Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
Sous la coquille dans sa capsule une fleur longue à naître ses langues de feuilles son bulbe
Bertrand Els
elle sait qu’en fin de tige elle explosera en maints pétales et pistils blancs
Bertrand Els
quelques grains pourront boire un peu de vent tellement de soleil que la distinction entre lumière et brûlure sombre sera sans importance
Bertrand Els
Sous la coquille la fine membrane qu’il t’est soit-disant interdit de franchir une bulle solaire et au-delà une absence peut-être du jour des heures du temps tel que tu le connais
Dans le ciel, juste le souffle bleu des vagues et royalement, le milan. De ses plus belles plumes, il inscrit une ombre. Entre elle et lui, le fil d’une toile d’araignée. Se suspendent alors qu’il accorde ses phrases, les battements d’ailes du papillon jaune, les battements de coeur du batracien, du rongeur, de la couleuvre à collier.
Quand l’ombre est enfin ajustée, le monde se suspend. On l’oublie pour remarquer que derrière la colline un troupeau de nuages broute et puis sans doute s’endormira sur le versant sombre de la montagne. Leurs rêves ne se dissiperont pas avant ce soir.
Plusieurs fois le regard du milan croise celui du petit cadavre. Il y aurait comme une passation de pouvoirs. Aurait-on cessé les combats? L’arbre grince, un oiseau signe le contrat en se faisant passer pour un cobra. Le papillon reprend sa promenade de pétales, les reptiles regagnent les plis ensoleillés du muret. Sur les branches des haies parfois se croisent les doux regards noirs de quelques rongeurs si petits.
La feuille fera semblant d’avoir tout oublié, il faut que tout recommence, même la brièveté.
Par la fenêtre il regarde les vagues certaines halètent en prévision de la plage d’autres repartent
Dès que la porte s’ouvre il bondit vers l’air libre il saute sur la table où sont posés des légumes et des fruits l’odeur des végétaux l’intrigue il décortique le message qu’ils ont pour lui provenance fraicheur et quelques détails sur le propriétaire de l’endroit où ils ont grandi
Il va rêveur de par ses chemins habituels qui favorisent de longues trainées d’ombres Il va évitant les flaques de soleil Quelques sifflements annoncent sa présence aux autres habitants du jardin Personne qui ne sache que son errance a commencé
Le vent mélange les murmures entre eux Ceux des vagues ceux de l’eau ceux des feuillages et ceux du temps qui passe
Il va silencieux Il sait que ses pas et ceux de l’éternité ont quelque chose à se confier un mot enrobé de patience un mot qui ressemble à un miaulement qu’il est le seul à comprendre.
J’entends le crépitement des gouttes sur le sol pourtant il ne pleut pas Est-ce la mer dans les frondaisons brassés les grains de sable se mettent en route l’étoile que je regarde tremble et pourtant ce que je contemple n’est que l’espace qu’embrassent encore un bouquet de photons l’été est-il autre chose que le fruit de mon imagination