Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
Quelle importance si la réalité sur laquelle s’appuient mes pieds n’est que mouvance, matière impalpable de rêves, foutaises, maladresses ?
Je sais que ce que j’aperçois n’est vu que de moi, que ce que je comprends ment dès que je plante une phrase, dès que je contourne le silence en fabriquant des syllabes.
je sais que tous, vous vous contentez de cette cage : un poème qui porte votre nom jusqu’en bas d’une page. Vous le marquez comme le bétail, vous pensez qu’il fait partie de votre héritage.
Vos troupeaux infiniment lourds ne bougent que la poussière des prairies verdoyantes qu’ils ont eux-mêmes rongées d’impuissance.
Quelle importance accorder à la récompense qui est de posséder toute la science qui vous donnerait le droit de penser pour tous?
Un chemin recouvert de feuilles mortes cherche à se dissimuler parmi les racines et les accalmies de la pluie. Ainsi, j’avance dans la ville, seul, à couvert et sans certitude aucune sur ma route. Les nuances de mon agitation interne n’apparaissent que dans l’enchevêtrement de branches nues. Chacune porte sur la peau la couleur verte du vent quand il se mélange à la pluie, la couleur brune et sombre de la vie.
Mes trajectoires imaginaires sont cartographiées par des branches qui comme des rues traversent le ciel gris. Elles me montrent mes innombrables contradictions, mes retours en arrière mais elles ne m’interdisent aucun nouveau questionnement, elles explosent les cages, elles enjambent les pièges d’une réalité imparfaite que je devrais endosser comme un vêtement qui n’est pas à ma taille. Je traverse la vie comme un félin et non pas comme cette ombre fluette, ce spectre qui ne représente que la plus infime partie de moi.
Il est vrai que certaines de mes craintes me freinent, que mes désistements déçoivent et que mon apparence ne trouvant aucun des mots surgis des convenances dérange. Il est vrai que parfois je me sens aussi vide que le monde, aussi nu que vos silences.
Mes idées sont tellement tenues et têtues qu’on ne parvient plus à croire que j’avance. On pense que je suis une écorce sans force. Ma solitude est un bouquet de traits tremblants, de lignes friables, de secondes et d’heures qui s’entrechoquent avec minutie. Ma solitude est patiente et se laisse caresser par les regards attentifs et tendres. Elle ne me fait pas peur, elle ne me rend pas toujours malade. Elle m’offre des lignes de fuite et s’ouvre sur ces sentiers sans formes par lesquels s’échappent les spores d’une autre réalité.
Quoique la Nuit se balance avec des grâces de tulipe noire et de cobra charmé, tu ne t’y fies pas. Pour faire taire son silence, tu tapisses l’obscurité de mots, r’allumant parfois la lampe de chevet, en sel de l’Hymalaya, pour prendre quelques notes. Alors ton ombre se penche sur ton épaule et, l’oeil critique, relit.
.
Le réveil lumineux affiche 03.12 en chiffre numériques rouge-vif. Pourtant, l’on entend toujours quelque part l’aller-retour du balancier doré de la franc-comtoise, en sentinelle dans l’ombre de l’entrée, chez tes parents disparus. Il ne reste rien d’ailleurs de leur espace, de leurs objets familiers, de leurs meubles.
.
Parfois, il m’arrive aussi de sentir près de mes pieds bondir sur le lit un chat noir au nom d’écrivain. Passé hallucinogène. A force de rage et de désespoir, je vais rebâtir de toutes pièces un formidable printemps, illuminé de vergers en…