Fourmillement

Tu as

Fermé les yeux et

Sur la trame que tissent 

Les voies olfactives autour du nid

Nous sommes mille 

À aller 

Sans ailes 

Nous sommes mille à ne former qu’une seule 

L’agitation est telle que tu cherches à nous imprimer un rythme jusqu’à ce que tu voies

Que les nôtres domestiquent déjà 

Toutes les touches du piano que tu rêves d’avoir sous les doigts 

Apprivoiser cette armée de pattes d’antennes de mandibules apprivoiser la distribution du miellat 

T’essouffle 

Tu n’y arrives pas 

Reveille-toi 

Sans titre

©cc

le fond de sa gorge

le fond de son âme

un vitrail

des éclats

de mots qui ne passent pas

de blessures qui ne s’estompent pas

un puits un gouffre un abîme

une pensée qui compose avec l’infime

décompose l’infirme infini

au fond de lui au-delà 

un cri acide empêche

toute coagulation de la conscience 

Irrémédiable différence

tu erres
tu es presque tu
partout
tu as un insecte en toi
tu le vois comme ce coeur étrange à clapets 

qui s’ouvrent ou se ferment

tu le sens comme un grouillement qui te dépasse

et te déboussole
tu es seul

solide

tu transmues chaque parole en buée

chaque départ en larme

le silence suinte sans suite

en ton univers

Il n’y a pas de Moi

majuscule 

D’avance

Bertrand Els via Tumblr

Tu entends les pas d’un ange mais il ne s’agit

que de la pluie

dehors
au large


tu songes aux spectres qui s’accumulent toujours plus nombreux dans l’obscurité
susurrant que tu es sans substance  que tu n’as aucune volonté 

tu entends comme le temps se délie peu à peu se dilue 

bientôt l’absence de silence sera saluée


dans le jardin

tu entends sporadiques 

des larmes

sur la vitre déferlent de petites notes métalliques

il faudra que tu te décides à les ausculter
pour comprendre

l’ogre l’insecte immense qui grignote le monde
la vie comme un fruit condamné
d’avance 

Éventail

Antartica source: Nasa

Sur la plage la vague ouvre un éventail
une autre en souligne la dentelle d’écume
une autre efface toute trace du travail

ce qui demeure en mon esprit c’est l’instant où le sable
se découvre un pelage quand on le caresse
une voix parce qu’il respire
à peine quelques secondes d’effervescence 

sans opérer le moindre écart le temps
tente une nouvelle fois d’inscrire le présent
en dehors de toute limite
sans attirer le regard 

le jambage d’une lettre
le creux d’un signe
le dos d’une ponctuation
la stigmate silencieuse que laisse l’évocation

Freux

Il vient de lisser ses plumes
celui qui désigne l’hiver d’un cri
le jour au bord du gouffre se racle la gorge

il pourrait tenir dans ses serres
ce qu’il reste de minéral aux rivages assaillis
par les vagues 

son oeil noir abîme de l’âme 

regard intergalactique
semble savoir
que la toupie danse sur son unique pied

Origami

Évoquer ta différence sous les traits d’un dessin tu y parviens comme par magie

les choses n’ont plus besoin de leurs mots 

une forêt de traits de plis de voies convient parfaitement pour déployer l’origami qui te ressemble à deux gouttes près

sous tous tes angles selon toutes les fléchissements de tes faces

pas de miroir juste un mirage

pas de pleurs juste parfois ta rage


source images: ici

Brutalités

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ART BRUT / collection ABCD :: STOFFERS harald

J’aimerais que mes phrases ne parlent pas
la même langue que moi
qui boite et trébuche à chaque pas
j’aimerais qu’elles soient
autrement que de simples lettres alignées
ces mots dont on a épinglé les ailes
par peur qu’ils dénoncent l’aspect
véritable de nos maigres rêves
j’aimerais que mes phrases ne soient pas les objets
d’une nature morte
qu’un éclat de bougie encore fasse trembler leurs corps
j’aimerais accompagner le silence quand il entre
dans la forêt d’eucalyptus et leur demande d’exalter
l’obscurité

ainsi peut-être serais-je
protégé
des maux


Source image: abcd art brut

Mésange

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Close up butterfly wings——- source image

 

Dans l’encadrement de la fenêtre
le rosier dessine les diagonales
et le vent les efface
surgit dans mon champ de vision
le papillon jaune et bleu qui hier
butinait sans relâche mon espoir
mais non ce qui s’envole sans soucis
est une mésange et sa parole
comme une chanson qu’on plante
dans le ciel pour ne plus avoir
rien à oublier

En Trop

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by Jaime Corum

Quand je ferme les yeux je te vois
m’encercler de tes galops doux
rythmant au travers de tes pas
toutes mes hésitations et les tremblements
incertains de ma voix

Alors je ne ferme plus les yeux et je crois
qu’ainsi je pourrais échapper au passé
celui qui m’avait défait de moi et
t’ avait rendu presque muet

Alors je ne ferme plus les yeux
que pour te regarder
conquis par la liberté d’être
ou de te dissimuler sans accorder
la moindre chance à la violence

Quand je ferme les yeux je me vois
tel que j’aurais dû être au galop
si tu n’avais pas été qu’un rêve
dénoncé comme un maladie
de trop


Source image

La Dame à la Licorne

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