Floraison

Sur le plafond immaculé de ma chambre, danse la pluie sous les caresses rondes de la lumière. Elle auréole sans jamais suivre de rythme rigoureux et précis. L’eau et la lumière s’échangent en silence leurs traits caractéristiques : l’une devient liquide alors que l’autre très lentement s’évapore. Ce prodigieux spectacle se produit tous les jours, au dessus de ma tête, au delà de mes rêves.

Aux murs surchargés de ma chambre s’agrippent des fleurs qui grouillent en troupeaux, prisonnières de combinaisons et de rapports de formes et de couleurs dont mon esprit essaye en vain de les libérer. La trame est sans faille, j’ai beau calculer et recalculer à l’infini, elles se partagent et se partageront toujours les murs de ma chambre, les murs de n’importe quelle chambre selon le même patron immuable et stupide. (Il suffit de regarder un pan du ciel pour se rendre instantanément compte combien l’homme est ridicule lorsqu’il se met à imaginer des grammaires, des définitions, des théories).

Allongée sur mon lit, je perçois donc pleinement combien mon déchiffrement est inutile. Je ne suis encore qu’un bourgeon, une enfant mais déjà je possède dans le creux de ma main cette clé qui me dit que les humains autour de moi sont sans mystère. Comme les fleurs du papier peint de ma chambre, ils sont les prisonniers d’une existence qui se chiffre à quelques faits insignifiants. Ils sont incapables de fonctionner autrement qu’imbriqués dans un mur. Je cherche sans jamais la trouver la faille où je pourrais me lover.

Allongée sur mon lit, je me sens prisonnière de ce monde qui pointe ma différence comme une bizarrerie troublante. Je suis disparate, je ne suis pas une fleur, je ne suis pas une pierre. Je ne m’insère dans aucune de ces constellations sans magie. Je ne construis pas de mur, je ne compose pas de symphonie.

2 commentaires sur « Floraison »

  1. ~J’aime beaucoup cette progression d’une (superbe) description objective vers une réflexion subjective des hommes et de ta position parmi eux..
    C’est « ainsi que les hommes vivent » . . .

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