Baume

Elle a posé ses mains comme deux ailes sur mes hanches

l’une d’entre elles a poursuivi les ombres qui voilaient mon âme

-le soleil portait le ciel dans son ventre-

l’autre s’est mise en frôlant mes rives sauvages et les lichens secrets

à invoquer les vertus opalescentes et douces du jade

 

En lisière

-La soga al cielo-Tintas mínimas I — Pablo S. Herrero
(Pour visiter son blog cliquez sur l’image)

Les arbres au bord du monde sont sur le point de se fondre à l’absence

Il ne nous restera pas même le squelette de leurs branches 

les vents et les pluies ont fait fuir les prairies et les rires

des fleurs

il ne nous reste plus que le temps soudé à un lit d’hôpital devenu presque vague

il nous montre son dos

doux comme celui des collines pour le regard ému qui porte des larmes

dur muet et lâche pour celui qui n’a plus ni les armes ni l’espoir

Face au restant du monde

Entre ta peau et les étoffes qui recouvrent ton corps

dans cette parcelle de liberté infime

que la lumière parfume de rose

je me love

sur tes frontières impalpables

j’appose comme une onde chaude

mon frémissement face au restant du monde

mon trouble un trait d’union noir

et souple pour démultiplier

les splendeurs de tes contrastes

coups de fouet somptueux

à la laideur pour qu’elle s’en aille

coups de crayon incisifs pour mon âme

afin qu’elle reste là éternellement

à se fondre à

ta source

L’impitoyable faim

Júpiter, Venus y auroras boreales. Luvia, Finlandia. 27 de febrero de 2012
Foto: Laaksonen Juha

Au pays des 7 lacs, les mots en colonies guerrières fourmillent. Les phrases mettent tout en œuvre pour abreuver ce tyran sanguinaire, mon cœur. Il mène les troupes méthodiquement, il se dit pourvu d’une dague et d’une puissance de frappe redoutable alors qu’il ne tient dans les mains que quelques maigres signaux transformés par le cerveau. Que peut-il encore contre ce monde de monstres et de morts, lui qui ne s’arrête jamais de brasser la vie ?

Sous la glace, sous la neige, dans les déserts éblouis par les nuées de l’hiver, comme les racines d’un arbre, les coulées d’encre tentent de se frayer un chemin vers le jour, vers le large. Je suis souvent si seul dans le noir à faire face à l’immense serpent du désespoir. Je me tords les bras, je me mords les lèvres et les mots avec la patience d’une meute de loups dévorent les pâleurs des pages. Pourtant, je garde dans le ventre éternellement l’envie de hurler : « Pourquoi le monde ne voit-il pas ce que je vois » ?

Exténué par les saccages, les courses folles, les envies constantes de sortir de la cage, j’aimerais être simplement une femme ou un homme dont le cœur supporte les trous noirs, dont le regard se satisfait de l’horizon, dont l’imagination reste brouter dans les prés du raisonnable. J’aimerais pouvoir lire l’émotion sur les visages, comprendre enfin pourquoi tellement d’humains se comportent comme des rats, se résignent à devenir des rongeurs. J’aimerais m’asseoir apaisé à une table, oublier mon cœur barbare et son impitoyable faim.

Univers

Sur mes rives imaginaires

les éternités pâlissent en formant des vagues

elles se répartissent comme des cartes

les parcelles du temps

En guise de mémoire et de toile

elles nouent et dénouent

les cheveux des astres

Vénus serait venue au monde

de mes paumes sauvages

comme un bourgeon ou un dard

L’espace de vos pensées a effacé

les traces de ma subtile odyssée

cratères d’astéroïdes géants

ou nids de petits pois

perles fossilisées ou nuées de mots

mon univers sera toujours verdoyant

Entendrez-vous encore son chant

comme un galop d’étoiles