Illusoire

C’est un jardin qui n’existe pas

ailleurs que dans ma fantaisie

hissée de soie

en cristal

la haie est la bordure de mon monde

dehors

au-delà

tout est hors de portée de mes doigts je n’y touche pas

c’est un jardin où les fleurs sont des broderies de couleurs

comme les principes elles durent

jusqu’à ce qu’on les abuse

c’est un jardin qui reste muet et insensible à la grossièreté

disciplinée

les herbes sauvages prennent la place

centrale

il prendrait toute une vie

si on la lui donnait

Mais que donne-t-on aux jardins

si ce n’est toutes nos parts

de néant

mon jardin ne prend pas

d’importance

il laisse pétiller les aiguilles des pins dans le vent

tourmente les torrents et ses éclats

froissent amoureusement les feuillages

étoffes verdoyantes jetées dans les bras des arbres

et des sentiers

mon jardin déride la mer en lui offrant un parfum

en lui donnant la main

il devient soudain subversif

et clairvoyant

la mer lui fait prendre le large

mon jardin est un fantôme qui ne porte

que les verts

jusque dans la transparence

EL DESDICHADO

Gravure représentant la rue de la Vieille-Lanterne à Paris, rue aujourd’hui disparue, où le poète Gérard de Nerval (1808-1855) fut retrouvé pendu le 26 janvier 1855.

Je suis le ténébreux, – le veuf, – l’inconsolé,
Le prince d’Aquitaine à la tour abolie :
Ma seule
étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le
soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phébus ?… Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine;
J’ai rêvé dans la grotte où nage la sirène…

Et j’ai deux fois vainqueur traversé l’Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

Gérard de Nerval

Langue de bois

J’oscille dans l’air

comme les brindilles

d’un incendie

ma voix suit celle de ces mystères

qui tremblent face au soleil dans les déserts

pourtant en moi coulera toujours

au delà des déclinaisons et des détours

une onde resplendissante de fraîcheur

qui te fera croire que ma parole naît vit et meurt

dans les ruisseaux qu’encadre la verdure

qu’enlace le soleil en laissant ses cigales

chanter et danser à sa place

j’ondule comme le serpent sur la dune

langue de vipère    petit morceau de terre oublié

par les ravages des rivières

caillou jeté pour rien dans l’eau

le silence me froisse et me désespère

j’avance  je me mélange à la sève dans les veines

de la feuille               à la pointe de l’épine

Je brûle de me répandre de piétiner l’éternité

de mentir à la vérité

je me pends au cou du premier arbre

si tu tentes par tes phrases d’enterrer ma liberté

Rutilants

Entre deux langues

de terre

un bras de mer

des côtes brulées par le soleil

et des montagnes que le ciel grignote

donnent des prénoms au pays où

parfois se dresse à l’horizon le fantôme

d’une forêt

un attroupement de buissons

une galaxie d’épines simulent l’abondance

l’ombre d’un nuage galope sur les pelages

rutilants des prairies

mes voyages avalent tous les chemins amers

tous les nulle part où jamais personne ne vient

Indécis

Ebru Sidar – undecided

Je suis celui qui ne trouve plus de mot

qui n’a jamais reçu de nom

si ce n’est celui inconnu oublié

du mépris ou de l’ignorance

je suis celui dont les lèvres ne rencontrent plus de soif

dont la gorge et l’espace

des rêves sont remplis de poussières et de faits

sans intérêts

je suis celui dont les brumes et les nuits blanches

on fait un fantôme

fantasque collectionneur d’erreurs de chagrins et d’impasses

parfois il arrive qu’au sortir d’un dédale

le silence et le froid me referment

étrangement les bras

Édifiante apparition d’un lac

Scholar Viewing a Lake
Kano Tan’yu | Japanese | 1602-1674

Le paysage se plie

à la volonté du rêve

ainsi que le ferait la brume pour la pluie

en gommant les étendues faciles et l’horizon

lac et ciel ne forment plus qu’un seul et même espace

les frontières semblent s’abolir et devenir

d’inutiles traces

l’homme est plus petit que le pas

auréolé de la libellule

la barque est comme le cil

du regard qui s’incline

la feuille suggère l’arbre ou la montagne

la réalité le mirage

Seule demeure

accessible à tes méditations

l’évanouissement éternel

du présent

Flûte de Pan

flute_de_paon

Le flux lumineux provenant

des choses que le soleil éclaire

se décompose

en passant aux travers

du prisme de mon âme

si bien que je sais vivre

dans un aquarium aux frontières invisibles

ce n’est que pris dans l’un de vos filets

que je m’épuise

ce n’est que sous le poids de vos paroles

que je suffoque

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Attracteur de Lorenz
Théorie du chaos
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