Petits éclats

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa nuit je crois que les arbres s’enflamment mais ce n’est que le vent

tout autour du sommeil il construit avec des brindilles prélevées aux hautes chevelures vertes et dorées le rêve que je navigue les mots

Le jour entre deux chants les arbres portent le ciel le vent et sa meute de loups contemplent comme je le fais les vagues

l’une d’entre elles s’élance et déploie des ailes d’écume ou de neige

toutes tentent la même prouesse

sur la plage il semble que le sable retourne aux étoiles emportant comme de petits éclats de miroirs les villages cramponnés aux montagnes

cet incendie me fascine et avec lui toutes ses traductions symphoniques

même s’il n’existe aucun instrument qui me dise ce que sont réellement les tempêtes

questions

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Je me demandais livre en main si j’aimerais être comme tous ces précieux galets

polis

mille fois mis en place

mille fois déracinés

jaugés sautillants d’une main avide à une autre

brillants quand je les regarde

pour finalement rejoindre avec une joie de plus en plus affirmée le lit de la rivière qui ne fait que passer au dessus de leur tête

ils dorment et rêvent

je suis presque toujours troublé et les questions sans réponse se succèdent

Peut-être

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Suis-je un oiseau

non une feuille sèche posée aux pieds de l’arbre entre les racines qui débordent de la terre

quelques notes me font respirer me soulèvent  et  puis me laissent fabriquer un tapis de poussières

je rêve  là parmi mes soeurs de l’été mes amies de l’hiver à de longues phrases ouvertes

l’arbre dans son sommeil murmure

qu’il a découvert le lit souterrain d’une rivière

 

crépitent les pas des petits mammifères

rien n’est plus doux que la mélodie de leur minois

parfois roule un fruit  parfois une écorce devient phalène

parfois plus rien ne m’empêche de laisser aller mes larmes

le soleil  le vent  l’hiver le temps la nuit

feront ployer les épaisseurs grises agglutinées au delà des branches de l’arbre que je portais dans mes veines

l’été

une chanson une dentelle qu’on jouera du bout des doigts

jusqu’à ton âme

devrait subsister

 

Pièce d’eau

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Parce que j’avance et me déplace par phrase

Ils disent que je ne marche pas

Que savent-ils de mon fonctionnement véritable

Alors qu’ils ne regardent et ne parlent que de

Leur propre image dans un miroir

Je sonde l’espoir du nénuphar

Quand il se débat avec sa naissance

Sombre et froide au fond du lac

Ai-je seulement remarqué

Que mon miroitement lui aussi

Se noie


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Respirer

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Sur mes épaules l’air se posait en lançant

Quelques reflets comme s’il se liquéfiait

Je regardais à peine ces oiseaux aux ailes de lumière

Comme si cela pouvait mettre fin

A ce qui se produisait dans mon dos

 •

Très vite en quelques secondes je me rendis compte

Que je vivais dans un aquarium rond

Comme une mappemonde je pouvais d’une idée

Le faire tourner autour de son axe sans perdre le nord

Sans être étourdi sans trouver la mort

 •

Je vivais donc en toute tranquillité sur ma planète

Dans un monde souple somptueux comme le sont

Parfois les paradis aquatiques que même le silence

Ne perturbe pas j’aimais l’idée que rien ne m’oppresse

 •

Qu’était-ce ce rideau froid et dur comme la pluie verglacée

Juste un petit bout de la réalité

A la dérive sans solutions affamé de questions

Je pris la sage décision de remettre à plus tard

Mon exploration

Serais-je un jour en mesure de quitter mon bocal

Mieux me faut-il savoir comment on utilise les scaphandres les masques les ceintures de plomb les harpons

Avant de devenir un poisson.

,

Pour le vide

La mer est absente, elle est de sortie. Est-elle lasse de répondre à mes questions et de m’en poser d’autres, comme on pose une fleur coupée du jardin sur le plateau du petit-déjeuner?

La remplace un lac docile couleur argent. Mais je sais bien qu’il restera muet car seulement lui plaît de lisser ses plumes et de roucouler lorsque du regard je caresse doucement son duvet. Il n’est pas envie de s’envoler.

Plus de vague, les rives commencent à se flétrir comme les feuillages des plantes qu’on oublie d’abreuver. Les rochers soudain me semblent avoir oublié leurs colères magmatiques qui datent depuis leur naissance lointaine. Tout ce qui se serait produit là entre deux mondes, l’un marin, l’autre terrestre a été mis en suspend. Les conversations, les gloussements aquatiques, les cris des oiseaux, le chant des courants, le grincement des grains de sable les uns sur les autres ont disparu…

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Île

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Joan Miró, Bleu III

Sur la mer s’étire comme un chat sorti du sommeil

une île

bleue elle se pose entre ciel et nuages  parmi les autres planètes et les histoires flottantes

je me demande pourquoi personne ne la regarde

elle

blanchie par les songes et les mille soleils

elle

et son mystère qui n’a presque pas d’épine

il faut que je l’interroge encore et encore

une illusion disent-ils à son approche

une chimère elle n’a pas de force

ont-ils vraiment tenté de se poser comme elle légère

île entre les lignes

nuageuse malgré les boues et les magmas hurlant dans ses veines

Elle s’avance toujours plus vers le point le plus extrême

à ses pieds avalanches vagues marées et prochaines disparitions marquées d’un seul signe

l’île pétrit les nuages et ils deviennent

ils et elle

à force presque des mirages dans leur lit de mousse et de mots évaporés


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Croissance

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Stunning ‘Altered Book’ by Sarah Morpeth

je ne crois pas

je croasse

je suis un oiseau de malheur

dit-on

mais heureusement je le crois pas

quand je me croise

dans un autre je vois

plumes de jais et encres violettes

qui de leurs plus belles voies

m’inscrivent dans un nid

de neiges et d’aiguilles

grappillées aux pins les plus foncés


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Petite

La Petite

Petite

et un profil que finissent les fils d’une moustache

une bille de cristal se cache

dans la cavité oculaire

une rose des sables pour sentir l’univers

petite

les doigts sont des boutons de rose recouverts du duvet frais

de la neige

l’infini joue du piano sur les vertèbres d’une rivière qui prend sa source dans l’anneau noir d’une goutte de nuit

petite

enfant fauve

petite

chose endormie dans le pli où l’étoffe de la roche et celui de ta robe

se rapprochent et se mélangent

et se confondent et se perdent

il ne reste que

petite

la tache blanche et lumineuse de ton esprit

qui flotte dans la nuit

Miriade

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art Brut, Harald Stoffer, Galerie Christian Berst

Inspiration — une miriade de signes et de lettres pathogènes se bousculent et entrent dans les alvéoles —

Expiration — mon esprit est un poumon — un sac en quelque sorte

se froissent

se défroissent

se plient aux exigences  de la maladie

une mécanique qu’enrayerait la plus petite particule d’écume  et cet animal  enfermé

dans la cage cérébrale

Vous la voyez manoeuvrer de rafales en rafales

de tempêtes en mer en blessures tectoniques ?

Inspiration — il faudrait une rivière

expiration  — un pays où trouver source

inspiration — et lumière où se donner

un prolongement

qu’on pourrait croire infini — l’horizon — expiration