Émanation

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Phoenician, 700 – 650 BC

La mer est telle que le ciel
est devenu un fantôme
au loin les îles sont des pièces d’étoffes bleues
épaules bras hanches mains étaient des calanques
la mer tellement souple
ses vagues
à peine soufflent une suite
à la nue
se soulève en moi l’immense doute
depuis que je suis née ce poulpe
glisse son amertume dans mes soutes
la mer fille des flammes
pleure

Les pages grises

Si ma porte se ferme quelques jours, c’est qu’il m’arrive de ne plus trouver prise nulle part. Aucune forêt pour retenir mes secrets, aucune de mes prières ne trouvent plus d’écho. Je reste vide dans une caverne vide, une gorge qui ne contient plus aucun mot.

Je n’ai pas grand chose à cacher dans ma petite coquille, si ce n’est la peine. Ma peine : comprendre votre monde, apprendre vos attitudes, déchiffrer ce que vos phrases cachent dans leurs nœuds. Vous ne me rendez pas la tâche facile.

Hier, votre soif de vengeance m’a fait trembler, votre peur du passant m’a révolté. Faut-il toujours faire partie du même clan pour être apprécié ? Lorsqu’on donne tout, il ne reste plus rien à voler. On ne peut plus faire de l’autre un menteur ou un voleur.

Si vous vous cachez sous une croûte de fausses vérités, si vous me faites prendre des détours, traverser des déserts ésotériques, si vous manipulez les mots pour torturer les phrases lorsqu’enfin, je toucherai à votre source, sera-t-elle encore assez fraîche que pour éteindre mon dégoût?

Les jeux que vous proposez, n’amusent plus que vous mêmes. Qu’est-ce que j’en ai à foutre que vous invoquez le hasard de la wiki pour dissiper votre ennui !Vous faites du rire une ironie vaine. L’autre est toujours plus con que vous, n’est-ce pas ?

Heureusement pour moi, des auteurs étanchent encore ma soif. Des cœurs simples existent sans peur. Une écriture limpide, une écriture du plaisir qui se partage, trouve encore le courage de se laisser couler sans naufrage.

J’ai parcouru quelques blogs et puis lassée, j’ai relu Mishima:

L’eau continuait de s’écouler peu à peu. Le niveau de l’eau chaude s’abaissait lentement de son épaule à ses seins, puis de ses seins à son ventre. L’eau semblait ainsi lui lécher paresseusement le corps, délicates caresses qui laissèrent bientôt sa peau tendue. Le froid envahit son corps. Son dos était glacé. L’eau tournoyait maintenant plus vite et plus bruyamment tandis qu’elle laissait ses hanches à découvert.

« Voilà ce qu’est la mort, pensa-t-elle. C’est la mort. » Etsuko était sur le point d’appeler à l’aide lorsqu’elle retrouva ses esprits. Elle était agenouillée, nue, dans la baignoire vide. Elle se redressa, effrayée. P170 « Une soif d’amour » Yukio Mishima

Les joyaux du jour

Gerechtigkeit-1537

Comme un ruisseau sur sa peau, coule la lumière. De son front au menton. De l’épaule jusqu’au sein. Du nombril à la hanche. Caché dans le pli de la jambe, dans l’ombre se devine son sexe. Il se donne ouvertement à l’imagination, sans ostentation phallique.

Elle n’est pas nue, un tissu transparent, léger comme le vent, la caresse. Je la regarde. Son épée me fait fuir elle ne m’en fera jamais connaître la pointe.

Elle regarde bien au delà de mon épaule, sans sourire, sans un mot. Comme si elle voulait me signifier qu’il n’y a pas d’autre vérité que la Beauté. De plus juste équilibre que celui dévoilé par sa nudité. L’éclat voluptueux de sa chair propose au monde de se taire et c’est ce qu’il fait. Son corps rayonne dans le noir, s’impose à toutes les lectures.

Son sexe envoûte comme un parfum. Discret comme un bourgeon, il attend la larme du désir ou les voeux de la passion. Il est comme un enfant, comme le plus petit des ruisseaux. Pur et fantastique. Il est comme le chant des sirènes qui font perdre le cap aux bateaux.

Son nombril contient à lui seul tous les noms que l’on donne aux oiseaux. C’est un cyclone, une grotte secrète, l’oeil félin de la faim, le nid pour l’amour.

Ses seins sont les joyaux du jour que jalousent les roses. Deux petits pains dont la rondeur comble la main. Deux perles de satin que l’on porte à sa bouche.