insecte

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luciérnaga

Mon coeur cette luciole

se balance dans une obscurité

bleue

son agitation provoque une effervescence d’encre

bleue

qu’on pourrait peut-être résumer à deux mots

être/absence

l’insecte danse pour produire une inflorescence

bleue

mais qui se soucie des fleurs qui ne s’ouvrent qu’à

la nuit obscure et nue

et ne répandent leur parfum que pour donner

aux apparences

un contour

bleu

pas très précis

Disparition

Phthalo Blue X-Ray, Self-Portrait, oil on canvas, Alison Van Pelt

 

Comme le seul fruit
pendu au bout de la branche
désespérée
la parole qui n’a pu se libérer
de ma nescience magnétique

Dans le ciel ignorant le soleil se baigne
et s’éclabousse de lumière
à la manière d’un jeune enfant
soudain l’éclaircie provoque en moi
une tempête invisible
mon cœur est soufflé
par l’onde de choc d’un ras de marée

Bleues éblouies les montagnes enneigées
naissent d’une rencontre entre le silence
des abysses et celui des surfaces effleurées
par la vie
seul fruit suspendu au dessus du vide
à la place du bourgeon un tarissement

Jardin mer et vent

Le Manuscrit Bihbahan (Fars, 1398)–(musée d’art turc et islamique d’Istanbul, n°1950)

Ce n’est pas un galet que le soleil arrose
ni une rose transmutée en pierre qui parviendrait encore à balancer la tête
d’avant en arrière
c’est un oiseau qui se pose sur le rocher
le plus éloigné du jardin
son regard tourmenté et noir
ne va pas vers la mer
c’est le ciel qu’il regarde
miroiter dans une flaque
il aimerait s’abreuver et
comme la pointe effilée d’un calame
tremper son bec dans cet encrier
ce qu’il a à écrire il le crie à la cime
du cyprès
sa chanson rappelle la douceur
du lichen qui passe
du noir au gris du bleu au vert
attendri par la pluie
son chant appelle
les nuages
à poursuivre plus loin
leurs longues promenades

Solide similitude

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Propagation Project; Roots, 2014 JUNKO MORI Forged mild steel, wax-coated Height 34cm (13 3/8″) Width 38cm (15″) Depth 34cm (13 3/8″)

J’aimerais ajouter aux flots de paroles
à la masse d’assertions
qu’être seule
ne me fait pas peur
j’aimerais suspendre à côté de chaque mot la perle d’ambre qui fossilise la solitude
qui le soutient
————————-cet instant où rien n’est plus à portée de la main où l’on croise et recroise les mêmes fantômes
j’aimerais inscrire chaque onde émise par mon cœur qui prétend qu’il ne bat que pour vivre masquant dans ses musiques et ses rythmes le noyau dur
la solitude
ingrate sœur du vide
source qui glousse limpide détachée de tout et parfois horriblement mélancolique
j’aimerais dire en toute franchise
je ne redoute pas de m’avancer jusqu’à l’extrême bord d’un rêve que personne ne fait d’être sur la pointe la plus éloignée de l’idée que personne ne partage
et affirmer
je ne crains pas le silence
l’absence la négation la prison qui se construit peu à peu à mesure que les secondes se superposent aux années comme le font les siècles et les siècles
j’aimerais ne plus savoir
que les promesses non tenues tuent déracinent une âme
que la parole donnée est aussitôt retirée sans qu’on s’en aperçoive
qu’elle laisse souvent saigner derrière elle une amère rancune
—ils sont nombreux ceux qui n’arrêtent jamais de dénoncer et de proclamer qu’ils ont tous les droits pour critiquer l’autre qui ne veut pas ni lumière sur lui ni nuit ni bruit—

la solitude porte ce sourire de lune lumineuse ronde et rousse
qui contrôle les marées et exerce le pouvoir de ressusciter tous les horizons abandonnés et
les frontières oubliées
j’aimerais ajouter aux phrases
aux gestes qui grandissent démesurément l’insignifiance
les mouvements amples silencieux émouvants de l’étoffe qui habille une âme qui en appelle au silence et cherche

cherche et cherche désespérément sans qu’on veuille l’en dépouiller
la solitude pour se ressourcer


Source image: Junko Mori

Instrument

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l’écriture pour apaiser la brûlure d’une blessure
pour assagir l’agitation sans parvenir
à vouloir l’intégrer dans un protocole
un morceau de bois calciné pour dessiner
tous les visages des paysages que je traverse
alors que les ronces les rongent
que les sentiers se dispersent

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le fouet indompté d’une signature anonyme
la queue de serpent d’un signe
la calligraphie d’une langue que personne ne parle
que personne n’écoute vraiment
l’ instrument dans vos bouches
souvent me condamne à n’être qu’un géant
bouquet
on ne lui donne que des coups de flammes
on s’amuse un temps de sa démesure
toute organisation de semonces fait de moi un fantôme errant
comme aux icebergs à la dérive on néglige de reconnaître
la partie immergée immense et glacée
où je me suis lové


source images: hardcorepunkbf

Natrix Natrix

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Les feuilles du soleil
les aiguilles du pin
et sur le sol les tortues endormies
non loin d’elles
dans le frais figuier
une couleuvre à collier
enlace les branches les plus juvéniles
sa longueur aurait de quoi me surprendre
Ne plus faire un pas et pas
le moindre bruit
tout cela ne tient qu’au seul et même fil
invisible et fragile
infatigable mon esprit mémorise
avec l’espoir de cueillir et recueillir à l’infini
ce qui finalement n’est destiné qu’à mourir

Finalité

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Anish Kapoor, Zonder titel 1992 polystyreen, aluminium, fiberglas, acrylmedium en pigment diameter 220 cm, ruimte 480 x 240 x 380 cm 1993.AK.01

Parmi les nuages
la nuit
l’hiver
le froid
la pluie
la lune
elle finit par descendre et se pose
sur les branches d’un pin aux aiguilles argentées
elle choisit sûrement celui
qui la suivra un jour
enfin ce sera moi
parmi les nuages
la nuit
l’hiver
dans le froid et la pluie
je vois ton visage celui
que tu n’avais pas alors
que tu étais encore en vie


Source image

Motacilla cinerea

Seitei Wantanabe Wagtail and Maple 1930

Cet oiseau ressemble à une seule de ses plumes
la plus longue
celle qui toujours le met à la limite du déséquilibre
c’est ainsi qu’il est le seul
à pouvoir plonger dans le ciel et puis à en ressurgir
à pointer comme les notes d’une partition invisible
chaque grain sur le sol
à diriger d’un geste ample et bien défini
les sursauts de l’orchestre qui a été réuni
d’un grain à l’autre
à travers tout le jardin