

J’ondoie
en toi soyeux
comme un flot de secondes
tu voudrais que je sois
comme un cri
un courant de larmes qui se déploie
une soif qui désarme
mais je suis comme ces instants de pluie
où tu te replies sans qu’on te sonde.


J’ondoie
en toi soyeux
comme un flot de secondes
tu voudrais que je sois
comme un cri
un courant de larmes qui se déploie
une soif qui désarme
mais je suis comme ces instants de pluie
où tu te replies sans qu’on te sonde.
Source: sugimotohiroshi.com via machinn on Pinterest Sugimoto’s beauty
La mer n’est pas une caresse du ciel à tes espérances, elle est comme le petit baiser que la pluie glacée impose à ton front. Elle se dépose dans le temple de lumière de tes paupières, elle grandit dans ton corps jusqu’à en immerger les moindres ardeurs. Un halo bleuté t’enlace comme une fièvre. Tes rivages fondent. Tu n’es plus une fleur tendue dans la nue par la force d’une intrépide volonté. Tu as rejoint les vagues dans leurs lancinantes solitudes.

Source: artinthepicture.com via machinn on Pinterest
La brume le ciel
la mer la berge
la montagne ta barque
et ton regard
le trait de ton voyage
le pli du repos
le retrait de tes rêves
il n’y a pas d’horizon
pour ton chemin
il n’y a que la barrière
dessinée par ces rivières
de bleu
tu as beau te mettre en travers
des avancées nuageuses
tu as beau t’acharner à collectionner
de la matière
tu es si peu
Certaines choses restent en suspension dans le vide de ma vie sans que jamais je ne choisisse de leur attribuer un nom. Elles se résument à presque rien face à l’abîme creusé par toutes les significations que le monde accorde aux temps morts de l’existence.
Ces mystères inavouables, ces silences inouïs n’ont pas le statut du rêve, pas même celui du geste manqué, de l’intention, de la maladresse. Je ne sais pas comment ils naissent et où ils pourraient trouver un véritable nid d’où s’envoler.
Si je choisis de partir à la recherche de leurs noms, il faut que je sois patient. Comment apprivoiser un incendie sans l’éteindre ? Comment façonner un corps au vent, à l’oubli, aux déflagrations imprécises de la vie?
Certaines de ces choses pourraient occuper toute une phrase, tout un poème, toute une vie ou la détruire. Il faudrait que je puisse avoir le courage de poursuivre, l’audace de les porter en mon âme comme des braises trop peu dociles.
Certains choses sans mots sont fragiles et n’ont pas de peau, pas même la plus fine membrane pour recouvrir la chair à vif. D’autres sont dures et froides, comme endormies dans la rigueur infinie d’un marbre laiteux.
Pourrais-je jamais savoir si le mot que j’ai envie de leur donner correspond vraiment à leur état, dépeint réellement ce qu’elles sont sans mensonge ? Valent-elle toute la peine, si je ne suis même pas capable de pousser le moindre cri pour les soutenir, d’appuyer le moindre geste ?
Il se pourrait qu’ayant reçu leurs noms, leurs phrases, leurs poèmes, leurs vies, elles finissent par me filer entre les doigts sans m’accorder le moindre réconfort. Elles m’abandonneraient sans relâche à cet insoutenable face à face de mon existence avec le néant. Sans jamais s’épanouir et venir à maturité, mes absurdes intentions de délimiter un territoire à mes connaissances ne me tracent que des chemins de poudre. Ils s’effacent à mes premières défaites.
Il y a de ces choses qui n’existent pas parce qu’elles ne portent pas encore de nom, de phrases, de poèmes, de vie. Pourtant, elles occupent toute la place dans ma tête, elles parasitent mes pensées, se laissent couler dans mes veines et partent dans tous les sens sans que je puisse retenir leurs débordements. Certaines d’entre elles semblent ne jamais pouvoir tenir la place d’une parole, elles se contentent d’être cruellement un symptôme. Elles s’imposent insidieuses et muettes, s’enfoncent dans mes profondeurs vaseuses. Elles m’étranglent et m’angoissent. Elles me rongent, me rendent friable. Elles vivent, elles rient, elles se moquent, elles provoquent. Elles grincent. Il est peut-être parfois plus judicieux de les laisser tranquilles, telles quelles: sans grammaire, sans virgule et sans guillemets. Comment les dire ? Il faudrait pouvoir les libérer en grappes affolées, en troupeaux volcaniques, en explosions minuscules.
Dans la forêt, le soleil rode comme un chat. Une douceur féline se répand comme une onde, caresse et fait pétiller les branchages. Le temps est à peine plus léger que le vent.
Sous l’écorce, la chair de l’arbre ondule comme un ruisseau sauvage. Au cœur des troncs, dérobée aux regards, coule une rivière. Elle alvéole autour d’une vertèbre ou pousse la vie jusqu’à ce qu’elle touche la lumière et étende ses bras dans le ciel.
La forêt a le corps d’une femme que personne ne connaît et ne semble plus apercevoir.
Sous l’épine, elle crépite. Parfois, elle profite d’un ravin pour y laisser frémir comme un incendie sa chevelure verte.
Sous les caresses d’un soleil adolescent, la forêt est un tigre. Le silence s’approprie les envols et les chansons du vent. Ébloui et envoûté par des senteurs de sève et de thym, le restant du monde se laisse soustraire.
Alex Kim – “Labyrinths”, Painting, Mixed media on canvas, 2011, 120 x 120 x 3 cm
Je me souviens du battement de ton cœur dans ma joue posée sur ton encolure, je me souviens de ta peur de l’hiver, des arbres qui soudain transformaient leurs ombres en spectres et mettaient brutalement fin à ton calme.
Je me souviens de tous tes écarts et de tout ce que tu as fait pour préserver ta liberté. Je me souviens de tes reflets roux aux premières lueurs du printemps, de tous tes contrastes comme des coups de couteau. Je me souviens de ta peau, de ta sueur, de tes rondeurs souples.
Pour t’atteindre désormais, il me faudrait une barque et réapprendre les gestes qui parlent mieux que le temps et l’espace. Il me faudrait trouver la paix, conquérir ses pays ondulant de collines. Alors, aujourd’hui, je me limite à hésiter entre le rêve ou la réalité, à traduire les mirages, à colorer les orages.
Parfois de mes nuits surgissent des étendues qu’aucun horizon ne retient, parfois de ma souffrance naissent des rivières de cris. Des torrents de mots abrutis se tordent à mes pieds, font des nœuds dans ma tête, surgissent incomplets. Je ne sais plus par quelles voies te rejoindre sans me fuir. Je ne reconnais plus nos clairières, nos lacs, nos bras de rivières, nos chemins.
La nuit peu à peu me ronge en grimpant le long de mes jambes. Elle a commencé par avoir des épines et puis elle s’est mise à marcher dans mon dos, à m’abandonner ses petits, à détricoter mes souvenirs.
Parfois de mes journées naissent des nébuleuses. Je ne suis plus certain d’avancer, d’avoir même une route. Dans le doute, je m’acharne à deviner ce que le monde cherche à faire de lui-même. Je m’acharne à palper des couleurs, à tramer des histoires, convaincu qu’il doit bien exister cet autre rivage.

Quand la nuit s’habille de moire et de taffetas, qu’elle frôle les arbres, les feuilles de la même façon que les lacs, quand les ruisseaux et rivières roucoulent sous les lueurs de la lune pleine, je m’entrouvre.
Mon parfum aux senteurs d’ananas, aux saveurs sucrées rode parmi les roseaux pour te séduire et t’attirer vers moi. Je suis chaude, chatoyante, luxuriante. J’ai l’appétit d’une louve mais la patience d’un chat. J’attends.
Enfin, curieux et charmé, tu te déposes subtilement sur le bord de mes lèvres. Tu me découvres . Ton petit corps plein de rondeurs chatouille mes pétales. Tu t’enivres. En plongeant vers mon cœur, tu te laisses étourdir par ma chair. Tu te remplis de pollen et toujours plus fort me désires. Ma peau de nacre a le goût délicat de la vanille, la texture folle et légère d’un jupon de dentelle. Peu à peu, et sans que tu t’en rendes compte, je me referme autour de toi qui me fécondes. Nos corps fusionnent comme les aubades des symphonies baroques.
Tout autour de nous, le monde n’est plus que soupirs et mouvements onctueux de corps. Notre accouplement durera toute la nuit.
Aux premières lumières du jour, je te libère. Délicatement, encore légèrement étourdi, tu te défais de notre étreinte en m’offrant tes derniers baisers. Nous sommes métamorphosés. Tu t’envoles vers tes nouveaux soleils, je retourne gorgée de merveilles vers mes profondeurs aquatiques.
« L’intelligence des Fleurs » peut être téléchargée ici
On peut contempler les œuvres de Georgia O’Keeffe ici
Frida Kahlo Auto-portrait,1926
Mon cœur déborde mais toi, tu sembles ne voir que comment il m’enrobe de carmin, te tend ma main pour me rendre jolie. Mon cœur déborde et toi, tu crois qu’il me permet de surgir de la nuit et que jamais rien ne le retient. Les portraits de moi qu’il dresse à l’infini comme des échelles qu’il me faut toujours gravir me servent de corps, ma fuite est provisoire. Je suis, je reste et puis, je pars comme une ombre dans un miroir.
La nuit semble docile à côté de mon cœur quand il s’enferme dans mon regard et se met à dépeindre ma réalité. La mort me tient en permanence dans son poing. Parfois, elle m’enserre et me transgresse. Parfois, elle m’étrangle et il me faut lui inventer un mensonge pour pouvoir me tenir debout.
Imagines-tu ce que c’est que de vivre dans une phrase qu’il te faut éternellement réécrire dans une langue dont tu ignores tous les mots et tous les principes? Devines-tu l’ampleur du travail qu’il me faut accomplir pour démonter cette muraille de paroles sourdes et incompréhensibles, pierre par pierre ? Toujours je pars d’une douleur qui me transperce le ventre et qui ne sait pas ce que c’est que de faiblir. Si seulement, je pouvais partir de rien, si seulement mes constructions pouvaient me retenir et non me découdre continuellement!
Autant de fois, mon cœur plonge, creuse, accuse, démontre, affirme. Il faut qu’il parle mon cœur, au delà des abîmes, au delà des épanchements colorés de la douleur et de la colère, au delà des mes peurs et de mes chagrins. Même s’il n’a pas appris à marcher et ne sait pas comment faire, il faut qu’il avance mon cœur, au pas, sans hésiter.
Si souvent il déraille, toujours il me sort de mon lit et des condamnations irrévocables du quotidien. Il refuse de s’acclimater, il s’échappe par le chat d’une aiguille même s’il sait qu’il ne peut être libre et que tout n’est guère plus solide qu’un songe. Il s’accroche à mes révolutions silencieuses faites de soupirs, de renoncements et de désirs prescrits. Que les discours du monde sur ce qu’il me faudrait accomplir m’ennuient et me rognent les forces! Je ne suis pas en mesure de répondre facilement à ce qui est commun. Les théories et les catégories de l’esprit sont faites pour endormir et dominer insidieusement la raison, allons viens, dépose tes lèvres sur mes lèvres, embrase mon corps en te servant de tes mains.
Vois comme il rebondit, comme il gomme, oublie, et crie, mon cœur. Il faut qu’il nage au plus près du tien dont la vie jaillit comme d’une fontaine. Il me faut ta liberté et sa source vive pour concevoir la mienne si elle devait exister. J’ai besoin de l’accorder à tes rythmes, mon cœur, de le laisser mourir tous les matins en écoutant comment le tien s’y prend pour se battre et puis vaincre.
Les portes battantes les portes battantes
ailes du phalène que tu fus autrefois
des couloirs s’écroulent des secondes se disloquent
autour de toi autour de toi
les portes battantes
ailes lumineuses de tes paupières qui tremblent

des phrases suffoquent
des mots te révoquent
les portes battantes les portes battantes
et derrière
le corps tentaculaire d’un monde qui ne tient plus sa parole
un cul de sac
des écluses menteuses
des voies irrespirables
les portes battantes les portes battantes
tes veines bleues papillonnent sur un corps de marbre
la peur se noie
la peine s’écoule
à quoi ressemblera la victoire après ce combat
les portes battantes les portes battantes les portes battantes
ton dernier vol dans les couloirs de l’hôpital
dans l’aile réservée à la mort.
Un essaim de larmes