Vestiges

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Marian Bijlenga

©source image: https://www.flickr.com/photos/marianbijlenga/


le vent me rapporte en lettres cursives 

ta lointaine signature et son accent 

de profond désespoir

le vent pour que tout s’efface

mais pas cette odeur de glace

crissante sous mes pas

 ⊄

le vent et à chaque fois

les feuillages qu’il embrasse

se froissent

s’écoule la trace 

jusqu’à cet endroit tout au fond

de moi

en pied de page

où se comptent les jours

Soie

je voudrais pouvoir me défaire de ma carapace. Vivre sans cette cataracte, cette croûte, cet agglutinement de la peur. Je voudrais nager, voler, marcher, respirer sans avoir à me servir des phrases comme d’une jambe de bois. Je voudrais être légère, fluide et docile. Transformer mes pensées en fleurs muettes. Éparpiller les mots sur lesquels reposerait mon âme. Gaspiller la Beauté sans compter.

Je voudrais naître sans avoir à déclarer la guerre. Être tellement limpide qu’on ne me poserait plus de condition. Couler de source. Surgir dans la caresse. Faire oublier le temps.

J’aimerais n’être que dans la boucle, la première, du lys ou du lilas. Dans le pli du taffetas, dans le bruit de la soie. Je voudrais être moi. Sans symptômes, sans non. Me décliner comme par magie une infinité de fois. Enlacer les pupilles, faire taire le froid.

Magique?

Ortie

Mon désespoir est une ortie. Il se vante de posséder des feuilles dentelées d’un vert mentholé. Il est ouvertement acerbe, coriace, insolent. Pour le cueillir, il faut mettre des gants.

Il me surprend n’importe quand, n’importe où. Sur la pointe de sa langue, une fleur blanche joue l’innocente, c’est la douleur. Elle totalement dépourvue d’âme, elle fait pleurer même les enfants.

Mon désespoir est urticant, venimeux comme un serpent. Si je l’arrache et le piétine, n’épargnant pas ses racines, il revient plus frais, plus jeune, plus fort en courant. Ses couleurs sont franches, sa parole est hypocrite, il ment quand il dit qu’il ne pique.

Mon désespoir n’a jamais pris une seule ride et ne connait pas la fatigue, c’est un voyou. Alors, parfois, je le mets à bouillir dans ma soupe ou je lui tords le cou. Il m’arrive de croire que finalement, les mauvaises graines ont du bon aussi.