Bruissé

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Le temps se liquéfie et   la mer muette oublie les vagues
Au milieu de la nuit     les premiers bourgeons du mimosa sont
Bleus

L’effluence dorée de tous les soleils anciens sommeille
Encerclée de la bogue
de l’hiver
Mon souvenir     précis     infime     fort     comme un spore
Rôde encore incertain

Buisson né d’un autre buisson
De racines il échappe sans cesse à l’effondrement de lui-même
Parfois     il s’aperçoit     incarnat sombre lui
Et son incendie d’écritures     fouillent
La nuit

Parfois je l’aperçois et le suis
Buisson de bruits

Précipitations

Hans Hartung(German/French,1904-1989
Hans Hartung(German/French,1904-1989

Le vent m’arrache les larmes des yeux.

Le ciel vient les boire dans les creux.

Mes rêves seraient des fontaines pour les nuages,

à moins que ce soient mes pensées évadées

qui épuisent leurs sources?

Le vieil automne porte sur l’arrête osseuse de sa colonne vertébrale des montagnes bleues.

Non, je ne veux m’associer à cette cruauté de voler les larmes de l’été!

Éveil

Photography of Iceland’s volcanic rivers by Andre Ermolaev

Je suis les v du vent qui survolent éternellement les vagues

et se partagent l’écume à coups de bec et de cris.

Je suis le v de tes lèvres , les ailes à franges rouges de tes baisers font du triangle de mon sexe un delta qui efface les distances.

Je suis la victoire du bleu sur les vers, du blanc sur le temps, de l’encre sur le papier.

Je suis le vol du vautour qui de ses sommets poursuivant les coups de nageoire de la nue,

plane sur la mort en lui dessinant une auréole de paroles presque invisible à l’œil nu.

Berceau

Ce n’est pas la mer qui me berce, ni même le vent.

C’est mon pied qui parfois se pose sur la terre pour

rythmer le balancement de toute ma sphère.

Sous mes paupières, le soleil peint des pays pourpres

traversés par des larmes ivres de la légèreté que lui offre la lumière

dense. Elles mutent continuellement du jaune à l’orange, du violet au vert tendre.

Se dépose en moi comme un baiser chaud le langoureux chant du chagrin

de l’autre. Serpent sourd, il noue les larmes dans ma gorge.

Il me dit que la mélancolie n’a pas de frontières, ne cherche pas de réponse mais

se plonge dans le mystère que tous les êtres humains ont en commun.

Certains sans raison cherchent à n’importe quel prix à s’en défaire

comme si le jour pouvait naître sans la brume et la rosée du matin.

Aux frontières du doute

Betra Fraval – A Time of Disappearances (2011)

 

Je vois la nuit scintillante s’avancer à pas d’insecte

comme sur la toile lisse d’un lac prêt à s’endormir

le vent se balance dans le ciel en imitant le bruissement des vagues sur la plage

j’entends la vie s’éloigner dans les songes en cassant des assiettes

en rangeant la vaisselle dans les armoires

et je me sens comme une mouche indolente qu’une araignée va dévorer

 

 

Domestique

J’ai ouvert la fenêtre pour laisser entrer l’arbre dont les branches agitées semblaient vouloir me dire : laisse-nous entrer chez toi. L’arbre est entré accompagné d’un cortège de feuilles, d’odeurs et de bruits. L’automne s’est allongé sur mon lit et puis, se redressant, il a posé sa main sur mon épaule, il m’a dit : allons !

J’ai ouvert la fenêtre pour disperser ton ronronnement dans le temps : juste le ciel et le vent pour te retenir. J’ai ouvert la fenêtre et je me suis assise,  accompagnant d’un sourire tes galops de tigre et tes mises en garde de crabe. Ta joie ne connaît pas d’autre chanson que le ronron d’un tout petit moteur. Ton pas souple distribue la douceur.

Entre dehors et ici, il n’y a pas de gouffre à franchir si ce n’est celui que j’ai laissé moi-même s’élargir, d’un seul soubresaut de petit chaton, il s’évanouit. Je n’ai plus de vertige, je ne me tords plus les veines, je n’ai plus mal à la tête.

J’ai refermé la fenêtre, tu ne voulais plus partir, je me suis remise à écrire et toi à contempler les mouvements du ciel d’un regard vif et doré.

Illusoire

C’est un jardin qui n’existe pas

ailleurs que dans ma fantaisie

hissée de soie

en cristal

la haie est la bordure de mon monde

dehors

au-delà

tout est hors de portée de mes doigts je n’y touche pas

c’est un jardin où les fleurs sont des broderies de couleurs

comme les principes elles durent

jusqu’à ce qu’on les abuse

c’est un jardin qui reste muet et insensible à la grossièreté

disciplinée

les herbes sauvages prennent la place

centrale

il prendrait toute une vie

si on la lui donnait

Mais que donne-t-on aux jardins

si ce n’est toutes nos parts

de néant

mon jardin ne prend pas

d’importance

il laisse pétiller les aiguilles des pins dans le vent

tourmente les torrents et ses éclats

froissent amoureusement les feuillages

étoffes verdoyantes jetées dans les bras des arbres

et des sentiers

mon jardin déride la mer en lui offrant un parfum

en lui donnant la main

il devient soudain subversif

et clairvoyant

la mer lui fait prendre le large

mon jardin est un fantôme qui ne porte

que les verts

jusque dans la transparence

Rayonnement

by Volker Birke

Hier, la mer et la nuée se sont mangées l’une l’autre,

en douceur, sans provoquer de raz- de -marée.

On ne sait plus si cette péninsule est le bras

d’une rivière ou le coude chaud d’un courant de sable.

On ne sait plus si c’est lui qui porte ou si c’est elle qui apporte

les rubans de terre, les cuillerées de vent.

Ces tourments sont-ils ceux de l’âme ou ceux

de ton cœur impatient?