Les lignes qui n’existent pas

 les images ont été trouvées ici

La mer sortie du brouillard

ne me parle plus que par vagues

elle ressemble à l’oubli

que l’on sert aux tables

habillées de porcelaines

et de dentelles blanches

elle ressemble à ce bruit

de la petite cuillère dans le thé

elle semble être devenue friande

de futilité

elle ne semble plus vouloir effacer

d’un geste mille fois répété

ce qui perle sur les visages

ce qui grignote la plage

à petit pas fougueux

la mer est sortie du brouillard

pour y retourner

et me laisser

désemparée.

Delta

Lena River Delta - Landsat 2000

Comme l’ombre

qui ruisselle sous

la feuille

l’été

je suis

avec l’incertitude

sur le point

de m’enfuir

le delta dispersé

de vos pensés

en troupeaux

rognant avec toujours plus d’acharnement

cette petite chose

ce petit presque rien

de silence

au quel je tiens

Delta

Delta

Pour te retrouver

J’ai posé mes lèvres sur les tiennes et puis un baiser sur ta joue si près de l’oreille que tu aurais pu entendre comment mon cœur remuait la terre et le ciel dans le reste de mon corps. Je t’aime, tu me dévores. J’ai glissé jusqu’à ton cou où la peau est si fine et si douce. Pour embrasser cet instant de paix à peine dessiné entre tes deux clavicules, j’ai dû écarter quelque peu le col de ton chemisier. J’ai soulevé de mes mains tes vêtements pour découvrir ton ventre, pour respirer au même rythme que ta peau. Ton nombril comme l’oeil d’un cyclone attendait mon baiser pour envahir mon monde de sa majestueuse  tempête.

J’ai défais le bouton de ton pantalon pour attraper ce poisson. Il aurait peut-être pu surgir de sa forêt d’humus tendre. Je l’ai embrasé par les caresses de ma langue et ce désir fou de t’engloutir en commençant par l’ endroit de ton corps, le plus pointu, le plus sensible et le plus indomptable. Rentrer par cette petite fente jusqu’à ton âme.

J’ai rêvé que tu me pénétrais comme une fille, que je te chevauchais et quand tu caressais mes reins et puis mon torse, il me poussait des seins pour combler tes mains et nourrir délicieusement ta bouche. Mes hanches épousaient toutes tes courbes comme des flots. Les vagues et puis leur mousse se languissaient de tes mots.

J’ai rêvé que j’étais ce mammifère marin t’inventant une prison de bulles comme si tu voulais encore lui échapper. Une couverture comme celle de la lune recouvrait tout ton corps. Chaque courant et ondulation, chaque frisson m’invitait à te vanter les bijoux que dessinerait sur ta peau la lumière, si seulement tu voulais y croire un peu.

J’ai rêvé que ce baiser qui depuis tant d’années t’attend affamé, avalerait comme la houle d’une seule et grande gorgée, toutes les petites étoiles que tu as sur la peau. J’ai rêvé que je me réveillerais apaisé et satisfait sur la plage d’or fin à l’orée de ton cœur, que je mangerais dans ta main toutes les miettes de la Beauté. Que tes paroles comme l’eau pure éteindraient tous les brasiers de ma peur.

Quoique je fasse, je ne parviens qu’à te blesser, à te grignoter la liberté et à t’engluer dans ma tourbe. Quoique tu fasses, telle que tu es et deviendras, je t’aime et te confie mon âme, cette méduse flasque qui en happant ta clarté se trouve avoir quelque aisance et laisse toujours traîner derrière elle, son fil meurtrier. Ne me laisse plus errer dans le noir, sans t’avoir à mes côtés, laisse-moi toujours le mot pour te retrouver.

Presque comme avant

 

Elle a envie de sortir mais elle ne sait pas demander. Elle n’a d’autre voie que de se laisser aller comme les fils. Son petit visage a envie de jouer, de grimper dans les arbres et de manger son morceau de ciel comme n’importe lequel. La Lys voudrait peut-être sortir de son lit comme l’enfant qui ne peut s’endormir.

Je marcherais alors à ses côtés, aussi loin que je le pourrais. Mon cœur épouserait le même mouvement lent et puissant que le jour. J’aurais peur.

Je voudrais pouvoir fuir sans jamais plus revenir. Laisser mes cheveux se languir comme des algues au fil de l’eau glaciale. Suivre l’emploi du temps maladif de cette rivière orpheline.

Je voudrais être aussi arrogant qu’un printemps, croire qu’en claquant mon fouet sur l ‘eau, un joyeux cortège s’ébranlerait pour annoncer aux gens que la vie a repris son cours, que tout est presque comme avant.

Fluide

Si j’étais fluide

je ne mangerais pas la lumière     je pourrais la laisser couler

Je me moulerais au temps

je goûterais

Mon coeur pourrait se battre dans les noyaux des cellules

et trembler sur la peau des fleurs

aux sons de tous les parfums de la terre

je me dissimulerais           me dissiperais comme les brumes

comme les matins    chagrins de la nuit sans lune

je serais la perle des heures

la goutte de soif

la transpiration du volcan

je vous regarderais et m’affolerais

de vous savoir

tellement immuables

tellement certains

Je danserais pour enlacer vos regards

vous recouvrir de pleurs

et mes paroles

dénoueraient mes pensées pour s’écouler en flots

j’inonderais  les silences

je n’arrêterais pas de fuir

Mais je ne suis pas fluide      Je suis un bloc      une masse      un tronc tentaculaire et rongé par les vers

je ne me plie pas sans me briser

et je stagne.