Voler en éclats

Amanada Brisbane

Cela ne se voit pas

mais je suis en éclats

de lumières

je porte en moi

des collisions de paroles

des débris de vers

et des pensées dévorantes

les mots se recouvrent de poussière

plus personne ne prend la parole pour une colombe

entre les mains comme dans un nid de promesses

plus personne n’ose plus s’avancer

même à voix basse même en rêve

à se prononcer

pour la ténuité

Source image: Amanada Brisbane

Les cordes pour me pendre

11yellowbook-image

Lacets que les nœuds gênent

Lianes tentaculaires s’enroulant à l’infini autour de ma vie

Racines, cheveux, nervures, veinules

Brindilles servant d’aiguille et de fil à retordre

Licous qu’il est impossible de rompre

Lignes de fuite enchevêtrement de conduites possibles

Alignements de rides

Voies fermés et quadrillées

et puis

fibres soyeuses et joueuses d’un jardin fabuleux

dont les tiges se tendent pour voir

simplement

la mer finir et s’étendre sur

la ligne souple et polie de l’horizon

 

Consonance

The Vortex by Sub Marine

La mer comme une petite infinité

écume les heures

la seconde lourde comme une larme sonde

jusqu’où tombe la nuit

 ♥

Comme un poissonnier tu jettes sur l’étal

les corps d’argent encore frétillants de vie

des mots

dénudés de sens ils glissent

suffocants jusqu’à la feuille

qui les emballe

l’œil visqueux de la mort me regarde

lorsque tu les places sur la balance

pour en mesurer l’importance

une livre, deux livres

combien de cadavres pour satisfaire les ventres de ces esclaves

de la rime et du savoir ?

 ♥

La mer comme une petite fille supplie sanglote

pour qu’on lui laisse dans le ventre et dans les vagues

tous les langages liés à la mouvance

noués par le hasard à l’évidence

 

·

 vortex
oh!

Le problème

Posé sur la table,  il ne se dissout pas dans le verre d’eau

comme la pastille ou le médicament.

Il montre ses épines et ses tentacules géants.

Il ne tremble pas, se montre inconsolable, ne s’adoucit pas par les phrases.

il trace dans la mémoire des serpents en fuite et des sentiers venimeux qui ne vont nulle part.

Il est le félin sorti du ventre de la nuit.

Il me suit avec la patience d’une ombre.

¿

Mis dans la cage sage et sereine d’une quelconque certitude,

épineux, ténébreux, suspect infect,

il dévore toutes les solutions provisoires, décapite la captivité de toutes ses raisons.

¿

Mis en attende, abandonné au hasard, suspendu dans les cieux, il se prend pour une vague,

pour l’anaconda silencieux, il rôde se nouant aux peurs qui n’ont jamais reçu de nom.

¿

Le problème est le noyau central, le trou noir au milieu du regard, l’errante tumeur

qu’on ne guérit pas, il sème le doute.

Le problème est là pour me rappeler que je suis née dans un berceau de larmes.

Source image

Résonance

3D Printed Ceramics

J’ai à portée du regard toutes les pièces

désemparées

————————–de l’étrange machine

—————-de mes pensées

——————————————elles s’emboîtaient,

——————————————elles se couplaient

et produisaient de toutes petites

—————————-révolutions

une série de sons

——–pour être en mesure

—————–de répondre ou de se fondre

à l’écho

acharné des autres astres

Stigmates

Jeri Eisenberg – ‘Loon Lake, No. 4’ – Kathryn Markel Fine Arts

Le ciel se laisse porter par les ramures lasses

des arbres il nage entre les troncs

jusqu’à la fin de l’horizon

le ciel porte les stigmates

du vent comme nos visages les rides

demain la brume qui habite mon regard

et peuple chacun de mes gestes par de petites larmes

se sera dissipée ou aura

retrouvé sa place dans le canal