Victoire

Ghosts among us by IrenaS on Flickr.

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La spirale brumeuse de tes idées

serpente et s’échappe

peu à peu

comme les nuages en écharpe

qui tournent dans les cieux

et emballent les sommets

enneigés des montagnes

en mourant elle

révèle les rêves perdus

et oubliés d’un autre bout du monde

elle tremble comme une dernière flamme

en lambeaux

petite tempête de sable elle s’érode en rampant

que sont devenus les galops de tes plus fougueux coursiers

les tapotements des doigts

à la surface d’un lac de pierres

vertes

te rappellent péniblement que la course

n’ a pas de vraie victoire.

La dernière prière

Vespertijd, Constant Permeke
Antwerpen 1886 – Oostende 1952
1927
olieverf op doek
128 x 149 cm

Quand le jour tombe lourdement en même temps que la lumière et la pluie,

l’épuisement te dessine une ombre incontournable.

Les silences creusent des rainures et des rides dans les quelques paroles qui meublent ton regard transparent comme un fantôme, comme une vague.

Le geste solide et machinal de la femme broie à côté de toi, les graines de café dans le moulin pour les réduire en poudre noire.

Le monde tourne et pue, est sale mais c’est toi qui en bois toujours toute l’amertume froide.

Ta moindre phrase endimanchée doit servir à remercier ce Seigneur. Il a toujours de plus en plus faim, n’entend rien à ton existence, ne parlera jamais ta langue.

Te gober l’âme à tous les repas, pendant toutes les pauses, ne suffit pas. Il faut que tu te sentes coupable, prêt à servir le destin. Tu n’oses même pas te plaindre ou déposer sous la table ton plus petit soupir.

Toutes tes pensées remuent sans relâche la terre brune et têtue jusqu’à ce que tes mains deviennent l’énorme et vieille écorce d’un pauvre tronc malade.

L’heure des Vêpres, Constant Permeke

L’oubli

Présents Absents, John Batho

Λ

Un violon recense la lumière qui danse

autour de ma solitude comme autour d’une souffrance ordinaire

sans un grincement cette sourde rivière se soulève et erre

cherchant de l’ombre pour un instant

elle serpente et croit

se reconnaître dans le velours et les volutes de cette fleur noire

au milieu de nulle part

pour un instant il me semble qu’à pas d’épines

ma solitude s’ouvre aux souffles verts

venus de la mer

qu’elle sombre et se dissipe

comme si enfin je pouvais oublier qui je suis

Esseulé

Goshun Matsumura 1752-1811 – River and Bridge 

À tes pieds se déploie l’harmonie

d’une rivière

comme une phrase dont les mots seraient

des cheveux de soie noire

mais tu ne la vois pas

sur ton dos

le poids invisible de la vie

tu progresses et ton rêve

s’empresse de composer

dans la brume de somptueuses montagnes

aussi souples et douces

que le corps d’une femme

mais ton esprit a déjà décidé que là

à l’ombre de ces dociles feuillages

n’était pas ton véritable voyage.

Probe

Rafał Borcz

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Dans l’eau souple et froide du canal

la frêle silhouette noire de mon âme

ondule parmi les nuages et les feuillages

à moins qu’à cet instant déjà

elle n’était plus

comme la lune

qu’une toute fine pelure

finissant de se dissoudre

dans le jour

Paysage

Mon paysage intérieur est une nature morte

une mandoline posée sur une table

se comporte comme un fruit

les couleurs sont dénouées mon cœur flotte

et se prépare à apprivoiser le temps

à le laisser couler comme un ruban de lumière

sur toutes les apparences la goutte de carmin

qui rassemble allume une fête muette

les sensations nouent des alliances avec les choses

sans attendre

je respire

tout se tient prêt à rentrer dans le cadre

de ma fenêtre ouverte sur le monde.

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