En friche

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Straw-colored Fruit Bat Eidolon Helvum, Ben Van Den Brink

Entre
ce venin
et
mes articulations
l’espace libre
laissé en friche aux secondes

chacune
comme un grain
grippe
mes mouvements
afin que je n’avance
jamais
souplement

des gonds rouillés
grincent
grondent
ponctuent
vagues
tornades
granuleuses
torsions

mes os sont toujours sur le point
de se réduire en poudre


Parfois par un soupirail
des lambeaux de souffrance s’échappent
Je les contemple
battre de l’aile


Parfois en rêve
j’échange mes chauves-souris
vampirisantes
contre
les quelques gouttes phosphorescentes
du crépuscule
afin que survienne la trêve

 

Bruissé

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Le temps se liquéfie et   la mer muette oublie les vagues
Au milieu de la nuit     les premiers bourgeons du mimosa sont
Bleus

L’effluence dorée de tous les soleils anciens sommeille
Encerclée de la bogue
de l’hiver
Mon souvenir     précis     infime     fort     comme un spore
Rôde encore incertain

Buisson né d’un autre buisson
De racines il échappe sans cesse à l’effondrement de lui-même
Parfois     il s’aperçoit     incarnat sombre lui
Et son incendie d’écritures     fouillent
La nuit

Parfois je l’aperçois et le suis
Buisson de bruits

Texture

tumblr_o0d44tDWfX1ubcbi3o1_1280.pngMon esprit passe son temps à

découdre le silence

à défaire la trame qui le relie

au temps

Tout se suspend un instant

l’infiniment petit bruit capturé

comme un fossile dans la roche

rejoint la voix qui le cherche

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Mon esprit passe d’un bruit à l’autre

et comprend que pour lui

seulement

ils prennent une texture

ils forment des phrases imprononçables

ils oscillent en permanence

de l’état de vie

à celui de mort

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Mon esprit finit

par construire

des abris

des pelures

des écorces

rugueuses et mortes

souples et vivifiantes

comme des sources qui n’ont encore

rien appris des routes, des lits, des ravins,

des puits

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Quand enfin mon esprit estime avoir presque fini

il tremble comme le fil d’une toile d’araignée

ce qu’il gagne c’est à espérer

la goutte de rosée, la note de l’aube

à laquelle se suspend

l’éternité.

 


 

Images: Bertrand VD Elsacker

Octaves

Jorinde Voigt, Konstellation 4 Horizonte I-II, (2012)

sur la mer il n’y a rien

qu’un immense nuage gris perle

en moi je sens bien

que demeure éternel

un poulpe géant

berçant ses huit bras tentaculaires

 

sur la mer il pleut

d’infimes touches

ébène et ivoire

la pluie est une pianiste

ses mains sont remplies

de larmes

Vague

Wave Art Black and White Cavern by johnphilpottsphotography

La nuit se regarde dans les reflets des lumières

du port. Elle se dit je reste là je ne pars pas

tremblante pourtant  elle se dirige vers moi

un rayon ondulant se plante comme une flèche d’argent

au centre de la béance flasque

cet encrier renversé

qui me sert de coeur.

Décembre

 Image: NASA

 

Décembre

la mer engourdie

respire à peine

les collines se sont vêtues de brume

bleue

dans le jardin la fleur blanche d’un rosier mousseux

se baigne nue

les oliviers abritent des milliers de plumes vertes              de petits yeux noirs et brillants

certains à court de chants

tombent et roulent

jusqu’à former aux pieds des plantes

d’étranges queues de comètes.

mauve

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Lorsque tu te poses sur ma main

écartant les lettres mauves

comme le font les mots

lorsque du fond de ma gorge

tu prends la parole

la nuit soudain possède mes effleurements

elle traîne

sa lenteur est lueur

sertie de taches de rousseur

la lune et son sourire

me ferment les paupières

ailes de papier

je ne suis plus

que brindille

portée par cet incendie d’écume

qui ceint l’horizon

Astre

New work.  http://trbehrendt.tumblr.com/
New work.
http://trbehrendt.tumblr.com/

 

Dans les plis, les vallons, sur chacun des versants

s’agrippent

s’écoulent avec la lenteur de l’encre

les visqueuses noirceurs de l’écriture.

Quel astre dévoile ainsi

avec l’impudeur d’un vieillard

toutes ses rides,

sa bouche édentée,

sa cervelle ensevelie dans le passé ?

Sont-ce des vers creusant pour les habiter

des galeries dans la houille et dans tout ce qui a noirci

comme s’il était encore possible de s’abriter ?

Ma peur se déguise, enfle comme le font les méduses

en gobant le vide

jusqu’à ce que lucide une tortue luth se décide

à avaler ce vertige d’une transparence aveuglante.

Sifflements

Bertrand Vanden Elsacker©

Au large la mer promène

de petits dauphins blancs

attachés à des rubans de porcelaine

presque transparents.

Le ciel alimente mes songes de nuages énigmatiques.

À quoi peut donc servir cet arc qui auréole au dessus de l’île ?

Pourquoi ces couleurs à peine plus vives que celles de l’air et du vide?

Les feuillages frissonnent,

les fleurs se sont envolées en compagnie des derniers oiseaux migrateurs.

Le ciel pour la mer pleure des vagues.

Les algues comme les éclats d’un vitrail occupent avec les sifflements du Milan royal

la même place écarlate dans l’espace.