UN PRIX FÉMININ, POÉTIQUE ET ENGAGÉ : LE PRIX A.RIBOT

Avatar de Anne-Laure Buffet

Le 11 juin prochain, au marché de la Poésie, place St Sulpice (75006 Paris), sera remis à 17h le 2eme prix A.Ribot. Anne-Laure Buffet présidera le jury qui décerne ce prix.
C’est non seulement en tant que femme, mais aussi en tant que présidente de l’association CVP, qu’elle préside et participe avec passion à ce prix.

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Il sera remis cette année exclusivement à des femmes qui, toutes, au travers de leurs oeuvres mais également dans leurs actions militantes, humaines, quotidiennes, ont entrepris de lutter contre le sexisme, contre les discriminations, contre les injustices, contre la violence latente et nourrie par une société bien peu consciente de ses valeurs.
Quatre femmes qui usent avec passion de leurs talents pour porter des messages, pour être des voix, pour s’opposer, pour ramener aussi, là où il le faut, et quand il le faut, de la tendresse, de la douceur, de la poésie.
Alors que l’actualité…

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Pluie

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Il pleut et
le ciel est rempli de coups
de griffes
il pleut et
chaque goutte est l’écho d’une autre
le vent avance
en froissant les frondaisons
des oliviers
le pin d’Alep avale de grande bouffées d’air frais
il pleut et il se peut
que partout ailleurs il pleuve aussi
dans mon thorax
sur mes bras
dans mon ventre
sur mes jambes
dans ma bouche
sur mes lèvres
il pleut et
mes larmes
comme de petits raz de marée
passent d’une vague à l’autre
de pointe de poignard en éclats coupants
il pleut et
la pluie est emprisonnée dans l’espace chiffonné
d’un kaléidoscope
il pleut et
je peux à peine distinguer
cris et écrits hallucinés
pluie et
nuit nuisent désormais à la clarté
de mes pensées
se peut-il que l’obscur
désir d’exister ne soit plus
qu’une pluie
de plus
d’étoiles
d’éclairs
du passé


Source image:

Bartosz Wajer

http://blindself.tumblr.com/

 

Abstraction

Ce serait comme une tache d’encre noire dont le corps souple et brillant soudain s’étire, bâille, montre ses griffes et se rendort. Tombant de la table, elle ferait le même bruit que le froufroutement des ailes de l’oiseau que le printemps assomme d’azur. Ensuite il ne resterait que le bruit du silence et la supposition que quelques pas ont permis à une ombre son évaporation complète.

Ce serait comme le balancement de l’astre entre les nuages, nausée de la lumière, tempête des sens. Ce serait comme le vain cliquetis de la pluie sur la vitre, tout ce qu’elle prétend ne me fera pas ouvrir la fenêtre.

Ce serait comme si plus rien n’empêcherait le mauvais temps de se substituer aux secondes que je consacre à le regarder.

Ce serait comme si sous le velours verdoyant des mousses et lichens se cachait mon cœur, bulbe minuscule. Ce serait comme si je n’avais plus de racines. Que sont devenues mes artères?


images: Bertrand Vanden Elsacker  

Effrangement

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Derek Bransfield

Parmi les épines    les feuilles    les fleurs
sur les branches les plus fébriles
les citrons sont
la traduction des allées et venues du soleil

Elles sont plusieurs à se servir du jaune citronné
comme couleur pour parcourir leurs pétales
tout au long de la floraison        Certaines préfèrent se référer
au goût acide suggéré     par le fruit     lent à mûrir.     D’autres rappellent la naissance ancestrale de l’astre
alors qu’il n’était que poussière     d’étoile     suspendu     au bord des étamines.
Il n’en est qu’une qui renonce     parmi toutes celles qui reproduisent
aveuglément
toutes les sautes d’humeur du fruit.
Une seule
a choisi pour danser autour de son coeur
qui ne serait pas un trou noir    des pétales frangés si légers
qu’ils ne peuvent porter   un vulgaire goût de citronnade.
Une renoncule a tout fait pour être touchée par ton regard.
L’or ne t’intéresse pas     l’obscène abondance te donne la nausée        l’extrême                             pauvreté te révulse.
Pour faire partie de ton jardin         il faut si l’on veut devenir une fleur         avoir l’audace de n’être presque rien.
La couleur sera celle du soleil
blanc comme une paupière de nourrisson     endormi dans un ciel laiteux.


Source image: ici

Minéral

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Adam Fuss

Un galet
et pourtant ils sont des milliers à occuper les fonds du torrent
un galet poli par le soleil n’a presque pas d’ombre
lourd et chaud
palpite comme un cœur
un galet qu’un imprudent prendrait dans la main
avec l’espoir de le laisser tomber
dans l’eau pour avoir le bonheur d’entendre le bruit du poids de l’existence qui se sauve
mais sous la pierre l’Aspic
Sous l’eau les cerceaux du soleil encerclent
un galet
gris
gros
D’abord la main
le poignet
le bras
le tronc
les jambes
les pieds
et ce qu’il reste au cerveau d’esprit
se crispent et durcissent
insensiblement
la vie son poids dans ton cœur est
un galet poli par la douleur

 

Source image

Sans nom

Early Sunday Morning by Edward Hopper
Early Sunday Morning by Edward Hopper

 

La pluie mange le ciel et tout

ce qu’il contient de nuages

mange les feuilles         jusqu’à leurs nervures

les aiguilles             jusqu’à ce qu’elles saignent

elle mange les troncs et les racines qui débordent à la surface du sol

la terre         les roches et les petits cailloux

la pluie avale les montagnes

au loin         les chemins     les sentiers

et leurs graviers que touchent tes pieds

la pluie dévore l’air le vent     et

décortique chaque mouvement

elle mange les champs    les prés        les fleurs

le bétail  les toits de ton village natal

elle mange les routes        les voitures    les passants     l’absence

et presque toute ta volonté

elle picore les vitres     la peau de tes joues

ta chevelure et tes vêtements

partout elle se mélange au décor

noie les couleurs dans le même fleuve

la même turbulence

la pluie mange le sable des plages grain par grain

jusqu’à ce qu’une mer en rage lui barre le passage

d’une seule et énorme vague

Ce qu’atteint l’horizon par ce brusque rugissement d’écume

ne portera pas de nom

car tu n’as pu déterminer ce qu’il se passait au juste

au fond de toi et en surface

à ce moment-là

la pluie n’a plus
désormais

aucune emprise sur toi

Réserve

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Zhu Daoping(朱 道平 Chinese, b.1949)

C’est un mot dont on dirait
qu’il est fait du jet d’encre
tracé d’un seul morceau
par un pinceau
bu par le papier
il vous observe en train d’essayer
de deviner de quoi il parle

d’un pays lointain
où des montagnes dévalent
des torrents
dans leurs vagues comme des mains
se tournent et se retournent les galets

d’un pays où les fougères forment
les forêts en fredonnant
par la lumière qui coule de mousses en lichens
les arbres se font décortiquer l’âme et le tronc

d’un pays au delà du trait
que posent les regards
sur l’horizon

 

Zhu Daoping

Source image: B-Sides

Les autres galaxies

Constellations, série de monotypes sérigraphies, formats divers, 2008.
Constellations, série de monotypes sérigraphies, formats divers, 2008.

Peu à peu la nuit s’épaissit
les oliviers les pins d’Alep et les figuiers
sont engloutis par l’obscurité
dans le jardin un rosier grimpant
laisse la lune lui caresser les roses
un sentier et la senteur de fleurs
qui ne s’ouvrent qu’après la disparition complète
du jour s’unissent
afin qu’en toile de fond surgissent
une à une les autres galaxies

L’artiste est Yann Bagot, visiter son site

Territoires

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Secret Skeleton Image from work by Guisheng Zhong and colleagues Harvard University, USA Originally published under a Creative Commons Licence (BY 4.0) Research published in eLife, December 2014

il pleut
des étoiles
car chaque goutte
étincelle
et parle
et ce n’est pas l’ensemble du ciel
qui pleure
ce n’est juste
qu’un tout petit endroit
là où les perles
se trouvent à l’étroit
dans le noir démesurément
froid
il pleut
mon rêve
éparpille
les mots
intersections du souvenir
s’agrippe
malgré moi
l’araignée qui règne
sur mes territoires
afin qu’il ne reste
au cœur comme le nombril
d’une tornade
plus que
l’oubli viscéral

Sommeil

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© Nan Goldin

La nuit mange
chacune des heures
où je ne trouve pas le sommeil

Le bovin digère
allongé sur la mer

chaque vague
reproduit le bruit
de la mâchoire
du ruminant

le chant des heures
fleuri par tant de secondes
immortelles
caresse l’échine
ou le cœur

calice où le sang
reproduit les battements
affolants du souvenir

au cœur toujours
il y a toi
ta voix
comme un pollen
que butinent les étoiles