Le grand rassemblement

Derrière le banc de la certitude

il siège

sa cervelle sert de refuge

aux commandements

aux ordres

au grand rassemblement

de la culture

parfois de la pointe aiguisée

qui lui sert de doigt à désigner

il crie :  « toi ! »

il faut qu’il sacrifie

chaque jour

le cœur tendre d’un enfant

pour satisfaire sa vanité

il organise des orgies

il attise les cendres

des rires venimeux de quelques pourris

il se répand comme la peste et le choléra

il montre ses dents

jubile : « voyons, tu ne sais pas ! »

en suturant ta peine de petit chat

il peut planter ses racines

étendre la ramure ecclésiastique

de ses bras maigres comme les

barreaux de sa propre prison.

Écrire pour combler le vide

.

Je n’y croyais pas mais oui, certains écrivent pour combler le vide. Un vide absolu. Creux et sec et non pas celui pur et relatif que soutient une architecture sobre. Les coquilles et les épluchures qu’ils présentent pour textes, n’autorisent aucune contemplation, aucune des formes du plaisir. Tout est conçu pour l’esthétisme et les apparences. Rien n’est, tout a peu, très peu de goût et aucune saveur.

Si j’en viens à râler et à m’esclaffer : pour qui vous vous prenez ? On me répondra : voyons , vous ne comprenez pas, la modernité nous permet tout, même de jongler avec le vide à l’infini. Je les laisse à leurs cirques, ils m’épuisent.

Je lis des pages entières- et il faut que je m’accroche-de tournures bancales, de contrefaçons banales, d’inutilités pédantes, d’entassements de mots déchus. Parfois, je vais les lire comme celui qui cherche la gifle pour se sentir éveillé. Juste pour me prouver que j’existe autrement qu’eux. Ou comme aujourd’hui, pour rire et faire mes griffes.

Mais qu’est-ce que j’aime lire, si je n’aime pas le contemporain numérique ?  J’aime lire ce que je ne peux écrire, tout ce qui ne peut être mieux. Lorsque l’autre a réussi à traduire sans que j’ai à me dire : oui, mais j’ai encore faim. Lorsqu’il est parvenu à construire (en contournant le vide)ou à déconstruire(pour contourner le vide) sans un geste de trop. Lorsque je reste muet, c’est alors que j’aime. Autrement dit, j’aime tremper ma croute de pain dans le jaune d’oeuf tiède et dégoulinant, savourer la chair albumineuse et laisser la coquille sur le côté. Être rassasié par une idée qui ne serait pas creuse.

Pour les adorateurs, il reste des bougies.

L’absente transparence

Regarde ce que tes phrases moribondes creusent en moi : une onde de choc, un cratère, un trou qui ne se referme pas. Ne vois-tu donc pas que je suis la transparence et que je suis destinée à caresser les choses, à donner aux évènements une fluidité, une certaine forme de l’absence ? Cesse de croire que je n’existe pas et qu’il faut camoufler ton cœur pour qu’il soit beau et qu’on y croie, qu’il faut tailler tes idées pour qu’elles soient complètes. Cesse donc de paraître, tu vaux tellement mieux que tout cela !

Combien de temps vas-tu encore assécher tes phrases, les enchâsser d’emphases, les laisser se goinfrer de cendres et s’habituer aux poussières du passé au quel plus personne ne croit? T’embourber dans les marécages, t’assister au triste spectacle que tu offres de toi-même? Combien de temps vas-tu perdre à évider le monde, à concasser l’harmonie, à obéir à la diète des règles dictées avec absurdité par une certaine intelligentsia littéraire ?

Relis, reprends et dépose-moi dans la paume de ta main. Redeviens-toi, pur et tendre, ruisselant de rosée, cesse de compter les secondes et les traces de pieds que tu as laissées derrière toi. Abolis ce qui te lie. Arrange un face à face avec la sensualité et le goût, avec l’instant, avec la vie. Ta larme, ta joie, ta beauté épanouies dans les plis de ton sourire ont tellement plus de poids, que ce semblant et le néant que tu tires lourdement partout où tu vas.

N’oublie pas que pour dépeindre ta peine, on utilise à peine, on ne laisse que la pointe du noir effleurer la surface de ce qu’on veut démontrer.Tout le reste est fluide et transparence. On démonte toutes les pièces de cette horloge, personne ne t’oblige à les remonter telles qu’elles t’ont été présentées.

Allons, ne laisse pas les cons marcher dans tes textes avec leurs bottes de soldats et leurs odeurs de graisse. Recommence jusqu’à ce qu’on ne me voit, jusqu’à ce que je n’existe presque plus et rien que pour toi. Apprends à rouvrir les yeux comme une première fois.

écrit suite à tout ce que j’ai pu lire de mauvais (en moins d’une soirée et de deux ou trois pas de souris) dans le monde intersidéral du net « littéraire ». Par respect pour les êtres humains, derrière ce cirque, je m’abstiens de mettre les liens, je m’efforce d’oublier que je ne suis qu’une miette.

Tous, n’ont pas vécu la fulgurante révolution qui s’est produite il y a presque 600 ans, dans la larme peinte sur une joue, infime détail alliant pigments noirs et blancs, pour rendre la transparence.

Les pages grises

Si ma porte se ferme quelques jours, c’est qu’il m’arrive de ne plus trouver prise nulle part. Aucune forêt pour retenir mes secrets, aucune de mes prières ne trouvent plus d’écho. Je reste vide dans une caverne vide, une gorge qui ne contient plus aucun mot.

Je n’ai pas grand chose à cacher dans ma petite coquille, si ce n’est la peine. Ma peine : comprendre votre monde, apprendre vos attitudes, déchiffrer ce que vos phrases cachent dans leurs nœuds. Vous ne me rendez pas la tâche facile.

Hier, votre soif de vengeance m’a fait trembler, votre peur du passant m’a révolté. Faut-il toujours faire partie du même clan pour être apprécié ? Lorsqu’on donne tout, il ne reste plus rien à voler. On ne peut plus faire de l’autre un menteur ou un voleur.

Si vous vous cachez sous une croûte de fausses vérités, si vous me faites prendre des détours, traverser des déserts ésotériques, si vous manipulez les mots pour torturer les phrases lorsqu’enfin, je toucherai à votre source, sera-t-elle encore assez fraîche que pour éteindre mon dégoût?

Les jeux que vous proposez, n’amusent plus que vous mêmes. Qu’est-ce que j’en ai à foutre que vous invoquez le hasard de la wiki pour dissiper votre ennui !Vous faites du rire une ironie vaine. L’autre est toujours plus con que vous, n’est-ce pas ?

Heureusement pour moi, des auteurs étanchent encore ma soif. Des cœurs simples existent sans peur. Une écriture limpide, une écriture du plaisir qui se partage, trouve encore le courage de se laisser couler sans naufrage.

J’ai parcouru quelques blogs et puis lassée, j’ai relu Mishima:

L’eau continuait de s’écouler peu à peu. Le niveau de l’eau chaude s’abaissait lentement de son épaule à ses seins, puis de ses seins à son ventre. L’eau semblait ainsi lui lécher paresseusement le corps, délicates caresses qui laissèrent bientôt sa peau tendue. Le froid envahit son corps. Son dos était glacé. L’eau tournoyait maintenant plus vite et plus bruyamment tandis qu’elle laissait ses hanches à découvert.

« Voilà ce qu’est la mort, pensa-t-elle. C’est la mort. » Etsuko était sur le point d’appeler à l’aide lorsqu’elle retrouva ses esprits. Elle était agenouillée, nue, dans la baignoire vide. Elle se redressa, effrayée. P170 « Une soif d’amour » Yukio Mishima

Le caillou

Il arrive que je sente le caillou broyeur que j’ai au fond de moi. Impossible de le jeter en lui criant :  « va, je n’ai plus besoin de toi ! »

il me rend impitoyable. C’est grâce à lui, que je suis rarement pris pour un crétin.

Hier, il m’a fait abandonner au bout de 19 pages, un roman qui en contient plus de 152. Quelqu’un a du bien lui trouver une raison à ce livre pour discourir aussi longtemps. Le caillou aucune, pas une seule.

« Si tu avais eu envie de lire une bd, » m’a-t-il dit dès la première page « et bien il fallait le faire, ça aurait été vachement mieux ». Je n’aime pas les bd. Je n’aime pas qu’on me suggère des images, d’autres images à la place de celles que me suscite mon imagination. Je n’aime que les bd où les images et les bulles se contentent d’être différentes l’une de l’autre et me suggèrent tout autre chose. « Il te fait bouffer du carton plâtre !» a-t-il surenchérit voyant que je n’abandonnais pas à la 10ème page.

Il avait raison, mon caillou. Les personnages ne tenaient pas debout, on me nourrissait d’incohérences à tous les coins de phrases. On me forçait à croire, ce que je ne crois pas. On me tirait par les cheveux, au lieu de l’histoire. Le truc, s’il avait été retravaillé, aurait pu ressembler à une maquette merdique de 1984 d’Orwell. Merde. Orwell! c’est beaucoup mieux ! Et tellement moins prétentieux. J’ai flanqué mon livre à la poubelle, c’est rare : je recycle la plus part de mes déchets. Ce qui est encore en bon état, je le donne à des plus pauvres que moi. L’immonde service à thé chinois hérité de ma grand-mère, c’est ainsi que je m’en suis débarrassé. Mais là, pour le livre, j’avais peur qu’il fasse des émules. Quelqu’un d’autre aurait pu se mettre à croire qu’écrire c’est faire bouffer à l’autre, le lecteur, n’importe quoi. Des racines sèches, du sable, du vent ou bien pire encore car cela n’a aucun goût le vide intersidéral. Le service laissait entendre qu’il existe autre chose pour boire le thé que les gobelets gagnés en épargnant les points du supermarché.
La dernière fois que mon caillou avait pointé du poing un roman, proposer un échange sur ebay n’avait servi à rien. Henri Miller est encore sur mon étagère.

J’ai tapé le nom de l’auteur sur google et j’ai obtenu ça et ça

Repenser certaines phrases?

Lorsqu’on élude, on n’oublie pas. Le désir ne se nourrit que de cela: la chose éludée. Ce que l’on me suggère subtilement et qui se dérobe à moi, attise ma curiosité. Toujours rendue présente à mon esprit, j’aspire à la découvrir, à la reconnaître, à la deviner.

L’évocation a tout d’une construction qui défie les lois de la pesanteur. Elle nous suggère un jeu. Ce jeu je le retrouve présent, dans les meilleurs textes. Construire un château de cartes suppose qu’on aie la main légère, l’âme joueuse.

La syntaxe n’est pour moi, rien de plus qu’un port d’attache. Elle se limite à énoncer des lois communes. Rien ne nous interdit de la contourner ou de la ranger dans nos poches. On peut l’évoquer. On peut l’oublier. Mais toujours, elle nous sert de référent. On ne peut la nier.

Écrire, c’est partir. Certains prennent le large, d’autres longent les côtes. Il ne m’appartient pas de juger les méthodes. Pour moi, l’important c’est le voyage. Je m’interroge. J’interroge. Je me suis demandée si il ne faudrait pas réécrire la première phrase de ce texte? La déplacer? Préciser ce qu’on a voulu éluder. Je n’en sais rien, après tout. Ma réaction a été celle d’un lecteur quelconque. On peut très bien l’oublier.

J’ ai trouvé bon de relire Roland Barthes : « Valéry disait: «  On ne pense pas des mots, on ne pense que des phrases ». il le disait parce qu’il était écrivain. Est dit écrivain, non pas celui qui exprime sa pensée, sa passion ou son imagination par des phrases, mais celui qui pense des phrases: un Pense-Phrase (c’est à dire : pas tout à fait un penseur, et pas tout à fait un phraseur). »

J’y laisse ma peau

Non, bien évidemment, il n’y a rien de personnel dans les bribes que je laisse. Comment pourrais-je m’y reconnaître?

L’écriture me renouvelle, par elle, s’opère ma mutation. Oui, je mue. Je change les choses et les choses me modifient sensiblement.

Comme n’importe quel reptile, comme certains de ces insectes, comme le fruit mûr qui quitte sa bogue, je me défais de ce qui fut peut-être une partie de moi. Je me défais de ce qui me touchait, touchait ma chair, ma vérité. Pour écrire, il faut savoir s’abandonner, abandonner, se défaire. Se donner. Se perdre.

S’il l’on veut continuer une existence, il faut s’en inventer une autre. Continuer à changer de peau. L’écrivain est un mutant. Un reptile extensible, un boa constrictor. En construction permanente ou au bord de la faillite.

Hier, j’avais lu ça avant d’écrire le texte ci-dessus

Vide

On se fout de ma gueule. Le pire est que vous prenez cela très au sérieux. Écrire, c’est avant tout donner à lire. En insistant sur DONNER. Je n’ai rien reçu. Il ne s’est produit aucun échange. Je n’ai lu que le produit d’une masturbation très égoïste. Prend-on du plaisir à écrire de la sorte? Vous ne m’en avez donné aucun à vous lire. Je n’ai pas cherché d’ailleurs à me grattouiller le cerveau fort longtemps. J’ai d’autres passe-temps.

Les textes aux quels je fais allusion: http://www.myopies-revue.com/1/dvolut.html

et http://www.myopies-revue.com/1/hlefebvre.html

Pour calmer ma colère, je prévois de lire, le premier volume posé sur mon bureau.