Terre

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Hiroshi Sugimoto. Seascape: Sea of Japan, 1997

Le vent et mes larmes aiment à se rencontrer
le vent les entraine à devenir les rivières de mes rêves
c’est du moins ce qu’il espère
qu’elles parlent qu’elles racontent et se libèrent

je crois que les larmes aiment se perdre éblouies
elles s’imaginent trouver des sœurs chez les gouttes
de pluie
le vent lui a toujours été libre et ne sait pas ce que veut dire
pleurer
il s’interroge
il se glace
il effraye les feuillages défait les liens franchit les frontières
le vent ne veut pas savoir
les larmes préfèrent se taire

Encadrement

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J’avais tant chercher le point
à partir du quel je pourrais établir
mes racines
ce qui ressemble vaguement
aux souffles vivants des souvenirs
haleine de mon âme
que mon attention se laissa contenir
dans un cadre
un cadre comme ceux qu’on fabrique aux miroirs
qui avec le temps
arrondissent les angles
au centre la fente d’une pupille de félin
mon regard n’avait rien de féroce
nourri de soleil il avait soif
soif de cils
un trait à la fois pour l’ombre et la poussière
un trait au départ d’une lettre à la fin d’une larme
à force de plonger au sein de ce qui fait le regard
j’atteindrai peut-être la plage irisée
laiteuse comme la peau
du visage
de la lune
la nuit sera le multiple de ce point sombre
qui n’existe pas
énergie noire de mon regard
comment n’a-t-il point perdu espoir?!


Image ©Bertrand Els

Cartographe

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J’avais dressé la carte d’un pays qui n’était pas le mien afin de rechercher le chemin qui me conduirait ailleurs.

Le détail avait une place et le détail du détail avait la possibilité de demeurer comme on habite un miroir.

Forêts et bosquets se signifiaient par la présence de couleurs galopant du noir au brun très sombre.

Les nuages violets parlaient un langage minéral et les rivières paisiblement passaient en cessant d’avoir à être des frontières.

Les verts ne désignaient rien.

Sur ma carte, il y avait plein d’endroits en devenir.

De lieux où les songes se prolongent.

De lieux où le rêve s’incruste et déploie ses chevelures.

Même l’ombilic du coquillage s’apercevait sur la carte.
Comprenant que mon dessin serait utilisé pour exclure certains, je lui ai ajouté l’œil d’un cyclone et quelques dépressions bien froides.

Peu à peu, la carte a rassemblé assez de force pour paraître  représenter un pays improbable au quel personne ne croît.

C’est là pourtant sous la brume,

sous l’épaisse couche de laves que je me cache et continue à chercher un chemin

que parfois je croise ton regard.


Image ©Bertrand Els

Hier, la montagne

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Hier la montagne

flottait             dans le ciel et se déplaçait

vaisseau somptueux

aux rythmes lents
et souples des nuages

un peu d’écume dans les cheveux
et de glace dans les yeux

la montagne hier

était     de passage

son désir était-il vraiment
de partir

de disparaître

de vague en vague

hier la montagne

voulait apprivoiser les ombres
comme le jade

Microclimat

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Bertrand Els

 

Au dessus de moi l’énorme masse nuageuse d’un mot
d’une phrase comme une montagne
si dense ……si noire si rugueuse qu’elle pourrait porter le nom

de l’absence
ignorance sombre et venimeuse oubli vertigineux
suspicion qui invente des vérités à gober
sans s’étonner
je suis sur le point de céder sachant même si je l’espère que rien

rien

ne peut me soulager de l’oppression
de la peine
de l’étouffement
de la noyade
qui s’enchâssent
rien
et pourtant alors que je ferme les yeux
je sens un puissant courant mener sa propre route
un halo nait dans un nœud
un reflet prend feu sans consumer sans rien rendre en cendre
Au dessus de moi énorme ma volonté

plus volatile que  plumes et  neiges
plus liquide que l’air plus fluide que la pluie

s’empourpre
au dessus de moi une colère encore prisonnière
sur le point de se laisser dompter

devient soudain le cri sourd d’un astre dans son

univers

Nuées de nuages

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Nan Nan Liu

Mués d’un nuage
les mots que la mer propage
atteignent les premiers
… lles rochers
S’émoussent les vagues
sur les plages
la réponse du sable
et du monde minéral
ressemble au silence
du sage.
Les arbres que les vents régulièrement sabrent
retiennent leur souffle et leur munitions de cris d’oiseaux
prêts à fondre en agitant les ailes et à croiser du regard
les fonds opalins devenus noirs.
Soudain………les motsvaguement se réfugient derrière l’horizon
d’où viennent parfois les tremblements salvateurs et ondulations merveilleuses
des collines bleues du Cap.

Nuages

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Bertrand Els

Si tu me demandes où je vais je te demanderai qui tu es
Si tu me demandes qui je suis je te monterai la colline et les chemins de brumes la mer et ses ondulations entre ciel et écume et peu à peu je te dévoilerai les dessins de lignes sur mes mains, les méandres et les labyrinthes qui emprisonnent mes rêves et contiennent tant de divagations nocturnes
le vent le vent sera là pour disperser la réalité et propager les mirages
je ne pourrai plus dire lesquels ont l’avantage  me suffira-t-il alors encore de lire en eux comme dans un présage les chemins comme des cheveux, les vœux comme des nervures me feront-ils encore voyager aurais-je le courage d’avouer à la face du monde qu’au fond de moi un seul souffle ténu nage.


Bertrand Els

L’hiver

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Rogan Brown

Sous mes pas les oxalis
crissent
mais c’est mon cœur qui se froisse
comme si de moi on faisait
un bouquet de fleurs séchées
jamais elle ne se tait
cette chanson qui chuchote
acide âcre à meurtrir une rivière l’hiver
que nulle part je n’ai de place
au loin au large le soleil étire les ombres
des arbres voilà que les rochers montrent
leurs griffes de félin qu’on amuse
sous mes pas les oxalis crissent
les flux verts se laisser croquer
par mes pieds
un chœur des voix multipliées
découvrent le bruit que fait la vie véritable
qu’un vortex incroyable est sur le point d’émouvoir
est-ce la nuit qui vient de tomber?


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