
il donne au silence
une silhouette
le chat

il donne au silence
une silhouette
le chat

©source image: https://www.flickr.com/photos/marianbijlenga/
le vent me rapporte en lettres cursives
ta lointaine signature et son accent
de profond désespoir
⊃
le vent pour que tout s’efface
mais pas cette odeur de glace
crissante sous mes pas
⊄
le vent et à chaque fois
les feuillages qu’il embrasse
se froissent
⊇
s’écoule la trace
jusqu’à cet endroit tout au fond
de moi
en pied de page
où se comptent les jours

La lune nue
Allume la nuit obscure
Une nuée noire
Nuance à peine
Sa lueur d’orange

La colombe quotidienne trempe la pointe du bec
afin que l’eau auréole autour de ce point
perde son équilibre de tranquillité endormie
la guêpe de son corps vibrant guette les douceurs
du petit-déjeuner
Où se rejoignent ces circonvolutions voulues et presque
semblables
Qui aimerait croire qu’il suffit d’un mot
d’une phrase pour que se produise l’unification universelle

hier la lune derrière la colline
donnait aux nuages une ombre ourlée de lumière morte
qui les portait jusque loin au dessus de la mer
hier la lune creusait le ciel
en cavait le regard
hier derrière la clôture j’ai retrouvé ton corps
tes yeux de jais ces deux perles merveilleuses
avaient été remplacées par le mot mort
hier j’ai vu qu’il manquait quelque chose
la vie ne portait plus de carapace
inutilement la vie s’était ralentie
et puis
t’avait laissée
une souffrance une faim
une soif non éteinte rodaient encore pas très loin
j’avais envie de protester mais quelques vagues
et l’odeur des algues broyaient mes larmes
Demain j’aurais la force de te trouver un cimetière
une tombe près de l’automne
mais la force je ne l’ai pas je ne l’ai jamais eue
j’ai refusé de te laisser mourir
j’ai ramassé toutes les herbes sauvages
avec l’espoir qu’elles te serviraient de ciel
pour disparaître
il pleut il vente
ou les deux à la fois
je ne sais pas
la pluie court sur les toits
les feuilles s’enflamment
le vent parle de ses milles voies
des racines dont il fait des chemins
des chemins dont il fait des étoffes
dans la steppe on entend le troupeau de chevaux sauvages
sans jamais le voir
l’horizon est comme la ligne noire qui parcourt la crinière du haut de la tête
au crin finissant le galop
on retient le sabot la dent l’oeil qui ne vous perd pas de vue une seconde
l’oeil méfiant qui ne veut rien apprendre des clôtures
et des caresses qui mentent

hier,
la mer était douce
à la proue s’écoulait en silence
un velours paré de formes argentées
des poissons
parfois
inventaient des dentelles aux flots
inabordables

Le coeur est-ce ce
point à équidistance de la peine et du bien-être
ce grain prêt à germer posé sur la balance d’une seconde qui oscille
est-ce cet astre fluorescent dans la nuit de la conscience cherchant une ombre conciliante
est-ce ce qui grince et se bouscule dès l’ouverture d’une nouvelle faille
ce qui bat des ailes au sommet des fleurs frôlées
ou est-ce ce crapaud coincé dans la gorge et qui coasse
plus fort que tous les autres batraciens prisonniers
site de l’artiste: ici

Soudain cette âme qui est la mienne et me traverse et m’habille d’une étoffe fantomatique pesait plus lourd que tout. Alors je l’ai laissée tomber comme la pluie se laisse tomber d’un nuage. Peu à peu afin qu’elle s’en aille où elle peut se faufiler sans être vue ni entendue.
La dernière goutte pour clore portait en elle un mot imprononçable. Un mot qui condensait en lui toutes les gouttes de mon âme quand elle pleuvait encore. Je ne sais pas à quoi peut servir ce mot si ce n’est à dénoncer les syllabes délicates de mon désespoir, ce passager provisoire de l’âme.
Il nage entre les lettres, il nage comme les raies souplement en essaims doux, tant qu’on ne les touche pas car toutes ces petites choses agglutinées ont pour se défendre de l’apprivoisement un aiguillon. Qu’il parte, qu’il s’éloigne et sillonne le néant, qu’il n’aille nulle part, ce mot imprononçable.
Soudain cette âme qui est la mienne s’est lovée dans l’un des ovules de la mémoire. Elle est là à attendre l’éclair orageux d’une fécondation quand les mots se rassemblent et cessent de s’ignorer les uns les autres, cherchant un sens qui ne serait pas un reproche, un symptôme, son fantôme, sa dent.