Les cordes pour me pendre

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Lacets que les nœuds gênent

Lianes tentaculaires s’enroulant à l’infini autour de ma vie

Racines, cheveux, nervures, veinules

Brindilles servant d’aiguille et de fil à retordre

Licous qu’il est impossible de rompre

Lignes de fuite enchevêtrement de conduites possibles

Alignements de rides

Voies fermés et quadrillées

et puis

fibres soyeuses et joueuses d’un jardin fabuleux

dont les tiges se tendent pour voir

simplement

la mer finir et s’étendre sur

la ligne souple et polie de l’horizon

 

-Les Merveilles de la Vie-

Kunstformen der Natur, Ernst Haeckel-1899-1904

Chaque goutte comme une phrase

creuse un nouvel espace

profondément petit afin qu’un ciel

puisse y déposer sa pluie

chaque circonférence met fin

à la rigidité       à l’intolérance

le vide côtoie le plein sans feinte

la substance n’est plus une apparence

Tant de proximité ne soulagera pas

ma conscience d’être complètement

inutile

pour appréhender cette vérité singulière

elle tourne sur elle-même et se révèle être

si loin de l’infini

Hélice

Nébuleuse de l’Hélice

C’est par le biais de la musique qu’elle s’est insinuée en moi. Enroulée sur elle-même, comme un foulard de soie, je ne voyais d’abord que son regard. La pupille pétillante de son œil droit demandait doucement le silence. Le sinueux silence qui se laisse porter comme un gant par le respect uniquement . Elle n’était pas une ignorante, elle était comme si elle savait tout de moi. Sa transparente curiosité ne demandait qu’à m’épouser.

Peu à peu, son onde chaude et colorée s’est répandue par les chemins de ma chair vers mes poumons en touchant mes pensées, vers ma gorge en effleurant le coffret de mes souvenirs sans l’ouvrir, vers mes seins et mon sexe en pointant d’un seul doigt ma volonté. Elle aurait pu faire en sorte que je sois désemparée, que plus rien ne m’appartienne, elle aurait pu me piller. Pourtant, jamais l’idée d’être perdue ne s’est approchée de moi. L’onde lumineuse avait veillé à ce que je ne trouve que moi. Non plus cet arbre sec et qui a froid et ne sait pas si le printemps reviendra. Non, je me sentais semblable et aussi parfaite que l’orchidée, comprise dans ma complexité, soutenue dans les extravagances de mes volutes par le long déroulement de phrases musicales blanches.

Tout se trouvait simplifié, en concordance sans avoir été résorbé par une tranchante et unique raison, sans avoir eu à connaître de faim. Il me suffisait de comprendre que chaque parcelle de moi-même, de ma vie intérieure et invisible à l’œil nu était reliée aussi subtilement et solidement que les points d’une toile d’araignée. Ce qui se défera se reconstruira à l’infini. Plus rien n’est renié ou inutile, tout est retenu par un fil. Le fil sur lequel glisse et voyage la musique.

Des mots

Sur ma peau, au travers de cet infini qui m’habille,

au delà de tous mes points

d’attaches

sensibles

au travers de l’espace

et du temps

des mots des mots des mots

me touchent

me pensent

me soignent

et m’éloignent sensiblement