Spécificité

 

Holey Spheroidicity, Emily Dvorin

Si pour certains cela reste une cage

un quelconque panier leur servant à pêcher miraculeusement

pour moi les phrases restent dans cette phase sauvage

où les grilles humaines du savoir n’ont encore apposé leur sceau

c’est le nid d’un oiseau son envol me nourrira d’azur

c’est la ruche de l’abeille en construction éternelle

dont le but est de recueillir quelques larmes sucrées

l’or en provenance du cœur des cœurs

cela représente un travail acharné contre toutes les formes de l’ignorance

qui lie son travailleur à une sorte de liberté sans chair

sans arrière-cour

sans longs discours.

 

Les cordes pour me pendre

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Lacets que les nœuds gênent

Lianes tentaculaires s’enroulant à l’infini autour de ma vie

Racines, cheveux, nervures, veinules

Brindilles servant d’aiguille et de fil à retordre

Licous qu’il est impossible de rompre

Lignes de fuite enchevêtrement de conduites possibles

Alignements de rides

Voies fermés et quadrillées

et puis

fibres soyeuses et joueuses d’un jardin fabuleux

dont les tiges se tendent pour voir

simplement

la mer finir et s’étendre sur

la ligne souple et polie de l’horizon

 

Fêlure

La ville pour me parler de ma solitude diffuse autant de traces insolites que j’engrange au fur et à mesure comme s’il me fallait retrouver le chemin d’un retour. Quel serait le point de mon départ ? Comment débuteraient toutes ces phrases qui restent coincées dans ma gorge ou serpentent avec peine dans les tremblements de mes doigts ?

La ville me montre comment elle ploie sous le fardeau des regards distraits, inquisiteurs maladroits gommant les différences en feignant de ne pas les voir. Plus loin, elle se redresse, amusée, éternellement étrangère à elle-même dans un vêtement tout plissé. Elle marche silencieuse en longeant les murs, en frôlant les frontières. Elle se dérobe à toutes les représentations que j’aimerais donner de moi, de nous simples humains parmi les choses en me servant d’images. Je l’arpente, elle me guette. Je la capture, elle m’échappe.

Le soir, quand mon travail est accompli, je contemple sa fuite et la mienne. Je regarde pétrifié, mon impossibilité à être selon les schémas et les grilles de la norme et je chiffonne agacé toutes les pages de mes carnets de dessins, partant une nouvelle fois à la recherche de cette faille qu’il m’est impossible de nommer.