
Comme une louve
la lune rode dans le velours
de la nuit
elle pose son regard
doré
dans le feuillage effrayé
qui frissonne

Comme une louve
la lune rode dans le velours
de la nuit
elle pose son regard
doré
dans le feuillage effrayé
qui frissonne

les arbres formaient une prison pour l’horizon
et soudain je compris que ce que je tenais
entre les mains n’était qu’une infime parcelle
du néant
Mon paysage intérieur est une nature morte
une mandoline posée sur une table
se comporte comme un fruit
les couleurs sont dénouées mon cœur flotte
et se prépare à apprivoiser le temps
à le laisser couler comme un ruban de lumière
sur toutes les apparences la goutte de carmin
qui rassemble allume une fête muette
les sensations nouent des alliances avec les choses
sans attendre
je respire
tout se tient prêt à rentrer dans le cadre
de ma fenêtre ouverte sur le monde.
♣
Tout est prêt
je vois que l’on m’a construit
un caveau
fourni un scaphandre
creusé une ornière
on a ligoté mes cheveux
noué mon corps à des vêtements
fait porter le chapeau
découvrez
moi
par cet hublot
ce que vous nommez sans rougir

¬
Demain est une petite porte sombre
qui s’ouvre difficilement
l’été et l’interminable ennui qu’il apporte
frappent se tiennent sur le seuil l’échine lasse
demain sera comme aujourd’hui
pauvre et sale
incohérent et honteux.

Soudain s’ajouta
aux sépales dénudés
des secondes
un singulier contour noir
le réceptacle des pièces florales
portait sur les lèvres
l’empreinte
de ton premier baiser
irradié

être
dans l’onctuosité d’un univers
où les vagues sont les progressions de la lumière
où les couleurs se donnent
le mal de mer
pour n’être point
pétrifiées par votre regard
obligées de s’en tenir aux poussières de secondes
et aux saccades
l’intelligence liquide fluide sève
originelle
ne se laisse point
apprivoiser par le cadre
d’une petite phrase

le tapis sur lequel je pose
les pieds mais rien que la pointe
est issu de l’un de vos ateliers
celui où vous établissez des règles
tendez des pièges tissez la liberté
et laissez filer l’air
je me déplace comme les dunes
par coulées de sable
par envolées poudreuses
et jamais je ne mords
la poussière
On vous fait naître
avec une pierre tombale
lourdement posée au dessus de la tête
pour vivre et desceller
ce que vous êtes
défait de toute sentence brutale
il vous faut accompagner
les brumes et les fantômes
les pluies d’étoiles
braver les ombres qui serpentent
au fond de vous-même
et soulever l’équivoque