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Demain est une petite porte sombre
qui s’ouvre difficilement
l’été et l’interminable ennui qu’il apporte
frappent se tiennent sur le seuil l’échine lasse
demain sera comme aujourd’hui
pauvre et sale
incohérent et honteux.

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Demain est une petite porte sombre
qui s’ouvre difficilement
l’été et l’interminable ennui qu’il apporte
frappent se tiennent sur le seuil l’échine lasse
demain sera comme aujourd’hui
pauvre et sale
incohérent et honteux.

Soudain s’ajouta
aux sépales dénudés
des secondes
un singulier contour noir
le réceptacle des pièces florales
portait sur les lèvres
l’empreinte
de ton premier baiser
irradié

être
dans l’onctuosité d’un univers
où les vagues sont les progressions de la lumière
où les couleurs se donnent
le mal de mer
pour n’être point
pétrifiées par votre regard
obligées de s’en tenir aux poussières de secondes
et aux saccades
l’intelligence liquide fluide sève
originelle
ne se laisse point
apprivoiser par le cadre
d’une petite phrase

le tapis sur lequel je pose
les pieds mais rien que la pointe
est issu de l’un de vos ateliers
celui où vous établissez des règles
tendez des pièges tissez la liberté
et laissez filer l’air
je me déplace comme les dunes
par coulées de sable
par envolées poudreuses
et jamais je ne mords
la poussière
On vous fait naître
avec une pierre tombale
lourdement posée au dessus de la tête
pour vivre et desceller
ce que vous êtes
défait de toute sentence brutale
il vous faut accompagner
les brumes et les fantômes
les pluies d’étoiles
braver les ombres qui serpentent
au fond de vous-même
et soulever l’équivoque

J’ouvre la fenêtre
et il ne me reste plus qu’à cueillir
les fleurs longilignes de la pluie

Après la plage du front, en suivant la ligne suggérée par les sourcils, je passe sur la paupière pour atteindre l’œil . Bercé par l’oubli, porté par la volonté de tout savoir, voilé par les brumes sauvages du souvenir, le premier astre de la nuit oscille. Appréhender quelqu’un par les traits de son visage revient à reconnaître que dans le dessin des constellations se jouent les vies d’êtres fabuleux, il faut de l’imagination et le don de la divination.
On apprendrait tout du fond de la pupille. Rutilante perle de jais, elle habille l’œil d’une élégance muette et changeante. Elle se baigne dans une clarté fluide qui connaît tout de la nuit, elle compose toutes les symphonies complexes qui se jouent dans le regard.
Parfois, le regard glisse, s’écarte et révèle qu’il me reste pour le comprendre, tout un ruisseau à boire. Ce qui frétille dans ses courants comme les reflets d’une lune, c’est le cœur. Suave, rougeoyant et sourd, le cœur se tait et se tient prêt à déborder dans les larmes.
Certaines personnes portent le cœur dans le regard. D’autres sur la main, d’autres dans le poing ou dans la bave.
Le chemin jusqu’à la bouche serait si facile à trouver, il suffirait de suivre le fil aussi fin soit-il d’une petite phrase. Mais comment rester tranquille, attentif, quand tant de choses sur un visage étourdissent les sens, détournent les sentiments ? Comment distinguer dans les plis de la peau, dans les traces rugueuses oubliées par le temps, celles habitées par les rires et le jeu, de celles occupées par le désir d’éblouir, de mentir ou de dompter.
Il faudrait que je puisse disposer du temps selon mon bon vouloir pour l’analyser. Rester attaché aux secondes pendant des heures. Mais les visages ne sont bien souvent que semblables à ces troupeaux de nuages, ils me dépassent. J’essaye de croire qu’ils sont les formes magiques et impalpables d’histoires dictées par les clartés azurées.
Les visages sont des phrases qui n’ont pas de ponctuation et aucun point d’attache. Si je crois enfin tenir une vérité, c’est la lueur scintillante d’une étoile depuis longtemps endormie que je regarde sans le savoir.
Que reste-t-il de l’âme sur le visage, quelles sont les traces que laissent les rêves après leurs passages ? J’aimerais parcourir les visages comme de nouveaux paysages, déployer ma lecture dans le temps et dans l’espace pour en dessiner fidèlement la carte.