Éveil

Photography of Iceland’s volcanic rivers by Andre Ermolaev

Je suis les v du vent qui survolent éternellement les vagues

et se partagent l’écume à coups de bec et de cris.

Je suis le v de tes lèvres , les ailes à franges rouges de tes baisers font du triangle de mon sexe un delta qui efface les distances.

Je suis la victoire du bleu sur les vers, du blanc sur le temps, de l’encre sur le papier.

Je suis le vol du vautour qui de ses sommets poursuivant les coups de nageoire de la nue,

plane sur la mort en lui dessinant une auréole de paroles presque invisible à l’œil nu.

Séquences

Georgia O’Keeffe, Red, Yellow and Black Streak, 1924. Oil on canvas, 39 3/8 × 31 3/4 in. (100 × 80.6 cm). Musée National d’Art Moderne, Centre Georges Pompidou, Paris. © Georgia O’Keeffe Museum/Artist Rights Society(ARS), New York. Photography by CNAC/MNAM/Dist. Réunion des Musées Nationaux/ Art Resource, NY

 

 

C’est une harpe dont les cordes sont de fins cheveux de couleurs qui ne produisent aucun son. Pourtant, je sens que je plonge dans des champs chromatiques. Le jaune et l’orange disputent aux verts le droit d’être les fantômes d’un taureau, d’une licorne de neige, ou d’une couleuvre ondulant sur l’eau d’un ruisseau comme le trait de pinceau d’un Maître.

Le temps possède la faculté de réfugier les bruits d’une aile, d’un roucoulement, du pas souple d’un chat.

C’est une harpe que le vent effleure mais dont il n’altère pas la voie. Elle va se coucher dans les herbes, sur le dos des roseaux, sur le  noir instable de la mer. Elle s’approche de la larme que je garde au fond de moi éternellement affutée et prête à honorer les secondes si précieuses et si courtes du soleil paré de ses milliers d’années-lumière.

Ce n’est pas une vie

mirrormaskcamera: (via papascandy) (Source: tibets)

Je suis un grain de sable, près de moi, dans un ordre aléatoire, des milliers de grains de sable sommeillent dans la même sphère de verre. Ils sont comme des parties de moi-même, scintillantes, inutiles et silencieuses.

La sensation de l’étrange, du mystérieux n’existe pas car en tant que graine du temps je ne me questionne pas sur l’ordre des choses, sur les lois de la nature, sur l’équilibre ou sur ce qui devrait être une réalité. Je me contente d’être dans un état qui n’est pas, avec pourtant la sensation exister en des milliers de petits endroits proches, identiques mais à la fois totalement différents de moi.

Sans contrainte aucune, il me semble que je suis comme une matière minuscule et que le monde autour de moi vit sans souvenir et est prêt à devenir autre chose, à devenir ce qu’il n’imagine pas.

Je suis un grain de sable sans doute, je suis presque n’importe quoi. Ma nature s’éparpille sans prendre de forme stable. Je ne dure pas.

Soudain, notre silence sablonneux se remue, le sable s’écoule, les grains glissent les uns sur les autres et de ce mouvement naît en moi la conscience. Des serpents de souvenirs surgissent, comme des rubans, ils dansent dans le vide et montent vers un infini. Si je tente de les suivre, d’emprunter leurs chemins, de grimper sur les échelles qu’ils construisent, ils s’inversent ou disparaissent et me disent : « il est temps ». Je ne comprends pas dans mon éparpillement que je glisse, que je subis une révolution majeure, que je me volcanise.

Peu à peu, je retrouve un même état aléatoire, je sommeille, les milliers de parties semblables à moi-même se sont inversées et pourtant scintillent tout aussi inutilement dans un silence momentané, une fraction du temps toujours prêt à s’écarter du futur qu’on voudrait lui dessiner. Je me contente de donner aux humains l’impression qu’ils peuvent mesurer le temps et le découper comme une étoffe.

Le miel

Milk and Honey by Matthew Ryan (Ranamok 2007 finalist)

 

L’hiver s’est déposé sur mes paupières comme une vague sur la plage

sa fraîcheur blanche est restée

certaines de mes veines sont devenues bleues

surprises dans leurs voyages voilà qu’elles retrouvent le calme

mon âme est une bulle d’air vif et transparent

capable de se reproduire en un coup de fouet bref et intense

qui laisse des brûlures fantomatiques

il est étrange de pouvoir être un hiver dans l’une de ses alvéoles

d’approuver son silence, d’accepter les départs et de nouer une amitié lactescente avec la patience

je me sens la force de préparer tellement de printemps

tellement de phrases filamenteuses qui s’étendraient sans plus faire de nœuds ni trouver de points

s’attribuant le pouvoir de sceller dans l’oubli

un merveilleux petit morceau de vie.

 

 

Un jour de marche

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La brume cache les pieds de la colline et en mord le sommet.

Les pins portent le ciel sans montrer la moindre faiblesse face à l’éternité.

L’aube et le crépuscule se lèvent avec la même certitude pour dépeindre la vie telle qu’elle est dans ses mouvements quotidiens.

Les hommes en sont l’écriture.

On les rencontre qu’ils se hâtent

ou qu’ils se reposent,

qu’ils travaillent le dos courbé dans les rizières ou tirent le filet de pêche.

L’horizon se recouvre de neige, se noie dans la mer ou se perd dans les forêts vertes et noires de la montagne qui domine souvent la vue au large.

Le chemin nous mène jusqu’à ces endroits du paysage où le temps se fige pour nous permettre de le penser. Il nous reste à reconnaître dans ses nombreux détails, la beauté par étape, après une longue journée de marche.

Frondaison

Bertrand Vanden Elsacker

J’ai mis le feu à une fontaine d’où s’écoulaient

des feuilles d’un vert aussi profond qu’un lac tendre.

Leurs nervures s’écartaient dans tous les sens comme celles des étoiles.

 

J’ai mis le doigt sur l’ombre et l’ai portée au plein jour.

Elle était blanche, pure, éclatante et plus bavarde

qu’un ciel rempli d’oiseaux.

 

Vers

Glass Anatomical Models by Farlow’s Scientific Glassblowing

 

 

Je suis allongée comme une algue morte

délassée par ce qui ressemblait à un rêve.

La musique s’avance en éparpillant dans l’air

des serpentins de soie dont les brillances

colorées dessinent le cadre et les sentiers

de la journée.

 

Dehors la ville est une forêt de conifères

qui libère les cris des outils et les

tremblements de terre provoqués par

les bus et le métro. Parmi les passants

le jour hésitant trouvera bien à se rendre utile pour quelques uns.

 

Je ne laisserai pas se répandre dans mes veines

la haine d’une parole sertie de mensonges grossiers.

Le venin d’un geste insensé ne tenaillera pas ma journée

que je traverserai sur la pointe des pieds.

 

Ondine

 

hitchhikers (by Izzysan) (via letslook4treasure)

Toi et moi

dont le corps se termine en queue de poisson.

Nous nageons entre deux eaux celle de l’azur

et celle de l’océan infiniment cohérent.

Toi, tu es la caresse, la force, le courant.

Moi, je te suis

liée.

Frôlant tes nageoires,

amoureuse de ces voyages entre gestes et paroles

dans un jardin qui s’envole

dès que quelqu’un veut y planter un mur.

Toi et moi dans le temps

on s’aventure.

 

Soldats

Soldier Termite (by melvynyeo)

 

Il pleut de l’encre noire

le ciel se fait du mauvais sang

la lune est pâle et s’absente

derrière le rideau de larmes

derrière les nuages

une colonie odieuse

d’insipides insectes impose

les cliquetis mécaniques

et leurs morsures pleines de venin

je ne veux plus pleurer

parce qu’ils ont l’âme de guerriers

et qu’ils ne peuvent jamais trouver

la paix bienfaisante de l’absence

de rancune

 

هیچ Rien

هیچ

Rien

بنگر ز جهان چه طرف بر بستم ؟ هیچ

Regarde l’univers. Qu’aurai-je embrassé ? Rien

 وز حاصل عمر چیست در دستم ؟ هیچ

J’ai moissonné la vie, et récolté le rien

شـمع طـربم ولی چـو بنـشستم هیچ

Gaiement je me consume, et je m’assois : plus rien

من جام جمم ولی چو بشکستم هیچ

Miroir du monde, je me brise. Alors, plus rien

غياث الدین ابو الفتح عمر بن ابراهیم خیام نيشابوری

Omar Khayyam

Rubayat, par Omar Khayyâm

V

Puisque tu ignores ce que te réserve demain,
Efforce-toi d’être heureux aujourd’hui.
Prends une urne de vin, va t’asseoir au clair de lune,
Et bois, en te disant que la lune te cherchera peut-être vainement, demain.