Éphémère

être

dans l’onctuosité d’un univers

où les vagues sont les progressions de la lumière

où les couleurs se donnent

le mal de mer

pour n’être point

pétrifiées par votre regard

obligées de s’en tenir aux poussières de secondes

et aux saccades

l’intelligence liquide fluide sève

originelle

ne se laisse point

apprivoiser par le cadre

d’une petite phrase

Tumulaire

On vous fait naître

avec une pierre tombale

lourdement posée au dessus de la tête

pour vivre et desceller

ce que vous êtes

défait de toute sentence brutale

il vous faut accompagner

les brumes et les fantômes

les pluies d’étoiles

braver les ombres qui serpentent

au fond de vous-même

et soulever l’équivoque

L’étrange voyage

Après la plage du front,  en suivant la ligne suggérée par  les sourcils, je passe sur la paupière pour atteindre l’œil . Bercé par l’oubli, porté par la volonté de tout savoir, voilé par les brumes sauvages du souvenir, le premier astre de la nuit oscille. Appréhender quelqu’un par les traits de son visage revient à reconnaître que dans le dessin des constellations se jouent les vies d’êtres fabuleux, il faut de l’imagination et le don de la divination.

On apprendrait tout du fond de la pupille. Rutilante perle de jais, elle habille l’œil d’une élégance muette et changeante. Elle se baigne dans une clarté fluide qui connaît tout de la nuit, elle compose toutes les symphonies complexes qui se jouent dans le regard.

Parfois, le regard glisse, s’écarte et révèle qu’il me reste pour le comprendre, tout un ruisseau à boire. Ce qui frétille dans ses courants comme les reflets d’une lune, c’est le cœur. Suave, rougeoyant et sourd, le cœur se tait et se tient prêt à déborder dans les larmes.

Certaines personnes portent le cœur dans le regard. D’autres sur la main, d’autres dans le poing ou dans la bave.

Le chemin jusqu’à la bouche serait si facile à trouver, il suffirait de suivre le fil aussi fin soit-il d’une petite phrase. Mais comment rester tranquille, attentif, quand tant de choses sur un visage étourdissent les sens, détournent les sentiments ? Comment distinguer dans les plis de la peau, dans les traces rugueuses oubliées par le  temps, celles habitées par les rires et  le jeu, de celles occupées par le désir d’éblouir, de mentir ou de dompter.

Il faudrait que je puisse disposer du temps selon mon bon vouloir pour l’analyser. Rester attaché aux secondes pendant des heures. Mais les visages ne sont bien souvent que semblables à ces troupeaux de nuages, ils me dépassent. J’essaye de croire qu’ils sont les formes magiques et impalpables d’histoires dictées par les clartés azurées.

Les visages sont des phrases qui n’ont pas de ponctuation et aucun point d’attache. Si je crois enfin tenir une vérité, c’est la lueur scintillante d’une étoile depuis longtemps endormie que je regarde sans le savoir.

Que reste-t-il de l’âme sur le visage, quelles sont les traces que laissent les rêves après leurs passages ? J’aimerais parcourir les visages comme de nouveaux paysages, déployer ma lecture dans le temps et dans l’espace pour en dessiner fidèlement la carte.