Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
Comment se défaire de cela une petite vertèbre et ce n’est même pas celle qui en se déplaçant a failli me coincer à vie sur un lit
petit cailloux au milieu d’un long chemin là où finit l’encolure du cygne où commence le garrot
noeud de la branche oeil de la feuille particule élémentaire du tronc
comment se défaire de ce point d’entrée de cette porte de ce couloir de la salle d’attente et de tous ces regards comment se séparer de la peur de la nuisance de la gifle de la raison
comment se défaire de ce rhizome de la rivière de l’écume et de l’impossibilité de faire marche-arrière
Posés là les mots ne t’appartiennent pas ils ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes ils s’ancrent et s’arriment alors tu t’attèles à ce qu’ils restent à jamais seuls et libres là où personne ne se penchera sur eux pour les lire les lier à la langue commune et universelle pour en faire une liqueur dont les vapeurs suffisent pour étourdir tu leur réserves à tous une sorte de porte secrète
La carcasse du cétacé comme l’ étoffe nuageuse d’une âme attirait toujours plus de squales perfection de l’aileron et de la nageoire caudale la peau bleue similaire à celle des vagues la mort enfin ressemblait à une parole sans équivoque était claire comme le geste gracieux d’une danseuse étoile
Pourtant ils ont pris peur les hommes qu’on leur impose des leçons de moral une éthique de la vie une colonie de lois des restrictions collectives à leurs commerces de la mort
Alors le cadavre ils l’ont drainé vers large comme un linge sale loin des bais et des ports une dépouille de plus jetée dans la fosse commune
la mer serait une nécropole où l’on ne peut plus qu’espérer
voir deviner
la silhouette tranquille d’un squale qui viendrait pour la nettoyer
De sa vie elle ne se souvient que de quelques points comme les trous d’un gruyère qui sont autant d’espaces où se lovent les lunes de cette planète étrange et sèche
Peu importe chaque point est en phase avec une sorte de lumière interne flasque et diffuse jaune et orange chaque lune s’alourdit un peu plus chaque nuit, chaque fois qu’on évoque son point d’attache
elles sont comme les fruits que l’arbre habille de taffetas vert foncé quand il pleut elles disparaissent en silence lorsqu’on tente de les mesurer d’en confronter la profondeur, de discuter de leur pertinence ou de la vérité
Entre ces quelques étapes Entre ces points sur les cartes Entre ces miettes ces cratères culminent les sommets invisibles, inracontables d’une vie faite d’oublis
Elle raconte que les fleurs s’alourdissent en cette saison de papillons d’un poids insupportable qui ploie les branches et fait basculer les frêles graminées
la tourterelle pour boire est obligée de marcher sur sa propre ombre trempée qui l’entraine ensuite à voler en soufflant comme un cerf-volant sauvage et incontrôlable
Pour s’agripper à l’existence telle qu’on la leur propose certains astres n’ont pu inventer que les glochides
De sa vie elle se passe de s’en rappeler comme si cheval elle l’avait complètement broutée du bout des lèvres
Cette mécanique paisible du grignotement de l’espace personne ne s’en soucie vraiment à ce petit galop s’associent d’autres galops d’autres allures, l’ampleur est variable mais le rythme est identique
Bernie, coloration by Goodshort / CC0 Détail de la tête de la couleuvre à collier Natrix natrix avec, en couleur, l’écaille temporale (en rouge), les écailles post-oculaires (en vert) et l’écaille préoculaire (en bleu).
L’oiseau dresse le portrait-robot du félin qui passe près du pin suspendue à l’arbre la pomme ouvre et puis referme soudain des ailes en mer les baleines tueuses entourent le nouveau-né du troupeau à moins que ce ne soient que remous autour d’un rocher pour se distinguer les fleurs ternes trouent les ondes claires parmi les feuilles chaudes du figuier glisse l’infinie couleuvre à collier quelque part l’eau coule de source
Quelque machine arrache à la colline ses rochers un saurien poussé par le soleil sur le muret écoute son coeur vibrer jusque dans sa gorge un papillon ne se pose pas sur la fleur il emporte le pollen pendant que je cherche à déchiffrer les signes apposés sur ses ailes un oiseau tombe du ciel comme une feuille sèche une herbe sauvage tremble d’être parmi les feuillages d’une plante qu’on aimerait apprivoiser un chat frôle les frontières entre jardin et maquis et redevient un grand félin une tourterelle traverse le ciel contenu entre deux cimes un tremblement de terre annonce le passage du train il est midi à cinq petites minutes près.