
On entend presque le vent
parler
pourtant
s’accroche à tout prix aux plis
l’écriture
qui cherche
mais évacue aussi
les mots
Source image: bertelsac

On entend presque le vent
parler
pourtant
s’accroche à tout prix aux plis
l’écriture
qui cherche
mais évacue aussi
les mots
Source image: bertelsac

La mer est telle que le ciel
est devenu un fantôme
au loin les îles sont des pièces d’étoffes bleues
épaules bras hanches mains étaient des calanques
la mer tellement souple
ses vagues
à peine soufflent une suite
à la nue
se soulève en moi l’immense doute
depuis que je suis née ce poulpe
glisse son amertume dans mes soutes
la mer fille des flammes
pleure

Quand je ferme les yeux je te vois
m’encercler de tes galops doux
rythmant au travers de tes pas
toutes mes hésitations et les tremblements
incertains de ma voix
Alors je ne ferme plus les yeux et je crois
qu’ainsi je pourrais échapper au passé
celui qui m’avait défait de moi et
t’ avait rendu presque muet
Alors je ne ferme plus les yeux
que pour te regarder
conquis par la liberté d’être
ou de te dissimuler sans accorder
la moindre chance à la violence
Quand je ferme les yeux je me vois
tel que j’aurais dû être au galop
si tu n’avais pas été qu’un rêve
dénoncé comme un maladie
de trop

Quand il marche c’est la nuit qui se déplace
ondoiement du vent dans les fraiches frondaisons
il s’approche du bout du nez et sent
la lune ronde est jaune et saupoudrée de pollen
comme les fleurs que l’on place dans les toiles
quand il s’approche et me regarde je vois
comment son œil irise la lumière et la garde
au fond de lui-même pour éclairer ce
qui le hante d’un halo de jade
quand il me parle on n’entend rien
tout oscille de l’or au vert et se lit
ses mots ne mutilent jamais
inutilement le silence

À ton caractère il faudrait ajouter une gamme
de lumières croissantes
d’ombres grises de plus en plus éblouies
À ton visage tous ceux que je garde en mémoire
le poids de ton petit poing fermé
l’odeur de ta paume effleurée par un sommeil d’astre
la vrille d’un souffle qui s’échappe de ta bouche
chevelure de lait
quand tu n’étais qu’un bébé
À tes silences s’ajoutent tous les autres silences
feuilles froissées
fleurs affamées de mots
poèmes
Ouroboros
planètes inexplorables
hologrammes au défi de représenter
ta réalité
à Bertrand

Aller jusqu’au bout de moi sans
avoir même le droit de penser
y parvenir
là faire une pause s’assoir sans
plus voir ici
aucune jambe malade
regarder
comparer l’infini
gardé en mémoire
partout des voies ourlées par les vagues
dessinent aux
certitudes volcaniques du jeu qu’est la durée
des corps des visages de statue
aller les ailes devenues un fardeau
sur les chemins d’un retour
sans parvenir à joindre ses pas
à leurs empreintes
aller l’ombre entaillant l’espace qu’explore
inlassablement le soleil

N’existent plus
les ombres
quand le monde végétal
s’abrite au fond du lac blanchâtre
de la lumière
les verts remplacent les noirs
les tiges les troncs et les hampes florales
décident de l’espace à explorer
à la place des phrases
point de vent
points d’hésitation dispersés au large
pour
arrimer la pensée élaborer la conscience
le chuchotement
la chute
le foisonnement
et plus rien
qui ne s’attache à faire du sens
la réalité ressurgie d’un songe
au détour d’un chemin
bordé de ronces dévoré de débris de roches
qu’un millier de pas écrasera sous
son poids

Hier près du pin
je ne pensais pas
plus loin que le jet d’eau
qui abreuvait les fleurs
tombées du ciel
soudain tu as posé ta main
sur mon songe
murmuré à mon épaule
quelques paroles qui ne signifient plus rien
et du pin des nuées de pollen
se sont échappées
chaque grain portait en lui
le souvenir jaune et fin du soleil
une poignée de sable saharien
j’ai dû fermer les yeux afin de ne point
pleurer
hier près du pin en ouvrant les yeux
j’ai vu ton rire j’ai entendu tes pas s’enfuir
en faisant grésiller comme un incendie
toutes les aiguilles tombées
au pied
du pin qui se penche d’année en année
un peu plus vers la mort

Sur la mer se pose
une île imaginaire elle décrit comme
s’ils étaient des fantômes les autres
continents parfois très grands
ce qu’elle a à dire
revient presqu’au
silence
Elle résume l’île le néant
invisible à celles qui ne contemplent rien
l’île liquide s’écoule se gonfle recèle
s’éteint revient comme
si elle
n’était qu’un simple courant marin
parcourue par la lumière

Le vent est dans l’étoffe
la voile s’étend et forme comme une nageoire
j’entends comment
mon rêve s’apprête
à quitter souplement sa planète
qui à chaque fois reste
naviguer entre nuages et ciel
entre vagues et pressentiments
je vois la quille sabrer les profondeurs
de la nuit tranquille
le vent est dans les feuillages
qui se brisent houleux
contre la nuit
son corps aux rondeurs
éblouies dans chacun de ses mouvements
imite le son que font
les vagues quand elles quittent la plage
restent le sable l’étonnement de l’air
devenu marin et soupir
mon désarroi enfin ne s’abrite plus
nulle part