Ancrer

Il nage dans l’azur comme le font les fleurs

en aveugle

en sourdine

il frôle l’insouciance

du bout de ses ailes comme le font les pages

il se soustrait dans le blanc comme le fait l’encre

en simulant

en sinuant

vers cette incohérence malade

qu’on nomme la phrase

le papillon noir de ta mémoire

Rayonnement

by Volker Birke

Hier, la mer et la nuée se sont mangées l’une l’autre,

en douceur, sans provoquer de raz- de -marée.

On ne sait plus si cette péninsule est le bras

d’une rivière ou le coude chaud d’un courant de sable.

On ne sait plus si c’est lui qui porte ou si c’est elle qui apporte

les rubans de terre, les cuillerées de vent.

Ces tourments sont-ils ceux de l’âme ou ceux

de ton cœur impatient?

Cartujano

Caballo Blanco, Diego Velasquez – 1599-1660

Si l’on devait me donner une âme

elle serait grise et pommelée

comme les cimes de l’orage et du ciel

En mélangeant son sang à l’air

sa sueur à la lumière

elle ferait trembler la poussière des chemins

elle serait de passage

quand du ventre de ta guitare

se tendent et ton poing et ta colère

ses naseaux seraient les cratères du vent

les béances hallucinées de la terre

son souffle sculpterait le temps majestueusement

 plus jamais tu n’aurais l’impression

de perdre ton nom

en confiant ton pas et tes danses

aux absurdités immondes des humains

-Les Merveilles de la Vie-

Kunstformen der Natur, Ernst Haeckel-1899-1904

Chaque goutte comme une phrase

creuse un nouvel espace

profondément petit afin qu’un ciel

puisse y déposer sa pluie

chaque circonférence met fin

à la rigidité       à l’intolérance

le vide côtoie le plein sans feinte

la substance n’est plus une apparence

Tant de proximité ne soulagera pas

ma conscience d’être complètement

inutile

pour appréhender cette vérité singulière

elle tourne sur elle-même et se révèle être

si loin de l’infini

La main

Anemone (by José Gallego Robinson)

Il ne veut pas me donner la main. Pourtant parfois, je la sens qui tremble sur le rocher de ma jambe.

Petite rainette se réchauffant au soleil, elle me fascine.

Il interrompt le cours d’un léger ruisseau en ébullition permanente pour que sa main puisse reprendre son souffle,

comme le silence après les symphonies brutales du bruit.

Si on veut la saisir, elle plonge et il est reparti.

Je peux la caresser du regard quand le soleil voûté comme un vieillard y dépose sa lumière rose.

La main se dore sur l’oreiller, corolle de l’été déposée sur la plage du sommeil.

Les petits doigts remuent à peine comme les épines d’un oursin.

La main ne cesse-t-elle donc jamais de rêver ?

Bris

Cornelia Parker Cold Dark Matter: An Exploded View 1991

Chaque matin je recompose ma symphonie de débris

matières en suspension dans les dentelles

que tisse ma cervelle

le temps oublie de respirer

les heures sont prisonnières

tout est en attente

d’une clef, geste furtif qui crée

éclats de phrases, brisures de mots

chaque coucher de lune fait que j’explose

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On ne sait

pas ce qu’il lui manque

pour qu’il soit

compris dans toutes ses formes audibles

il voyage entre les lignes

au delà de toutes les frontières perceptibles

lorsqu’enfin il arrive à planter

ses pieds

dans la matière de nos pensées

il ne reste plus que les éclats

brisés court-circuités

par nos neurones

On ne naît pas

avec cette rumeur

sous cette ramure de corbeau

et ce qui nous percute

n’est

déjà plus la musique

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Iannis Xenakis biographie sur le site de l’iCARM
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