Rendre lisible

S’échappe un ruissellement de source
vers la mer par les airs
dans l’olivier
les ondes lumineuses se bousculent
ballets de bulles et danses d’alevins
c’est la fin faufile une feuille rousse de la vigne
alors que le sifflement du milan plane et dénoue
les nuages 

la lumière est presque toujours sur le point de perdre
l’équilibre
au bord du gouffre la solitude
des pattes de mouche pour écrire
et rendre lisible
ce qui ne l’est pas

Milvus milvus

oeufs de Milvus milvus – Muséum de Toulouse

Dans le ciel, juste le souffle bleu des vagues et royalement, le milan. De ses plus belles plumes, il inscrit une ombre. Entre elle et lui, le fil d’une toile d’araignée. Se suspendent alors qu’il accorde ses phrases, les battements d’ailes du papillon jaune, les battements de coeur du batracien, du rongeur, de la couleuvre à collier.

Quand l’ombre est enfin ajustée, le monde se suspend. On l’oublie pour remarquer que derrière la colline un troupeau de nuages broute et puis sans doute s’endormira sur le versant sombre de la montagne. Leurs rêves ne se dissiperont pas avant ce soir.

Plusieurs fois le regard du milan croise celui du petit cadavre. Il y aurait comme une passation de pouvoirs. Aurait-on cessé les combats? L’arbre grince, un oiseau signe le contrat en se faisant passer pour un cobra. Le papillon reprend sa promenade de pétales, les reptiles regagnent les plis ensoleillés du muret. Sur les branches des haies parfois se croisent les doux regards noirs de quelques rongeurs si petits. 

La feuille fera semblant d’avoir tout oublié, il faut que tout recommence, même la brièveté.