Eschscholzia

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Par la faille du vieux pot brisé

vont et viennent 

les abeilles

ξ

Mille olives scintillent

dans la chevelure 

de l’olivier

ξ

Sur la mer au large

le cou d’un cygne

blanc endormi

ξ

Le vent bleu

découpé en syllabes

par l’oiseau

ξ

La sauge et sa fleur rose

ouverte boivent

la mélodie

ξ

Tinte le feuillage 

en dentelle 

de l’Eschscholzia

ξ

En reprenant quelques gorgées

de vent bleu entre ses ailes

Le papillon simplifie l’infini

Λ

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Aux chats

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Life’s a Stretch- Lynn Smith Stanley @Sliverpoem Studio

La nuit cette étrangère refuse de passer ma porte

ouverte

elle siffle et grince de tous les insectes qui l’habitent

ivres

ils  préfèrent être

entendus plutôt que vus et

dévorés

la nuit est fraîche la pluie est encore sur la colline et la lune est de ce côté-là.

la nuit danse ou marche  ou est-ce    sa soeur la mer

qui jette vers la lumière des papillons d’écume

soudain gracile

la petite féline fait son entrée

elle trottine vers la cuisine où des parfums alléchants de nourriture

l’attendent

elle mange

et puis part 

la nuit a quelque chose à lui dire

le secret hallucinant qu’elle réserve aux chats

seulement

Face cachée

Gao Xingjian

Comme un rocher penché

vers le vide qu’il contemple

mon coeur

***

Toujours de l’astre 

je ne vois que le visage

éclairé

***

Et pourtant je sais

qu’il regarde en face

l’obscurité

***

Suspendu à sa propre ombre

il ne défriche pas la forêt

sombre pour se déplacer

***

Dans un nid de lianes et de brindilles vertes

il se console en écoutant 

sa propre respiration

***

Il vit malgré lui et c’est 

contre la captivité qu’il se bat

mon coeur

***

Petit animal dont la robe luit

et se soulève à chaque souffle

de son propre rêve

***

Parfois quand il n’en peut plus

tout en évitant de se défaire 

il se retourne sur lui-même

***

Averse

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La pluie forme une maison invisible, olfactive et musicale qu’on ne peut qu’habiter.

Elle ne comporte qu’une seule pièce  jusqu’à ce que la première goutte tinte sur ma joue.

Alors j’en perçois la multiplicité des pièces. Les chambres et leurs voilures, les couloirs et leurs longues plaintes, les cabinets et leurs innommables secrets. 

J’habite la pluie. Je l’inonde d’un corps. Je l’entrave de meubles, de noms. J’invite l’intérieur à s’extérioriser.  Á s’inventer une pelure.

La pluie devient soudain un fruit à pulpe. 

Vestiges

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Marian Bijlenga

©source image: https://www.flickr.com/photos/marianbijlenga/


le vent me rapporte en lettres cursives 

ta lointaine signature et son accent 

de profond désespoir

le vent pour que tout s’efface

mais pas cette odeur de glace

crissante sous mes pas

 ⊄

le vent et à chaque fois

les feuillages qu’il embrasse

se froissent

s’écoule la trace 

jusqu’à cet endroit tout au fond

de moi

en pied de page

où se comptent les jours

Embouchure

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La colombe quotidienne trempe la pointe du bec

afin que l’eau auréole autour de ce point

perde son équilibre de tranquillité endormie

la guêpe de son corps vibrant guette les douceurs

du petit-déjeuner 

Où se rejoignent ces circonvolutions voulues et presque

semblables

Qui aimerait croire qu’il suffit d’un mot 

d’une phrase pour que se produise l’unification universelle