
Le vent, l’écume
et sa métaphore,
l’oiseau marin

Le vent, l’écume
et sa métaphore,
l’oiseau marin

Par la fenêtre il regarde les vagues
certaines halètent en prévision de la plage
d’autres repartent
Dès que la porte s’ouvre il bondit vers l’air libre
il saute sur la table où sont posés des légumes et des fruits
l’odeur des végétaux l’intrigue il décortique le message qu’ils ont pour lui
provenance fraicheur et quelques détails sur le propriétaire de l’endroit où ils ont grandi
Il va rêveur de par ses chemins habituels qui favorisent de longues trainées d’ombres Il va évitant les flaques de soleil Quelques sifflements annoncent sa présence aux autres habitants du jardin Personne qui ne sache que son errance a commencé
Le vent mélange les murmures entre eux Ceux des vagues ceux de l’eau ceux des feuillages et ceux du temps qui passe
Il va silencieux Il sait que ses pas et ceux de l’éternité ont quelque chose à se confier
un mot enrobé de patience un mot qui ressemble à un miaulement qu’il est le seul à comprendre.

J’entends le crépitement des gouttes sur le sol pourtant il ne pleut pas
Est-ce la mer dans les frondaisons
brassés les grains de sable se mettent en route
l’étoile que je regarde tremble et pourtant ce que je contemple n’est que l’espace qu’embrassent encore un bouquet de photons
l’été est-il autre chose que le fruit de mon imagination

Le monde
n’est pas
ce qu’il dit
être
ainsi les frontières peuvent-elles
être déplacées
et il devient possible
de rétrécir les espaces
de diminuer les lumières
d’emmurer les mots

Pour se regarder en face
le rocher
ne dispose plus que
de ce mouvant miroir
la vague
son coeur aussi lourd que son âme
le force à devenir froid
il fut un temps où imprévisible
il était le foyer volcanique
il fallait vaguement le consoler
consolider ses idées
pour qu’il soit un rempart
de trois lettres

À ses pieds pétales pourpres
en son coeur pistils d’un bleu nuit
telle est sa réponse à la vie

La nuit sombre
est là
enrobant les étoiles
je le regarde
ses feuilles comme des plumes
dispersent le peu de lueur
il me dit qu’il est prince
le jeune arbre et il vrai
que son tronc est à peine plus épais
que le jarret d’un pur-sang anglais
sous l’écorce s’écoulent
réseaux de ruisseaux
pétulants
de l’autre côté du muret
vont les animaux sauvages
qui ne s’apprivoisent jamais
s’il tremble et frémit c’est
parce que de la nuit noire
il est le porte-parole le traducteur
le temple
un jour son âme
arborera
fleurs et pétales phosphorescents

La mer d’une seule vague va
dans le ciel à cet endroit
où l’on croit reconnaître l’infini
Au dessus du cimetière le ciel
est un caillou gris tombé au fond
d’un puits
La pluie a lavé le ciel comme les larmes nettoient l’âme
le ciel demeure blanc
se gorge d’une lumière qu’il diffuse de façon presque homogène entre
mer plages pleines et montagnes
À la place des sanglots le silence confus des mots recouvre doucement
l’enneigement des pages
Faut-il encore que j’aie peur

Au delà du ruisseau et de son peuple de roseaux
Au delà de la pinède de ses sentiers réduits au silence
La mer ses vagues qu’elle lance comme des flammes
Au fond de moi habitée du crissement des branches et de la pluie d’aiguilles à peine Transparentes
La même colère étrange
S’étoffe

Sur l’appui de fenêtre ma collection de cailloux
exposée aux vents à la pluie
Quelqu’un est venu y blottir un trésor composé
de faines et de glands du grand hêtre et du chêne qui trônent si loin
à l’orée du parc si près du cimetière.
parmi les roches blanches et douces cueillies d’entre les mains des vagues
parmi les bonbons caramels récoltés aux creux des chemins
parmi les petites pupilles qui vous regardent depuis les plis d’un ruisseau, imitant tellement bien le jeu des têtards
Il y a désormais ce que surveille depuis le peuplier d’en face
le corbeau noir
Son reflet devient bleu lorsqu’il piaille depuis le toit de l’immeuble voisin
son cri éloigne les importuns qui pourraient peut-être s’intéresser de près ou de loin
à la collection de cailloux
comme celle que vénèrent en secret les enfants.