
Mon angoisse est insoluble je le sais bien
car les murmures inaudibles
et les non-dits des êtres humains
les yeux qui coulissent si près des paupières
forment autour de moi
comme un corset à la manière
de l’araignée autour de sa proie.

Mon angoisse est insoluble je le sais bien
car les murmures inaudibles
et les non-dits des êtres humains
les yeux qui coulissent si près des paupières
forment autour de moi
comme un corset à la manière
de l’araignée autour de sa proie.

Une ombre semblable à une tache d’encre se déplace librement en moi comme le font les méduses dans l’océan. Le temps, la place qu’elle occupe s’imbibent fébrilement de son étrange transparence.
Fantôme de moi-même, empreinte fugace de mon âme, elle évolue sans jamais se hisser, sans jamais se fixer. Est-elle douée de la parole, serait-elle capable de se glisser dans l’habit sobre et princier de la conscience ? Probablement pas, cela ne la concerne pas, elle circule sans jamais se fixer à une raison. Quelle signification trouverait-elle à son errance ? Ce serait comme vouloir enfermer les saveurs du souvenir dans un flacon, dans une maudite phrase.
Une ombre me regarde du fond de mon puits sans jamais déposer sur mes lèvres un « parce que c’est ainsi ». Les « pourquoi » gardent le silence comme ces pierres polies où la patience d’un être noble imprime les résonances et fulgurances de la vie.
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Sur le plafond immaculé de ma chambre, danse la pluie sous les caresses rondes de la lumière. Elle auréole sans jamais suivre de rythme rigoureux et précis. L’eau et la lumière s’échangent en silence leurs traits caractéristiques : l’une devient liquide alors que l’autre très lentement s’évapore. Ce prodigieux spectacle se produit tous les jours, au dessus de ma tête, au delà de mes rêves.
Aux murs surchargés de ma chambre s’agrippent des fleurs qui grouillent en troupeaux, prisonnières de combinaisons et de rapports de formes et de couleurs dont mon esprit essaye en vain de les libérer. La trame est sans faille, j’ai beau calculer et recalculer à l’infini, elles se partagent et se partageront toujours les murs de ma chambre, les murs de n’importe quelle chambre selon le même patron immuable et stupide. (Il suffit de regarder un pan du ciel pour se rendre instantanément compte combien l’homme est ridicule lorsqu’il se met à imaginer des grammaires, des définitions, des théories).
Allongée sur mon lit, je perçois donc pleinement combien mon déchiffrement est inutile. Je ne suis encore qu’un bourgeon, une enfant mais déjà je possède dans le creux de ma main cette clé qui me dit que les humains autour de moi sont sans mystère. Comme les fleurs du papier peint de ma chambre, ils sont les prisonniers d’une existence qui se chiffre à quelques faits insignifiants. Ils sont incapables de fonctionner autrement qu’imbriqués dans un mur. Je cherche sans jamais la trouver la faille où je pourrais me lover.
Allongée sur mon lit, je me sens prisonnière de ce monde qui pointe ma différence comme une bizarrerie troublante. Je suis disparate, je ne suis pas une fleur, je ne suis pas une pierre. Je ne m’insère dans aucune de ces constellations sans magie. Je ne construis pas de mur, je ne compose pas de symphonie.
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Dans l’une des parts du gâteau grotesque offert par la vie
au milieu de la piste du cirque
sur mon dos de cheval l’équilibriste ouvre les bras
pour se maintenir
elle risque un pas
tout autour les gens se grandissent exagérément
lequel d’entre eux sera le plus adulé et applaudi
par un autre attroupement d’abrutis
celui que le talent habille comme un clown
celui dont on dit qu’il est le plus doué parce qu’il parvient à danser sur les mains
Je reste docilement immobile
à servir de socle
à l’inutilité
mon regard de cheval flotte dans le néant comme le ballon d’un enfant
et accompagne ceux dont on dit que quand ils regardent
ils ne voient que la nuit

L’herbe ronge le sentier
et le sentier mène à la mer
la mer ronge le ciel
et le ciel se balance dans les arbres
comme les vagues entre les doigts du sable
les arbres s’écartent pour laisser passer
le sentier qui serpente comme une rivière
au lieu d’aller vite
se jeter aux pieds du rocher
qui ronge de son ombre la nuit
C’est un jardin qui n’existe pas
ailleurs que dans ma fantaisie
hissée de soie
en cristal
la haie est la bordure de mon monde
dehors
au-delà
tout est hors de portée de mes doigts je n’y touche pas
c’est un jardin où les fleurs sont des broderies de couleurs
comme les principes elles durent
jusqu’à ce qu’on les abuse
c’est un jardin qui reste muet et insensible à la grossièreté
disciplinée
les herbes sauvages prennent la place
centrale
il prendrait toute une vie
si on la lui donnait
Mais que donne-t-on aux jardins
si ce n’est toutes nos parts
de néant
mon jardin ne prend pas
d’importance
il laisse pétiller les aiguilles des pins dans le vent
tourmente les torrents et ses éclats
froissent amoureusement les feuillages
étoffes verdoyantes jetées dans les bras des arbres
et des sentiers
mon jardin déride la mer en lui offrant un parfum
en lui donnant la main
il devient soudain subversif
et clairvoyant
la mer lui fait prendre le large
mon jardin est un fantôme qui ne porte
que les verts
jusque dans la transparence

Gérard de Nerval
J’oscille dans l’air
comme les brindilles
d’un incendie
ma voix suit celle de ces mystères
qui tremblent face au soleil dans les déserts
pourtant en moi coulera toujours
au delà des déclinaisons et des détours
une onde resplendissante de fraîcheur
qui te fera croire que ma parole naît vit et meurt
dans les ruisseaux qu’encadre la verdure
qu’enlace le soleil en laissant ses cigales
chanter et danser à sa place
j’ondule comme le serpent sur la dune
langue de vipère petit morceau de terre oublié
par les ravages des rivières
caillou jeté pour rien dans l’eau
le silence me froisse et me désespère
j’avance je me mélange à la sève dans les veines
de la feuille à la pointe de l’épine
Je brûle de me répandre de piétiner l’éternité
de mentir à la vérité
je me pends au cou du premier arbre
si tu tentes par tes phrases d’enterrer ma liberté
♠
La pluie picore
le toit de la véranda
elle picore les pavés de la route
les chemins de terre du parc
elle picore les feuilles des arbres
les épines des buissons
elle picore les dernières graines de soleil
avant la nuit
petites poules de cristal
elles sont des milliers à picorer
mes larmes
♠ Visiter le site de Louis Thomson cliquez sur l’image
Entre deux langues
de terre
un bras de mer
des côtes brulées par le soleil
et des montagnes que le ciel grignote
donnent des prénoms au pays où
parfois se dresse à l’horizon le fantôme
d’une forêt
un attroupement de buissons
une galaxie d’épines simulent l’abondance
l’ombre d’un nuage galope sur les pelages
rutilants des prairies
mes voyages avalent tous les chemins amers
tous les nulle part où jamais personne ne vient