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Orchidée mars 2011

À la place du vide un ciel étoilé propage son velours

à l’intérieur de mon corps

constellent comme de petites étoiles

les cuillerées de miel de tes paroles

mon cœur exponentiel est devenu une île

flottante où se recueillent les envolées de feuilles

les incendies verdoyants les cimes des forêts

se définissent comme autant de clairières

les sons et les syllabes les sonorités vocales

des violons les oscillations lunaires

m’éclairent

dans chaque alvéole à la place de l’air

les parfums de cette fleur étrange

que tu as à la place du cœur

Avisée

untitled (30.III.2010), 2010
Aleksandra Domanovic

Comme si elles étaient en parchemin

ta voix se froisse ta main se crispe

ton pays n’existe plus sur aucune carte

qui en dessinerait les contours

ce que tu prends pour un dernier indice n’est plus que la veine bleue

qui monte en tournant de ton bras jusqu’à ton âme

et te coupe le souffle à quoi te servent ces voyages de fantôme

si ce n’est à fracasser contre de sombres murs

les éclatantes clartés de ta certitude

parfois dans le fond de la gorge

tu la sens cette larme aiguisée

de la solitude

Watts Towers

Pour toucher le ciel

du bout des doigts,

pour l’atteindre et le goûter de ma langue,

j’ai inventé ces lignes comme des chemins,

vers sortant de la terre,

ils se nouent au contact de l’air.

Se tordent, s’arquent, encerclent quelques partitions du vide.

Parfois, il ne reste plus au dessus de ma tête que l’échafaudage tordu de mes idées,

les nuages griffonnés par mon absurde volonté, ma peur lacérée et presque devenue froide.

Parfois, il ne me reste plus que les bras las et lourds,

pendus le long de leur potence,

mon incapacité à surmonter l’étreinte toujours de plus en plus serrée

de mon infirmité.

Ancrer

Il nage dans l’azur comme le font les fleurs

en aveugle

en sourdine

il frôle l’insouciance

du bout de ses ailes comme le font les pages

il se soustrait dans le blanc comme le fait l’encre

en simulant

en sinuant

vers cette incohérence malade

qu’on nomme la phrase

le papillon noir de ta mémoire

Rayonnement

by Volker Birke

Hier, la mer et la nuée se sont mangées l’une l’autre,

en douceur, sans provoquer de raz- de -marée.

On ne sait plus si cette péninsule est le bras

d’une rivière ou le coude chaud d’un courant de sable.

On ne sait plus si c’est lui qui porte ou si c’est elle qui apporte

les rubans de terre, les cuillerées de vent.

Ces tourments sont-ils ceux de l’âme ou ceux

de ton cœur impatient?

Cartujano

Caballo Blanco, Diego Velasquez – 1599-1660

Si l’on devait me donner une âme

elle serait grise et pommelée

comme les cimes de l’orage et du ciel

En mélangeant son sang à l’air

sa sueur à la lumière

elle ferait trembler la poussière des chemins

elle serait de passage

quand du ventre de ta guitare

se tendent et ton poing et ta colère

ses naseaux seraient les cratères du vent

les béances hallucinées de la terre

son souffle sculpterait le temps majestueusement

 plus jamais tu n’aurais l’impression

de perdre ton nom

en confiant ton pas et tes danses

aux absurdités immondes des humains

-Les Merveilles de la Vie-

Kunstformen der Natur, Ernst Haeckel-1899-1904

Chaque goutte comme une phrase

creuse un nouvel espace

profondément petit afin qu’un ciel

puisse y déposer sa pluie

chaque circonférence met fin

à la rigidité       à l’intolérance

le vide côtoie le plein sans feinte

la substance n’est plus une apparence

Tant de proximité ne soulagera pas

ma conscience d’être complètement

inutile

pour appréhender cette vérité singulière

elle tourne sur elle-même et se révèle être

si loin de l’infini

La main

Anemone (by José Gallego Robinson)

Il ne veut pas me donner la main. Pourtant parfois, je la sens qui tremble sur le rocher de ma jambe.

Petite rainette se réchauffant au soleil, elle me fascine.

Il interrompt le cours d’un léger ruisseau en ébullition permanente pour que sa main puisse reprendre son souffle,

comme le silence après les symphonies brutales du bruit.

Si on veut la saisir, elle plonge et il est reparti.

Je peux la caresser du regard quand le soleil voûté comme un vieillard y dépose sa lumière rose.

La main se dore sur l’oreiller, corolle de l’été déposée sur la plage du sommeil.

Les petits doigts remuent à peine comme les épines d’un oursin.

La main ne cesse-t-elle donc jamais de rêver ?