
Au loin la colline porte un diadème
mais au fur et à mesure
que la journée se développe
on ne peut plus reculer face à la certitude
que de l’autre côté l’incendie
l’a complètement
dévorée

Au loin la colline porte un diadème
mais au fur et à mesure
que la journée se développe
on ne peut plus reculer face à la certitude
que de l’autre côté l’incendie
l’a complètement
dévorée

Tu regardes la mer s’azurer accoudé à quelques souvenirs
je te regarde ma main sur ton épaule ma tête posée sur l’autre
et je me dis que tu es soleil et que j’aimerais être paysage au couchant
mais je suis fantôme et mes baisers n’ont aucune substance
pas la force qui pourrait réchauffer ton cœur quand il se glace
face à la mort qui te montre le poignard qu’elle a planté dans tous ceux que tu aimes
tu sifflotes car l’or apposé à cette fin de journée comme à la tranche d’un livre de magie
remplit le gosier de l’oiseau rossignol
sa petite pupille brille dans les larmes que ton âme produit afin de toujours
faire reluire la réalité
de cette indéfinissable beauté qui t’alimente en secret
ta voix s’envole vers le col des montagnes dont tu sens grandir
dans ton dos les impitoyables ombres noires
tu frissonnes et lorsque tu t’apprêtes à rejoindre ceux qui haussent les épaules
en te rappelant l’amer goût du néant
je te retiens en murmurant à ton oreille
il est encore tant
à rêver

Le torrent est à la forêt ce que les oiseaux sont au ciel et ce torrent comme une larme s’écoule au fond du ravin. Il longe la route et je me doute bien que lui et moi n’avons pas la même précipitation à avaler de l’espace. Car j’aimerais pouvoir être arrêtée par des colliers de rochers tombés de la montagne. J’aimerais jouir en toute saison de cette humeur joyeuse et volcanique. Poursuivre le rêve fluet comme s’il était l’une de ces tentacules qui voyagent dans la chevelure du soleil, le fil d’une histoire qui retrouve la justification de son existence.
La route serpente tel le geste d’un peintre au travers de son tableau mais c’est le torrent qui impose son empreinte vigoureuse aux paysages. Je me demande si ma solitude permanente n’imprime pas de la même manière sauvage des détours à ma vie. Mes pleurs trouveraient alors au bout de mes labyrinthes une raison en même temps qu’une source. La source à laquelle j’abandonne mes échecs, mes regrets. Ne pourrais-je donc poursuivre un voyage sans être conditionnée par sa fin ? Qu’importe puisque toute liberté est tellement provisoire que je passe à côté d’elle sans même la reconnaître.

En deçà de chaque regard, il y a un jardin comme ceux que l’on rencontre au cœur des péristyles. Il est censé réunir nos parts d’ombres en un seul endroit de lumière.
Mon jardin est minuscule. Sa croissance semble n’avoir qu’à peine commencé. Ma vie me fait l’effet d’un escargot, gluante et lente à progresser, elle laisse derrière elle des trainées de larmes desséchées. Pourtant, aussi petits que soient les végétaux, ils sont à la pointe de ce que l’on peut dessiner ou peindre. Ils jouissent de couleurs chatoyantes accordées comme les lyres et les harpes. Un vert croquant répond à une rose vaporeuse . Un violent violet côtoie les jaunes acidulés de citrons à peine mûrs.
Aux bruits des insectes et des autres animaux s’opposent les secondes de silence des choses inanimées. Les parfums ne cessent jamais d’élaborer de nouvelles perspectives à cette forme de liberté que sont l’imagination et la faculté d’éparpiller joyeusement ses souvenirs. Malgré le calme apparent, mon jardin miniature vit intensément. Le gravier y a la sagesse du rocher millénaire. Sa pertinence, il l’emprunte à la graine portée par les vents.

La blancheur nacrée des fleurs qui naissent et meurent partage le même l’élan vital avec la montagne alors qu’elle répandait sa lave comme un langage jusqu’à frôler les jupons salés de la mer. Quel coup de fouet de maître que ses sources fossilisées ! Elles reflètent sans varier des couleurs dont les noms sont depuis longtemps oubliés.
Mon jardin miniature n’est qu’une des ailes les plus sacrées d’un autre jardin ayant plus forte allure. Un jardin dont je ne mesure pas toutes les conséquences et qui échappe à toutes les formes de censures dictées par mon esprit et ma raison. Une route asphaltée noire et brûlante marque la fin de l’ombre, la fin des frissons frais qui chantent d’entre les roseaux effilés pour la danse et dressés pour le chant comme de petits oiseaux. Les lauriers roses se défont secrètement des poisons du soleil en guidant le plus loin possible leurs énormes racines , un muret remplit de failles sert de refuge aux lézards. L’air semble être le souffle ultime des légumes et des fruits ayant atteint ce moment de la vie où on les récolte et les garde à l’ombre, à moins que ce soit le cris d’une révolte.

Derrière le regard que je porte, derrière l’atmosphère azurée d’un astre aussi dense que les trous noirs, un univers miniature taillé dans le jade pour son opalescence et la sagesse qu’il inspire à ses protecteurs. Un jardin brodé avec patience dans l’acajou ou dans les étoffes qui imitent les rougeurs du jour quand il meurt. Comme il m’est de plus en plus difficile de faire porter à mon jardin le masque de mon visage et l’armure de mon corps.

Dans le jardin le mirage d’un bruit
né de derrière la colline le rappelle à sa vie ancestrale
les pas de quelques bovidés dociles tintent
comme s’ils avaient décidé de quitter les parois
froides et noires des grottes de Lascaux
pour brouter la liberté abandonnée dans le maquis
entre les rochers
la mer répond en se jetant vers la nue
en grappes touffues
peu à peu naissent comme les orages
quelques poignées d’étoiles
la lune fleur de lotus flotte
à la surface d’un lac
d’un seul baiser je cueille son visage éclairé

La nuit est une fleur araignée
bleue elle se tisse des pétales et des pistils
en soie pour féconder les esprits et empoisonner les cauchemars
les étoiles palpitent comme des poissons
dans les filets de bulles chantés par les dauphins
prises aux pièges des constellations
constructions mentales voulant dompter la folie de l’éternité
elles s’écartent des voiles tendus entre les nuages
l’animal se transformerait-il en être humain
en contemplant les battements de cœur fébriles de la lumière
la nuit me regarde comme un insecte qu’elle s’apprête à dévorer

Sous tes fenêtres coule une rivière de chevaux blancs
son galop érode les galets dans un bruit de sabots
mais toi déjà tu t’agrippes à l’écume comme à une poignée de crins au sommet d’un garrot
tu sais bien que cette attitude est intenable
il est présent à tout moment cet instant où il faudra lâcher prise
à moins que soudain tu te décides à suivre le troupeau torrentiel des mots
jusqu’aux étangs salés qui les privent de larmes et de souvenirs
et partagent avec toi quelque désir impossible à accomplir.

La mer avale les rochers sans faire le moindre bruit
Sur la pointe de celui qui semble désormais flotter dans le ciel
La larme blanche et solitaire d’un oiseau
Qui a fermé ses ailes et se laisse aller à rêver
Sans bouger
La mer transporte toutes les apparences du bleu
Afin que d’un seul regard je puisse les cueillir
La saveur de l’existence prendra la parole
Sous la forme d’un souvenir laiteux
Peuplé de vagues

Je voudrais n’être
ni fille ni garçon
mais bien à tour de rôle
araignée pieuvre
dauphin voilier
et chemin
je serpenterais sans mettre fin à mes voyages
parmi les galets
les buissons
la terre et les parfums de la pluie
je voudrais être moi
libre de moi
vu par l’autre
dans un sanglot au travers du rideau de sa haine
moi mordu par la vie
moi rongé par la peur
ne serait rien
qu’il vaille la peine d’un reproche.

Le vent se mêle aux flammes de la symphonie
qui se joue aux abords des rochers
des phrases aux quelles aucun point
ne met de fin
incendient l’air comme les frissons de l’angoisse
mon esprit
la lumière prise au filet tente de fuir
Dans le ciel entre la lune
brillante rivière peuplée de lys
J’aimerais naître sur la planète
qui me parlerait de la chaleur de ton corps
comme de l’enveloppe
de la lettre d’amour
que tu destines à l’infini
Les ombres au lieu de m’étrangler et d’étouffer
comme des fantômes mon rêve
se répandraient comme l’onctueuse chevelure bleue
de la nuit
elles porteraient en elles la saveur
de ce qui jamais ne se crie
mais qui trouve en toi la force de couler
sous la forme animale d’une larme
L’être essentiel se contenterait d’être
une marée de plus
tiré par les chevaux bais
de la lune éblouie la nuit
le jour par ton regard automnal émerveillé.