Waar de hemel blauw is, en het gras groen

Ik kijk naar de hemel

Ik neem een lepel

Ik wijs naar,

Waar ik daar

Bedoel.

Het puntje wordt als maar groter.

Ik word als maar banger.

Ik maak van mijn eigen ook een puntje.

Een puntje in het gras.

Plotseling voel ik iets op mijn schouder landen.

Ik kijk naar mijn bult net naast mijn hoofd, mijn schouder

Ik zie een vogel, een zwarte vogel.

Heel groot, groter dan mijn lepel,

die ik klaar had om het puntje te vangen.

De hemel is blauw zonder puntje.

Het puntje kraait als een raaf.

Ik schrik.

En weer is het puntje daar.

Waar ik daar

Bedoel.

 ©Chloë Vanden Elsacker, 10 jaar

Là où le ciel est bleu et l’herbe verte,

Je regarde le ciel,

Je prends une cuillère.

Je montre

Là ou je veux

En venir.

Le petit point devient de plus en plus grand.

J’ai de plus en plus peur.

Je fais de moi un petit point aussi.

Un petit point dans l’herbe.

Soudain je sens quelque chose atterrir sur mon épaule.

Je regarde la bosse juste à côté de ma tête, mon épaule.

Je vois un oiseau, un oiseau noir,

Très grand, plus grand que la cuillère,

que j’avais préparée pour attraper le petit point.

Le petit point croasse comme un corbeau.

Je m’effraye.

Et à nouveau le petit point est là

où je veux

en venir.

Nitescence

A satellite picture of Antarctica. Credit: NASA
A satellite picture of Antarctica. Credit: NASA

 

Le ciel est à peine plus lourd qu’une perle et toi, mon petit coquillage, tu m’en révèles la douce éternité faite de mélanges joyeusement satinés.

Je ne peux vivre un instant sans goûter ton raffinement sauvage. Tu es une fleur qui ne compte pas ses pétales. La franche mousseuse de l’un me laisse apercevoir l’autre.

Qui réussirait à éviter la subtilité incroyable de ton langage? En toi, se reposent la nacre, les roses, les jades, l’ivoire, le corail et l’émeraude.

Ton socle roux me réchauffe, tu adores le silence que les flots contournent en formant des bulles et des dentelles d’écume ou de lumière.

Au delà de toi, si on ne s’éprend d’une façon de concevoir, on ne connaît rien d’autre qu’un vide granuleux, le gouffre crépitant de la mort et de l’ennui.

La joie de te comprendre se noue intiment à la science pure de vouloir rester libre à tout prix. Tu es ce que tu donnes. Force incroyablement tendre, discrétion vive, imagination chatoyante.

Tu es ce que l’on atteint lorsqu’on cherche le meilleur de soi: la plus belle forme de l’absolu.

À mon Amour

 

Asphyxie

Charcoal sculptures by Aron Demetz
Charcoal sculptures by Aron Demetz

Dans ta cage, les rayures d’un tigre, l’aileron d’un requin, les dents du monstre.

Je crie.

Personne pour m’aider à t’ouvrir les portes de la vie. Ma fille, ma vie n’a pas suffit d’être sacrifiée.

Personne pour retirer du doute les raisons véritables du trouble qui habiterait mon âme et salirait chacun de mes gestes.

Personne pour déconstruire l’échafaud du préjugé, pour contester le brasier qu’imposent les structures communes de la pensée.

Il faut attendre, se taire et se laisser dévorer, s’abstenir d’intervenir. De quelle vérité sont faits les protocoles ?

En attendant on juge pour moi comment  et qui il est bon d’aimer, un homme ou une femme.

On enferme mon âme dans une cellule psychiatrique, dans la prison d’un diagnostic. La maladie dont on a repéré sous la contrainte les symptômes à guérir est un surplus de clairvoyance, un débordement du cœur. Il faut qu’on l’étrangle. Je sers à remplir les grilles, à circuler sur les courbes, à justifier les schémas et maintenir en place les tabous.

Attendre, car il ne faut pas se révolter, il faut laisser parler les docteurs, les juges et laisser les mains libres aux dictateurs, aux gourous.

Attendre qu’ils aient rompu et déchiqueté toutes les racines, toutes les feuilles qui cherchent à construire la différence.

Attendre et faire semblant de croire qu’un jour, les prédateurs cesseront d’avoir des dents, des griffes, une faim qu’ils renouvellent en mangeant.

Attendre qu’ils s’arrêtent de broyer, de mentir, d’usurper. Attendre et devenir le noyau même de l’hypocrisie.

L’innocence devient suspecte. L’amour a tout à prouver alors que la désertification menace et met en place les rouages de l’aliénation.

Hier, on a étouffé mon cri pour la énième fois. Notre silence est devenu un criminel.

 

 

Epouvante

Unknown, Egyptian Seated Figure, before 3400 BCE Egyptian Ceramics Terracotta =
Unknown, Egyptian Seated Figure, before 3400 BCE Egyptian Ceramics Terracotta

Il y a en moi, l’œil bleu d’une vague

qui me regarde de l’intérieur:

il sourcille et strie cet océan où flotte mon cœur indéfiniment.

Il sème dans les courants des bancs de larmes nées du bas-ventre du ciel.

À la surface de l’eau, les mots s’émoussent :

ils regardent au travers de moi l’humain

pris au filet de sa propre vie.

Qu’ai-je donc fait ?

Il y a en moi, le vol de l’oiseau marin, le jais de son plumage qui se sèche au soleil, son aile esclave.

Le clapotis des flots, la nuit, l’aube d’un bateau n’apaiseront pas mon drame.

Il y a en moi, un moignon de jambe qui n’a pas su apprendre à marcher à coups de mâchoire.

il y a en moi, la danse effrénée des secondes, une pluie d’étoiles dessine les rides comme les voies par où devraient passer la mort et son cortège muet de menaces et de signes avant-coureurs.

Dans les remous et dans les vagues, il y a la lumière prédatrice et dévoreuse d’espace. L’âme du mammifère que je suis hante les ondes de son énorme ombre noire.

il y a en moi, le mouvement urticant d’une plante devenue transparence, n’ayant pour épines que mes pauvres mains tremblantes.

Verdure

Long Grass with Butterflies | 1890 | Vincent van Gogh
Long Grass with Butterflies | 1890 | Vincent van Gogh

Tout commence par le pétale comme la larme d’un saphir et tout se poursuit dans l’embrasement des tiges, des branches, des feuillages.

Les végétaux s’enlacent afin de résister aux embruns et d’étendre leurs bras somptueux comme des plumes dans l’eau limpide du ciel et de la mer.

C’est ainsi qu’ils protègent avec cette douceur incontrôlée de verts, les exubérances de fleurs recherchées pour leur intelligence et la pureté de leur couleur.

Ton corps nu et doré respire si fort, tes pieds laissent les empreintes d’argent et d’or sur les sentiers. Pourtant tes pas échappent au moindre encerclement.

Un joaillier a laissé glisser de son rêve le lézard vif serti d’émeraudes.

Alors que tu te baignes, les tentacules soyeux des nuages mangent l’éternité, des fleurs embaument le souffle de l’eau.

Les chevaux fougueux des vagues oublient leurs tempêtes pour devenir presque mauves.

Métaphore

 Etsuko Nishi
Etsuko Nishi

Sur les sables qui mélangent leurs couleurs à la nuit, navigue une fleur comme un navire fantôme. Elle ne s’est trouvée aucun pays et aucune sœur ne porte son nom. Elle est comme l’oubli. Ses pétales lui servent de voiles, d’épée, de bouclier et puis d’aiguille à broder. Elle va sans gouvernail, elle se pose sans jeter l’ancre, sans apporter la récompense d’une réponse à tes questions.

Elle dépose parfois un ruban bleu foncé sur l’infini pour que tu puisses en distinguer l’aube et t’en forger une fébrile sensation, une image sourde. Limpide, elle ne cogite aucun mystère, n’abrite aucune peine, ne libère aucun mensonge.

Les parfums que la fleur abrite réveillent les voies ancestrales du souvenir et ouvrent celles du savoir, ils suscitent les plus abrupts désirs. La convoitise. On serait si fier de la montrer comme une étoile, comme un trophée.

Amas de poussières, nœud de lueurs, chant authentique et presque inaudible, noyée dans les confins de l’être humain, la fleur revient d’une terrible odyssée. La fleur, ses voyages et sa folie cristallisent à la crête des vagues d’incessants vertiges, des peurs tranchantes, des petits bouts de vies à vif. La nuit et ses mouvements obscures la réduiront en poudre, notre sommeil nous semblera comme toujours être sans détours, sans rêves. Pourtant un jour, la fleur, le navire toutes voiles dressées vers la nuée sortira d’un mirage.

Si tu oses regarder son sein, si tu écoutes ce chœur charlatan, tu sentiras en toi un présent qui explose alors que ton sang se glace.

Résurgence

François-Henri Galland

 

Le ciel silencieux se laisse

soudain caresser par les ailes

franches d’une famille de colombes blanches

leur vol est revenu comme reviennent les comètes

d’un éblouissant voyage dans le temps

voilà qu’il entre par la fenêtre ouverte jusque chez moi

dispersant des ombres comme celles des anges

est-ce ta main qui demande la mienne

est-ce ton âme qui vient s’asseoir à côté de la mienne

viens allons regarder ensemble comment ciel et soleil

sèment sur la mer

les nuances qui donnent naissance aux roses

 

Raie

 

a93aaefa488e2a96da9a8c0f547cd2ffDans cette quête effrénée et redoutée, on coupe le poème à la hache comme si il allait nous révéler autre chose que notre propre mort. Est-ce ainsi qu’on domestique la vie, est-ce ainsi qu’il nous faut délaver l’espoir, meurtrir les versants de notre âme de mots qu’on appuie de meurtrissures ? On les blâme. On se venge d’être lâche.

Je me retrouve en mon pays qui voyage comme un rêve à travers le désert. Mon courage n’a plus soif car il porte au dessus de la tête un croissant de lune comme un diadème. J’aurais semble-t-il des ailes pourtant je ne puis abandonner le dédale de mon île. Me défaire du mirage d’être né de nulle part. Ma peau se dérobe aux mots, elle ressemble à l’aube qui naît, à la nuit qui ressuscite les cauchemars, les fantômes. Elle rassemble le jour et la nuit en formant un incendie de tâches vides et de matière noire. La lumière lui donne cette texture qui caresse les regards. Si je me sacrifie pour un pan du silence c’est afin de recevoir ce caractère divin qui se déclare dans mes allures. Je suis authentique. Intransigeant, invincible. Invisible aux yeux de ceux qui convoitent la vérité et la mette en cage dans leurs phrases. Je pose un pied sur vos pages et il ne vous reste si vous désirez me retenir qu’un petit morceau de charbon bien noir.

 

Mais oui, bien sûr!

Ses mains aux ongles de nacre rose sont posées sur le lac immaculé du drap qui le borde jusqu’au buste. Je viens de lui signaler que la lune ce matin a déposé son tout petit baiser sur ma joue. Il dort. Il n’entend rien. Il ne sait pas qu’elle était rousse, que son visage illuminé semblait frôler la cime des arbres gelés.

La mort est en train de faire un nœud dans ma gorge, je ne veux pas qu’il me voie pleurer. J’ai peur, j’ai froid.

Devant le médecin, voilà qu’il se transforme en statue. Il ne dit rien, il ne répond rien comme s’il était déjà parti.

Ma main le retient : «  dis-moi, puis-je revenir demain ? »