Forêt

blue dendrites
blue dendrites ——————————————source image

Une forêt de songes est en marche. Les feuilles des arbres en frissonnant n’écartent pas l’idée qu’elles pourraient n’être que les cris d’un animal sauvage. Sur les troncs ses griffes ont laissé des traces. Les arbres marchent sans laisser voir leurs rides et les blessures suintantes.

Dans les sous-bois, les ronces suscitent de fulgurants incendies d’ombres. La forêt s’avance jusqu’à ce qu’elle rencontre une clairière pour s’abreuver de lumière et soudain se reconnaître une frontière. La limite est un trait limpide. La forêt prend corps. Voilà qu’il n’est désormais plus possible de se tromper. Entre les branches, l’araignée a tissé sa toile immense. Les cheveux invisibles d’une créature étrange portent le nom d’une folie alors que toi tu sais qu’un songe cherche simplement à se nourrir.

Je suis dans ce lit d’hôpital comme dans une coquille dont je ne pourrai plus jamais sortir. Sur la souffrance, tous font peser des remords. Leurs paroles grinçantes sont autant de pierres que l’on me lance! Je suis allongé sur un lit malade qui ressemble à ces sables mouvants qui ne mangent que les efforts que l’on fait pour se libérer. A côté de ce lieu désolé qu’est devenu mon corps, mon rêve part à la rencontre de l’existence. Les plantes, créatures intelligentes ont toutes trouvé le moyen de se supplanter. 

Fragment unique

• Relay Opalka

Ainsi je serais une succession d’acheminements aléatoires, une juxtaposition de caractères distinctifs multiples pris au hasard au fur et à mesure qu’il s’étend.

Je fais partie de mon héritage en même temps qu’ il se crée ou se détruit.

Partie du néant, pour me différencier de lui, quelques symboles éparpillés dans l’espace suffisent-ils réellement ? Entre lui et moi, la différence est infime, on pourrait penser qu’elle ne compte pas.

Puzzle

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La ville est la pièce

d’un puzzle qui flotte en moi

flots de sensations

d’apparitions étranges

mélanges de bruits et de silences

pages de solitudes

marécages de passants et de visages

la ville comme la voile d’un bateau

la ville en lambeaux

je ne la pense pas je la rêve

et il est tellement de continents de choses

qui au delà de moi

s’évaporent et se décomposent

sans que je n’ai vraiment l’envie

d’avoir sur eux une emprise

au fond de moi il y aurait un mur

un corbeau une pie ou

quelque volatile aux ailes noires et grises

 qui de son bec

éplucherait les secondes

tubercules pulvérulents du temps

Koï

Laurel Yourkowski dichroic glass
Laurel Yourkowski dichroic glass

Je ne me fais aucune idée précise sur ce qu’attendent les autres êtres humains, à quoi leur sert la vie. Parfois, je pense qu’ils n’espèrent rien et se contentent de grignoter les vieux os sourds de leurs certitudes. Je fais partie de ces certitudes bâties sur des semi-vérités. On m’a donné le nom d’une maladie et puis comme cela n’a pas suffit pour me dénaturer, on m’a donnée plein d’autres noms.

Ces maladies, c’est moi. Ce trouble, c’est moi. Mais moi, sans emballage, inaltérée, se laisse en réalité guider par une imagination florissante : moi, je suis n’importe quoi.

Je suis les pieds dans la vase, crucifiée par deux mensonges qui plantent leurs clous dans chacun de mes ovaires. Un requin me dévore le ventre. Je ne suis pas une femme. Je ne suis presque plus qu’une plante dont la fleur hante longuement les nuits noires des eaux lentes.

Je suis une ombre et je remarque que ton corps de carpe koï, souple, généreux, lumineux se gorge en silence des eaux pures du lac dans lequel je dors. Ta bouche à la surface embrasse le ciel. Le soleil éclate. Parmi les cercles vert argent de mes feuilles, l’écho de ton chant, je veux me tendre et naître au centre de ta beauté.

Dans les bras des végétaux, comme un joyau, le lac vit parmi les bourdonnements des insectes et les légers soupirs du soleil. Ton corps sur ma peau laisse fleurir les traits purs du visage de la lumière. Entre mes tiges, ton désir retrouve son souffle secrètement.

 

Exploration

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Les nuages se comportent comme des vautours en se jetant sur les quelques morceaux du ciel encore éclairés par le soleil qui agonise. La nuit en même temps que la pluie tombe sur la ville. Dans le bus, se répand une odeur de chien mouillé. Les passagers puent sauf cet enfant de six ans. « Sommes-nous à New-York ? » demande-t-il à sa mère en apercevant les tours qui jouxtent la gare du Nord ?

L’enfant, à l’avant du bus, s’est installé à son poste de pilotage. Un parapluie lui sert de levier de commande pour faire décoller l’avion dont il devient le commandant de bord chantonnant. Comme par magie, alors que le ciel est sombre, bleu et gris, les sabots d’un cheval blanc raisonnent avec clarté. Éblouissant, il fait partie d’un somptueux attelage sans passager et dont le cocher en habit semble endormi. Dans la bouche de l’enfant de nouvelles histoires parées de questions dont il n’attend plus les réponses surgissent, envahissent le bus humide. Lui et moi, trouvons dans les rêves la solution à nos soucis. La nuit a totalement pris possession de la ville en allumant comme des étoiles les vitrines, les enseignes des magasins et les fenêtres des cuisines.

Les mailles de mon âme

Brussels, Oktober 2013 Posted on Oct 27th, 2013 at 03:02pm via D i so r i e n t ed DIARY © Bertrand Vanden Elsacker

« Les traits de l’homme d’action s’étaient estompés dans le laisser-aller de la vie dont les ravages s’étendaient sous la peau »

Yukio Mishima, Neige de printemps, Gallimard, 1980.

La raison forme une lourde écorce comme le couvercle rugueux donnant accès aux égouts. Sous l’épaisse peau de crocodile qu’aucun soupçon n’érode, je me demande ce qu’il vous reste encore. Ce qui échappe aux certitudes construites peu à peu, de petites morts sans remords en grandes rages pleines de haine, se meurt sans oser propager la moindre clameur. Les racines coriaces d’un monde qui ne se remet jamais en question, balise les frontières de tant de cimetières. Vous savez. Vous détenez toutes les vérités dans les formules de la vie en société. Monsieur Un Cher déblatérant grossièrement et sans nuances des paradoxes que personne ne comprend est un grand personnage de référence à qui l’on fait aveuglément confiance. On feint d’ignorer sa mégalomanie pour ne pas se retrouver encore plus détruit. En dehors des lois logiques maintes fois glorifiées et vernies par les mêmes systèmes, vous êtes persuadés que ce qui est même sensiblement différent est un leurre. Un de ces vides sans fondement, une formulation erronée.

Le rêve est un suspect, un reflet du mensonge, un étourdissement de la pensée plutôt qu’un sentiment ou une manière pure et simple d’exister en liberté. Le rêve est un superstitieux menteur, l’ami fantasque de dieux éteints. Il ne peut être l’astre dont la robe rousse bouge comme les surfaces des eaux que la foudre fracasse. Le rêve reste pourtant dans les cendres des peuplades réduites au silence comme l’œil d’un félin scintillant. L’ocelot dont la fourrure magique a failli se taire pour toujours.

Et moi qui étreins et embrasse le rêve comme un fauve à tous les instants du jour, le laisse grimper dans mes veines comme les lierres, le laisse recouvrir et réchauffer mon cœur, suis comparé à une miette, à un grain de sable. Celui-là même qui croise dans les rainures étroites, les rides qui gagnent tous vos paysages, le temps que vous cherchez à broyer comme l’ennui.

Je vous laisse, je cède ma place aux noms que vous me donnerez sans m’apprivoiser ni me comprendre. À la place des mots, vous en gardez la bave. Pauvres passants de l’éternité ! Passez votre vie à manquer l’essentiel en remuant aveuglés, les marécages maladifs de votre propre médiocrité !

Le faon

Dans la forêt peuplée de feuillus et de fougères

le faon son pelage la lumière

disperse ses plumes printanières

mon cœur une prairie vagabonde à la lisière

 

abandonnée aux soleils de toutes les saisons

disperse les verts et les vermillons

les jaunes dans une inaltérable explosion

 

dont le souffle prend sa source

à l’orée d’un précieux  bambou

travaillé à l’instar des purs-sangs

pour la course

évolution

Benevolent Gift (detail) by Janis Miltenberger
Benevolent Gift (detail) by Janis Miltenberger

Je sens la solitude effleurer mes joues d’une larme

l’été cherche à prendre racine dans les bras morts de la rivière

les joncs frissonnent les arbres portent le ciel comme un enfant mort-né

les oiseaux remplissent l’espace de chants et de cris

le bourdonnement des insectes s’empare des parfums des fleurs des prairies

je sens comment les cœurs se froissent et se replient les uns sur les autres

en ne faisant presque plus de bruit

voilà que le mien nage dans les feuillages

mon amour dessine désormais une ombre sur le chemin

au milieu de tant d’autres

la conscience a les allures fantomatiques de la brume

un jour il ne restera plus rien d’elle

je veux choisir ce qui lui donnera des ailes

et l’envergure du condor

du haut de ma montagne je regarderai sans y toucher

les carcasses laissées par ces conquistadors

ces nouveaux Mao

dont les empires sont remplis de rues vides

et de gens qui ont faim.

Exoplanète

ELLIS CERAMICS A PLATTER Melbourne glazed earthenware 40w cm incised signature and numbered to base, Ellis 51, Leonard Joel Auctions, Calender, Australian Auctioneers

Ma main est un coquelicot qui tremble et voudrait bien apprendre à devenir le delta fougueux du fleuve Amazone.

En attendant, ce volcan à trois branches tente de s’étendre.

En gestation sur le bout de la langue des mots attendent.

Ils ne sont encore que des points éparpillés dans mon esprit.

Rien ne va encore au delà du rêve, tout est encore en gestation dans mon jardin des silences.

Les cailloux chantent comme des oiseaux sous les caresses folles d’un ruisseau bleu.

l’écho disperse dans mes veines azurées la pertinence d’une clameur qui me dépasse.

Ma liberté est en train de naître sous vos yeux pour autant qu’ils puissent regarder au delà de l’obscurité que vous accumulez tout au long de votre vie.

Horizon

Untitled, Artwork by Alex The One

Mon corps docilement déployé comme un pétale se laisse envelopper par les frontières précises de tes deux bras dessinées d’un seul coup de crayon solide tes épaules forment l’unique horizon de la nuit sur ta peau je lie mes milliers de soupirs à tous tes grains de beauté de la fente laissée par ta dague de jade perle le plaisir verse des larmes