Probe

Rafał Borcz

°

Dans l’eau souple et froide du canal

la frêle silhouette noire de mon âme

ondule parmi les nuages et les feuillages

à moins qu’à cet instant déjà

elle n’était plus

comme la lune

qu’une toute fine pelure

finissant de se dissoudre

dans le jour

Paysage

Mon paysage intérieur est une nature morte

une mandoline posée sur une table

se comporte comme un fruit

les couleurs sont dénouées mon cœur flotte

et se prépare à apprivoiser le temps

à le laisser couler comme un ruban de lumière

sur toutes les apparences la goutte de carmin

qui rassemble allume une fête muette

les sensations nouent des alliances avec les choses

sans attendre

je respire

tout se tient prêt à rentrer dans le cadre

de ma fenêtre ouverte sur le monde.

°

Éphémère

être

dans l’onctuosité d’un univers

où les vagues sont les progressions de la lumière

où les couleurs se donnent

le mal de mer

pour n’être point

pétrifiées par votre regard

obligées de s’en tenir aux poussières de secondes

et aux saccades

l’intelligence liquide fluide sève

originelle

ne se laisse point

apprivoiser par le cadre

d’une petite phrase

Tumulaire

On vous fait naître

avec une pierre tombale

lourdement posée au dessus de la tête

pour vivre et desceller

ce que vous êtes

défait de toute sentence brutale

il vous faut accompagner

les brumes et les fantômes

les pluies d’étoiles

braver les ombres qui serpentent

au fond de vous-même

et soulever l’équivoque