Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
La brume cache les pieds de la colline et en mord le sommet.
Les pins portent le ciel sans montrer la moindre faiblesse face à l’éternité.
L’aube et le crépuscule se lèvent avec la même certitude pour dépeindre la vie telle qu’elle est dans ses mouvements quotidiens.
Les hommes en sont l’écriture.
On les rencontre qu’ils se hâtent
ou qu’ils se reposent,
qu’ils travaillent le dos courbé dans les rizières ou tirent le filet de pêche.
L’horizon se recouvre de neige, se noie dans la mer ou se perd dans les forêts vertes et noires de la montagne qui domine souvent la vue au large.
Le chemin nous mène jusqu’à ces endroits du paysage où le temps se fige pour nous permettre de le penser. Il nous reste à reconnaître dans ses nombreux détails, la beauté par étape, après une longue journée de marche.
Puisque tu ignores ce que te réserve demain,
Efforce-toi d’être heureux aujourd’hui.
Prends une urne de vin, va t’asseoir au clair de lune,
Et bois, en te disant que la lune te cherchera peut-être vainement, demain.
Etude de couleurs, carrés avec des cercles concentriques (Farbstudie Quadrate, vers 1913) Wassily Kandinsky
Douze pupilles me regardent mais j’ai l’impression qu’elles sont bien plus nombreuses et qu’elles ne regardent pas que moi. Elles sondent le monde au-delà et en deçà. Elles effleurent des surfaces ou plongent vers les profondeurs.
Les iris colorés dansent et tournent comme des cerceaux. C’est un jeu de devinettes qu’on me propose. Ces étranges planètes rouges, jaunes oranges, vertes, bleues et violettes me font tourner de l’œil et perdre la tête. Comme s’il fallait que je sois dérangée, ivre pour être à leur écoute.
Je songe à ce qu’elles voient de moi mais surtout à ce qu’elles me font découvrir. Un système s’interroge lui-même, sur les lois et les rapports de forces entre les formes et les couleurs, entre les idées et la réalité et ce que sont mes sentiments. Sont-ils dans le bon ordre, ces cercles irréguliers de couleurs? Qui sera le vainqueur ? Existe-t-il un milieu, où se trouve le début alors que la fin semble surgir au bout de moi?
Douze propositions m’interrogent sur mes perceptions de la réalité et me font à nouveau douter du tout. Je sens qu’aucune position n’est stable et qu’il me faudra toute ma vie me questionner sur les sens et sur l’utilité d’en avoir un entre les mains, un seul rien que pour soi et qu’on trouverait si bien qu’on voudrait qu’il soit aussi pour l’autre, pour celui que je ne connais pas.
Il me faudra acquérir des certitudes puis les jeter dans le brasier comme on jette les dés pour jouer, ou ses doigts sur un clavier pour produire un incendie de sons, une infinité de nuances. Il me faudra continuer de chercher, voyager sur plusieurs niveaux. Escalader les couleurs, passer de l’arrière plan au devant de la scène et puis à nouveau disparaître. Démonter les rouages et inventer de nouveaux questionnements pour meubler l’espoir d’un jour trouver une solution à ce qui a priori n’en a pas.
Autour de sa maison, l’herbe ressemble à de la mousse verte dont les ondes douces se laissent vaguement toucher par la lumière comme un ruisseau turbulent. Des buissons d’une couleur profonde offrent une protection contre les vents ou la pluie. Leurs branches fines comme des fils servent de partition à une colonie d’oiseaux et d’oisillons en tout genre. Certains vous diront : « quelle cacophonie ! Laissez donc la ville l’effacer avec ses bus, ses grues, des coups de klaxons, ses nuées de passants pressés ».
Dans ce jardin, petit comme une main, un arbre berce ses plumes dans le ciel depuis qu’il existe des printemps. Quel endroit somptueux pour habiter ! On y sent battre le cœur tout proche de la veille ville qui ne cache pas son or et nous dit qu’elle est une reine.
L’habitation pourtant est provisoire et ce ne sont que deux ou trois pavés trouvés aux hasards des errances qui retiennent les quelques coins d’une tente fatiguée, usée, décharnée et dont il ne reste plus qu’un seul os rongé. Une bâche bleue en assure encore peut-être pour quelques heures la fébrile étanchéité.
Dans quelques minutes, deux chiens policiers réveilleront l’être humain qui dort là, comme un de leurs vieux jouets. Mais dort-il vraiment ? Ou est-il simplement ivre et malade d’être devenu un déchet de notre société? Quoi qu’il en soit, il a pu à lui seul, sans aucun cri ni fière affirmation marquer un temps d’arrêt en cet endroit où des merveilles sommeillaient à côté de lui sous la pluie, dans le froid. Les verts tendres, la lumière adolescente se jouant de la pluie, la sonorité d’un arbre dont le tronc brun et fort nous fait oublier comme les secondes sont fragiles et si peu dociles.
Ces choses disposées là comme si elles avaient à former un véritable jardin, un tableau, appartiennent à tous ou n’appartiennent plus à personne. La Beauté est vagabonde et nous questionne. Comment nous faut-il l’aborder ?
ELLIS CERAMICS A PLATTER Melbourne glazed earthenware 40w cm incised signature and numbered to base, Ellis 51, Leonard Joel Auctions, Calender, Australian Auctioneers
Ma main est un coquelicot qui tremble et voudrait bien apprendre à devenir le delta fougueux du fleuve Amazone.
En attendant, ce volcan à trois branches tente de s’étendre.
En gestation sur le bout de la langue des mots attendent.
Ils ne sont encore que des points éparpillés dans mon esprit.
Rien ne va encore au delà du rêve, tout est encore en gestation dans mon jardin des silences.
Les cailloux chantent comme des oiseaux sous les caresses folles d’un ruisseau bleu.
l’écho disperse dans mes veines azurées la pertinence d’une clameur qui me dépasse.
Ma liberté est en train de naître sous vos yeux pour autant qu’ils puissent regarder au delà de l’obscurité que vous accumulez tout au long de votre vie.