Jardin

via 500px / Green by ayedh alajme

C’est un jardin qui n’arrête pas de s’écrire

Sans limite les feuillages bercent le ciel

et la mer parfois

lui propose des teintes veloutées

et oranges

Sur les branches comme des notes de musique

sur une partition les oiseaux

Sous les pierres chaudes les geckos

des bracelets d’émeraudes

s’échappent et glissent dès que le soleil bouge

Trachelospermum jasminoides

trachelospermum jasminoides

Les nervures naviguent sur de discrètes étendues de soie.

 

Chaque feuille est en voyage unique, sobre, doux, élégant.

 

Les verts ruissellent du ciel à la terre.

 

Les milliers d’hélices à cinq pétales blancs vrombissent

 

et répandent des parfums qui éblouissent.

 

La lumière mélangée au vent se fait l’écho des vagues

 

en brassant les frondaisons des pins d’Alep voisins.

 

Le jour, le végétal déploie un feu d’étoiles.

 

La nuit, il est celui qui parle à la lune.

 

 

Papillon lune

Actias luna

 

Demi cœur

arraché à la fleur

je ferme les ailes et

je ressemble à un cil

à l’étamine

à un crin de la lune

éphémère delta d’un fleuve frisottant

velouté vert aigue-marine

je suis la paupière paisible

de la nuit

Etreinte

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L’écriture impose aux notes de faire marcher sur la pointe des pieds un violon solitaire au quel est suspendu tout un orchestre symphonique. C’est donc tout un univers qui tient l’équilibre sur la fine pointe d’un crayon comme si chaque mouvement allait le faire disparaître.

Le violon s’avance, l’archet étreint les cordes avec la même volonté dérisoire que les ailes du papillon qui caressent le vent, frôlent la lumière et puis la dispersent sous la forme de battements poudreux. Quel est ce rythme qui me soulève et me laisse entendre que je pourrais connaître la douceur dans les drapés du vent dans le ciel ?

L’onctuosité d’une ombre dont j’ai peine à deviner l’origine m’invite à réapprendre à marcher, comme s’il ne fallait jamais soulever de poussière, comme s’il fallait ne pas remettre en marche le temps impitoyable.

Le violon est une chevelure qui se dénoue, celle de la mer, celle des fleurs, celle de la femme qui peuple tous les souvenirs et s’en amuse. Son souffle est devenu la voix qui bondit des failles et des entorses à la vie. La voix qui semble avoir résidé des millions d’années dans les flancs d’une humanité endormie, la voix semblable à la source nous réveille pour nous laisser contempler une nuit sans origine.

Je reconnais dans la musicalité la mélancolie intrinsèque à la découverte d’une des facettes de la beauté: une seule lettre accouplée à cent autres pour former une couleur. Je reconnais ce que sans façon on nomme à tort l’illusion. La musique comme la première forme intelligible qui soit sortie du ventre des cavernes et qui n’est pas encore l’animal domestiqué.

Le violon marche sur la pointe des pieds, titille et laisse s’évaporer mes cris lointains comme des parfums. Le violon m’appelle en évoquant sous leurs formes incontrôlables mes sentiments. Orange et bleus, céladon et roses, blancs et violets. Parfois tout ce qu’il me reste pour respirer et reprendre ma route, est le noir qui ancré en moi me sert de fouet et de frontière imaginaire.

Ssssss

On dit que sous la pierre

je suis la vipère

et que sous le poids des mots

je suis l’insipide déviation

de la pensée

On dit que je ne suis rien

et c’est vrai je l’approuve

La vie je la repère là où elle dévie

souplement des non

et pense les maux

Le silence ne pèse pas

la solitude me va

comme un boa

le froid ne gagnera jamais ma voix

Tons

Tu ne veux plus écrire qu’avec des ombres sans jamais plus chercher la lumière ailleurs qu’au fond de toi. Tu t’étonnes de ne trouver rien d’autre que des cendres alors qu’il te faudrait un torrent. Entre toi et l’univers, tu n’as pas encore trouvé de correspondance.

Dans la forêt, la chanson du châtaigner agite ton cœur. Et ce souffle qui se module sous différents tons aurait-il trouvé ta voix ? Sombre et pourtant pareille aux envolées des merles bleus. Quel est donc ce mirage qui se sert de toi pour faire passer ce message que tu ne comprends pas mais qui s’adresse à toi sans se servir de ta langue ?

Une abondance inaccessible partage les troncs, les branches, les feuilles. La forêt est un ventre fécond de songes, elle nourrit l’espace en le peuplant de taches vertes et argentées, blanches et parfumées. Le futur est un fruit enfoui dans une bogue épineuse qu’il ne sera pas facile d’ouvrir à mains nues. Mais qu’importe la chanson de l’arbre ne s’écoute qu’au présent, fendillant les épidermes. Printemps, été, automne, hiver ne sont des saisons que pour l’homme. Le châtaigner dispose d’une autre sorte d’éternité. La constance.

Voilà, que le sang à la pointe de ton pinceau ressemble à l’écorce brune, aux plis du vêtement qui habille les branches, à la terre creusée de galeries par les racines que propulse l’envie indéterminée de poursuivre. Voilà que la couleur est la mie de ton pain.

Tu cherchais les mots qui formuleraient en deux ou trois traits toute une forêt de châtaigniers, le tango des années, l’inconstance acharnée des humains, la paix.

Tu ne veux plus écrire en te servant des ombres qui te menacent avec le couteau de l’abîme sur la gorge, tu ne veux plus dépeindre ce qui te pourrit la vie même si tu as compris que l’écriture s’est ancrée en toi sans avoir su se rendre utile à quoi que ce soit.

Limpide

Comme pour se laver l’âme, la mer.

Je la regarde me défaire et me refaire vague après vague. Aucune larme n’échappe à la lame bleue.

L’écume recouvre chaque galet, chaque aspérité jusqu’à les polir, me divertir, me faire disparaître, m’oublier. Les morsures acides des embruns finiront de dissoudre tous mes masques.

Dans la crème onctueuse des nuages noyés par les flots, la mer berce dans les bras des rochers les turquoises.

Rien ne me semble désormais plus clair que les mouvements des planètes et de l’univers qu’en écho nous transmettent les coquillages vides abandonnés sur les plages quand on les porte à l’oreille pour écouter leurs secrètes musiques.

Lame

Bertrand Vanden Elsacker via Disoriented
Bertrand Vanden Elsacker via Disoriented

La feuille blanche de ton esprit, aussi légère qu’une spore, insaisissable te suit dans chacun de tes mouvements. Point de départ, envol, développement, issue, en combien de temps conçois-tu la symphonie qui ne me parle que de toi de détail en détail.

Bertrand Vanden Elsacker via Disoriented
Bertrand Vanden Elsacker via Disoriented

La feuille sur sa tranche la plus fine, ondule et module ton parcourt sans que tu puisses avec précision dire de quoi et à qui elle parle. Mais tous nous savons qu’elle évoque ta présence silencieuse et attentive, discrète et mystérieuse. Ton évaporation se décline en quelques notes colorées, en visions floues. Elle devrait se terminer par les certitudes dont ton existence s’acharne à questionner les ambivalences.

Bertrand Vanden Elsacker via Disoriented
Bertrand Vanden Elsacker via Disoriented

Comme un sépale révèle la fleur, la feuille propose une idée de toi. Elle accentue le détail, elle signale que tu n’es pas aussi absent qu’on le croit. À chaque instant, tu mesures sur le fil la beauté furtive des choses et des êtres vivants sans jamais la dégrader en humiliant.

Bertrand Vanden Elsacker via Disoriented
Bertrand Vanden Elsacker via Disoriented

La feuille blanche se baigne dans un semi-rêve. Un rien suffirait à rétablir un lien avec la réalité. Construction géométrique parfaite, abstraction de l’absurde lourdeur, la lumière sur le faîte excelle à suspendre le temps. Subtilement, tu serpentes parmi les matières, les couleurs. Tous les airs de printemps que tu as dans la tête s’inscrivent comme un rêve dans la mémoire de la personne qui se réveille un instant.

Arbre

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C’est un arbre dont les feuilles sont des turquoises et ses fruits de toutes petites perles de pluie.

Le tronc se tord comme une phrase et les branches sont semblables à ces idées qui impliquent plus de questions que de réponses.

C’est un arbre dont les racines forment l’histoire qui relate un nombre fini de vies

et celle d’un

silence immobile

de croissances d’inflorescences

l’arbre alimente les rêves et son existence appaise la mienne

car comme un coffret il retient

l’effervescence

du jardin où les pierres sont des poèmes