Le caillou

Il arrive que je sente le caillou broyeur que j’ai au fond de moi. Impossible de le jeter en lui criant :  « va, je n’ai plus besoin de toi ! »

il me rend impitoyable. C’est grâce à lui, que je suis rarement pris pour un crétin.

Hier, il m’a fait abandonner au bout de 19 pages, un roman qui en contient plus de 152. Quelqu’un a du bien lui trouver une raison à ce livre pour discourir aussi longtemps. Le caillou aucune, pas une seule.

« Si tu avais eu envie de lire une bd, » m’a-t-il dit dès la première page « et bien il fallait le faire, ça aurait été vachement mieux ». Je n’aime pas les bd. Je n’aime pas qu’on me suggère des images, d’autres images à la place de celles que me suscite mon imagination. Je n’aime que les bd où les images et les bulles se contentent d’être différentes l’une de l’autre et me suggèrent tout autre chose. « Il te fait bouffer du carton plâtre !» a-t-il surenchérit voyant que je n’abandonnais pas à la 10ème page.

Il avait raison, mon caillou. Les personnages ne tenaient pas debout, on me nourrissait d’incohérences à tous les coins de phrases. On me forçait à croire, ce que je ne crois pas. On me tirait par les cheveux, au lieu de l’histoire. Le truc, s’il avait été retravaillé, aurait pu ressembler à une maquette merdique de 1984 d’Orwell. Merde. Orwell! c’est beaucoup mieux ! Et tellement moins prétentieux. J’ai flanqué mon livre à la poubelle, c’est rare : je recycle la plus part de mes déchets. Ce qui est encore en bon état, je le donne à des plus pauvres que moi. L’immonde service à thé chinois hérité de ma grand-mère, c’est ainsi que je m’en suis débarrassé. Mais là, pour le livre, j’avais peur qu’il fasse des émules. Quelqu’un d’autre aurait pu se mettre à croire qu’écrire c’est faire bouffer à l’autre, le lecteur, n’importe quoi. Des racines sèches, du sable, du vent ou bien pire encore car cela n’a aucun goût le vide intersidéral. Le service laissait entendre qu’il existe autre chose pour boire le thé que les gobelets gagnés en épargnant les points du supermarché.
La dernière fois que mon caillou avait pointé du poing un roman, proposer un échange sur ebay n’avait servi à rien. Henri Miller est encore sur mon étagère.

J’ai tapé le nom de l’auteur sur google et j’ai obtenu ça et ça

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