Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
Ce que les mots manquent l’iris sur le point de fleurir le dévoile
le jour est un néant la nuit le remplit de rêves qu’il jette par dessus bord
les larmes lorsqu’elles ne peuvent plus s’échapper restent dans la gorge en lui faisant mal et le coeur se suspend dans la cage thoracique comme une lourde goutte noire froide et inutile
La tige du rosier se penche comme si elle avait à tremper son premier plumeau dans la mer le bleu de l’air ne fait ployer que cette créature on oublie qu’elle est parée d’épines Dans l’ombre de la grange, que pouvaient-ils regarder en silence si ce n’est posés sur l’eau noire de la rivière éteinte la feuille ronde et la fleur presque ouverte d’un nénuphar mon père et son ami poète
Le ciel avait entrepris cet interminable voyage qui va de la mer à l’horizon et de l’horizon jusqu’aux premiers récifs qui révèlent l’île aux vagues nouvellement nées
La caravane de nuages s’est arrêtée dans la baie bien avant d’atteindre les montages dont les sommets sont semblables à la mâchoire béante d’un grand saurien carnivore.
il est trop tard pour disparaitre les nuages trop fatigués pour pleuvoir dormir comme des agneaux sur le flanc des collines est ce dont chacun d’entre eux a besoin.
mais que faut-il faire du destin qui les titille et force la progression
Dans le jardin s’épanouit un silence le silence du soleil et des fleurs à naître le silence des feuilles et de la lumière qu’elles diffusent
Ce silence est bien différent comparé à celui du chat qui est comme un langoureux et brillant signal de la nuit en plein jour il est comme le fin ruban de chocolat la larme caramélisée qui finalement enrobe toutes les saveurs dans le léger basculement du sucré à l’à peine salé
Le chat est le ruisseau d’encre qui efface la phrase le texte peut-être car rien ne suppose son existence et les mystères qui la propulsent et l’affirment sont incroyablement bien gardés.
Rien distille-il à partir de la plus haute plume du pin au-delà rien l’azur le vent la mer mais sur l’étendue aux pieds des arbres entre les rayures jaunes des herbes le chat le soleil et le pétale rose de sa langue fait trembler la lumière partout où elle passe
Tu t’efforces de mettre tes pas dans tes propres empreintes afin de peut-être ne pas troubler ce monde qui frôle le tien
Ta silhouette noire synonyme du silence ondoie Ce que tu ne sais pas mais devine c’est qu’il est terriblement brouillant de mensonges de paroles qu’on ne donne pas ce monde qui frôle le tien
tu fais bien de l’ignorer de ne point te mélanger à son immonde rigueur de te retourner parfois et de l’inonder de tes pourquoi
petit animal carnassier qui préfère le soleil à l’orage la nuit la lune et les étoiles à la cage
petite langue rose gardée par de solides mâchoires garnies de dents ivoire tu préfères ne boire qu’aux sources qui pleuvent et roucoulent et te picorent le coeur et cet endroit toujours sauvage où se loge ton âme
au diable les humains chasseurs de rages au diable les humains pourvoyeurs d’entraves
Le félin sur le chemin de ses quotidiennes habitudes une trace olfactive à traduire des milliers de rêves sont passés partout où il va ondoyant comme la signature d’un poète amarrée à l’encolure des phrases qui lui échappent.
un oiseau glisse sur le ciel du jardin d’autres se posent sur la mer pour le conciliabule quotidien le chat égal à lui-même traverse son territoire se penche pour boire à la mémoire de ses ancêtres
Pour accompagner les collines bleues à la baignade un poisson-pilote et un nuage muet
un iris violet décide que c’est désormais le printemps peu importe les voix qui lui chantent qu’il se fourvoie
Que peut-on dire face à la langue élancée de ses feuilles