. Tu marches souplement car c’est toi petit chat, qui crois déplacer les planètes et jouir de leurs territoires.

Petit chat, les oiseaux se taisent, les fleurs n’en finissent plus de frémir et toi, petit chat, tu regardes et apaises un temps qui pèse de tout son poids.

Petit chat, je rêve et je crois regarder ce que tu vois inscrit dans les feuillages, rampant sur la terre à l’abris du bruit et du silence Mais quand je lève les yeux, petit chat, petit chat, tu as disparu alors que mon rêve lui s’est incrusté et ne me quitte pas. Un rêve petit chat de petit chat.

Si peu

Si peu se dépose sur la mer mais
lorsqu’elle vient toucher l’horizon
il ne reste des collines plus rien qu’un doute
étouffant de leurs véritables existences

Pour les invoquer un peintre se demande si

le bleu suffit   si
il faut tremper le pinceau dans les larmes

Non pas celles qui tombent en pluies et demeurent
si
peu chaleureuses
mais celles qu’on voit trembler dans les pupilles et qui
portent exclamations silencieuses

Soudain

XENIJA NEMIGO-LETARGIJA

La tourterelle appelle mon coeur comme si
il était encore celui   de la petite fille

Ce coeur si mou et incertain qu’il frissonnait


comment répondre à la liberté du printemps dans le ciel
alors qu’on se sait prisonnier d’une cage d’un jardin encerclé de murs si hauts
si durs

et que demain il faudra subir encore et toujours les cris de la cour de récréation
les bousculades et les regards noirs de tous ces adultes bras croisés
qui laissent se produire comme si soudain ils étaient impuissants

L’embrigadement 

Se libérer d’un fantôme

Il pleut

le temps peut

à nouveau s’écouler

aller de là à ici

sans que rien ne soit changé

la foudre en mer

l’orage accoudé à la montagne 

regarde

une invasion extra-terrestre frapper

ce qui peut être si loin

il pleut

ailleurs le temps se soude à l’éternité vorace

au néant et rafraîchit semble-t-il les pensées

les paroles ne parviennent toujours pas à se libérer

de leurs fantômes.

Effacements

Le vent ne porte pas en lui que les nuages
il porte aussi
le miaulement furtif d’un jeune enfant
l’appel langoureux d’un oiseau
l’écho d’une source qui scintille dans les aiguilles d’un pin
le frisson de la fleur
qui vient de perdre son dernier pétale
et il porte aussi l’effacement meurtrier de tous les bruissements de mon âme
Demain seras-tu celui qui ne se souvient plus de rien?

Une miche de pain

Par de là la clôture, le petit chat noir observe souvent le maquis. Assis ou couché en forme de miche de pain. Mais ce soir, quelque chose d’extraordinaire le fascine. C’est qu’à la tombée de la nuit, avec la fraîcheur se réveille une faune fantastique. 

Entre deux bosquets de cistes, une fabuleuse divinité féline s’est approchée en utilisant le socle d’un rocher pour figer son dernier mouvement. Le chat dont le pelage soyeux rappelle par sa couleur à la fois le marbre et l’ivoire fixe d’un regard bleuté le petit chat noir. 

La confrontation silencieuse dure de longues minutes. La statue est de taille, souple et puissante, musclée. La miche de pain noire décide soudain de sortir du silence en poussant un redoutable rugissement accompagné de miaulements rauques et graves qui laissent à l’ennemi le temps d’apercevoir la mâchoire bien garnie et le rose flamboyant de la langue. Le chat noir possède un autre avantage, il est en hauteur. D’un seul bond, il est capable de déboulonner la statue si elle persiste à le menacer du regard. 

Finalement, la statue prend brutalement la fuite suivie par la miche de pain au poil hérissé. La partie se termine par des ruades et de nombreux chants gutturaux quelque part parmi les cailloux et les feuillages odorants du maquis. 

L’issue de la bataille ne fait plus de doute lorsque de nombreuses heures après ces éclats, se frotte à mes jambes un chat effroyablement doux, noir et paisible comme la nuit. Il a vite fait de guider mes caresses et mes regards vers cet endroit du mur d’où il guette habituellement seul la vie.

Poème

Sur les voies que suivent les souffles
l’air et la pluie
le mimosa

je
suis là comme un autre fantôme
sombrent les neiges noires
brulantes comme les stigmates d’un volcan

qui ne s’éteint pas en mourant 

toutes les particules du langage
se rassemblent

amas poudreux et odorants

de souvenirs désormais 

orphelins  peut-être  enfin

l’ordinaire pour se reconstruire d’un 

poème