Ma peau tremble comme un tambour

les secondes ses petites flammes savantes

avancent en avalant les graines de lumière

jetées au hasard

je suis aléatoire et incoercible

Je suis matière vive et malléable

je tiens en très peu d’espace

et à presque tout

je suis

une égratignure

un oubli

une pluie de points

Boréale

 

Coupées en tranches, réduites en parcelles, ainsi les phrases donnent vie à ce remue-ménage continuel au fond de moi. Au fond, masquée, plongée dans l’ombre, volontairement, naturellement, je mène une vie comparable à ces monstres marins dont on ignorait l’existence et aux quels on ne soupçonnait pas la moindre brillance.

Pourtant, l’amoureuse lumière crée la Beauté en façonnant notre regard. Elle doit surgir, inventer un chemin à partir de rien et je puis vous dire, qu’elle prend son temps, la lumière, pour éblouir si loin du soleil. Elle suit en spirale, toutes les volutes, toutes les larmes. Sa volonté est perspicace. Elle s’accroche partout, même là où on l’ignore.

Ah comme je voudrais qu’elle soit boréale ! Comme j’aimerais auréoler les choses et leurs apparitions ! Luire, écarteler mes couleurs et me répandre comme une onde du cœur au ventre, du ventre à l’âme ! naître sporadiquement, me laisser caresser comme un songe et puis fondre avalée par le plaisir.

 

Si petit

 

Je me suis endormie là

dans la nacre de ce petit coquillage

sur cette aile de phalène

sur cette goutte de rose

Je me suis déposée sur ce lit

de mousse où la lumière elle-même

tourne et devient folle

je me suis mise à parler de l’or

qui coule comme une sève royale

sur les écorces frêles de tout jeunes sapins

je me suis mise à rêver d’un vent

qui porterait ton nom et du jour

où j’épouserai un papillon.

Les fourmis blanches

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Écrire serait-ce graver avec de la lumière dans le noir ? L’écriture deviendrait-elle ainsi le fil conducteur de la vie où ne sommes pas que des objets, des passants mais de véritables acteurs? Les instantanés que nous prendrions loin des foules et de toutes fumées ne serviraient alors aucun guide touristique, nous laissant ainsi le plaisir de chercher dans l’ombre et de révéler peu à peu ?

Les phrases doivent-elles toujours avancer comme une armée de fourmis, produire des sens, révéler des idées ? Les phrases doivent-elles être tentaculaires abordant tous les bords, s’en prendre à tous les passants, propulser une histoire, construire un corps et vivre au travers du sang qui bouillonne dans les veines. L’écriture serait-elle passionnelle ?

Hier, je me questionnais ainsi et alors que je n’espérais pas de réponse, j’ai lu ceci.

« Lorsque j’examine de près ma petite enfance, je me rends compte que ma mémoire des mots a nettement antécédé ma mémoire de la chair. Chez la plupart des gens, je présume, le corps précède le langage. Dans mon cas, ce sont les mots qui vinrent en premier ; ensuite, tardivement, selon toute apparence avec répugnance et déjà habillée de concept, vint la chair. Elle était déjà, il va sans dire, tristement gâtée par les mots.

D’habitude, vient en premier le pilier de bois cru, puis les fourmis blanches qui s’en nourrissent. Mais en ce qui me concerne, les fourmis blanches étaient dès les commencements et le pilier de bois cru apparut sur le tard, déjà à demi rongé.

Que le lecteur ne m’en veuille pas de comparer mon métier à la fourmi blanche. En soi, tout art qui repose sur des mots utilise leur pouvoir de ronger – leur capacité corrosive – tout comme l’eau-forte dépend du pouvoir corosif de l’acide nitrique. Encore cette image n’est-elle pas tout à fait juste ; car le cuivre et l’acide nitrique qu’on emploie dans l’eau-forte sont à égalité, l’un et l’autre tirés de la nature, tandis que le rapport des mots à la réalité n’est pas celui de l’acide à la plaque. Ces mots sont le moyen de réduire la réalité en abstraction afin de la transmettre à notre raison, et leur pouvoir d’attaquer la réalité dissimule inéluctablement le danger latent que les mots soient eux aussi attaqués. »

extrait de « Le soleil et l’acier » Yukio Mishima.

pioché par le « hasard » de google Shunkin.net

Sur ta paume

 

Le jour se lève comme la brume et puis, ensuite, très lentement il commence à révéler en les caressant les arbres, les fougères et les herbes, les ruisseaux, les galets et la terre. Tout s’accomplit en silence et dans la quiétude. L’eau coule comme la lumière, la roche a la douceur des pétales de la rose blanche.

Chaque chose reçoit la place qui lui convient. L’harmonie semble pleinement dormir dans ce jardin qui ne doit être que beau. Cela suffit et le justifie.

Aux abords du ruisseau, où la lumière s’abreuve afin de mieux briller, quelqu’un contemple la beauté et son accomplissement opalescent. Dans la pénombre naissent en secret quelques suaves ivresses.

Chaque geste s’accomplit avec rondeur. Les pas du marcheur épousent les battements du cœur du rêveur. Le temps suspend son souffle et puis se répand paisiblement sur ce petit monde en le tintant de sépia ou de blanc.

Les arbres ondulent avec volupté, portent sur leurs branches comme des mains, des bouquets de feuilles ou de fleurs. L’abondance est un baume qui soulève jusqu’aux cimes, jusqu’aux cieux, les songes comme les nuages.

Coeur de verre

Ma ville a un cœur. Un cœur de verre, transparent. On croit qu’il ne bat pas mais pourtant l’eau de ses veines en avale des heures et des peines. Ses rues sont des rubans, ses avenues n’ondulent pas comme les serpents. Elle trace des vides. Elle donne envie de remuer. Des gens vivent, mangent, travaillent et oublient toujours quelque chose quelque part. Ma ville est un pense-bête. Un dépotoir, elle se laisserait volontiers trancher en quelques gros morceaux.

Ma ville a des bras, des veines, des artères et elle respire comme je mens. Je ne suis pas la seule à mentir et à vivre dans le mensonge. Les gens dans les métros, dans les bus, dans les taxis se mentent aussi. Ma ville les engouffre. Elle avale n’importe quoi, n’importe qui. Combien de drogués ou de vieillards abandonnés ? On ne compte plus comme partout ailleurs. Il est si facile de devenir anonyme.

Ma ville se laisse deviner. On peut dériver jusqu’à ce qu’on soit vieux et lui jeter son gant. Ma ville rêve et se fige. On l’envie parfois. On s’y perd, on abandonne, on se dit qu’il doit y avoir un endroit, une place où l’on pourrait enfin s’asseoir. Être complice.

Ma ville se vante de garder toujours espoir, de ne jamais dormir, de veiller éternellement, d’avoir un idéal. On devrait la laisser dormir sur des coussins quand elle a froid. On devrait pouvoir la regarder enfin au travers de la glace.

Anatomie de la ville, Caroline Andrin

Les pages grises

Si ma porte se ferme quelques jours, c’est qu’il m’arrive de ne plus trouver prise nulle part. Aucune forêt pour retenir mes secrets, aucune de mes prières ne trouvent plus d’écho. Je reste vide dans une caverne vide, une gorge qui ne contient plus aucun mot.

Je n’ai pas grand chose à cacher dans ma petite coquille, si ce n’est la peine. Ma peine : comprendre votre monde, apprendre vos attitudes, déchiffrer ce que vos phrases cachent dans leurs nœuds. Vous ne me rendez pas la tâche facile.

Hier, votre soif de vengeance m’a fait trembler, votre peur du passant m’a révolté. Faut-il toujours faire partie du même clan pour être apprécié ? Lorsqu’on donne tout, il ne reste plus rien à voler. On ne peut plus faire de l’autre un menteur ou un voleur.

Si vous vous cachez sous une croûte de fausses vérités, si vous me faites prendre des détours, traverser des déserts ésotériques, si vous manipulez les mots pour torturer les phrases lorsqu’enfin, je toucherai à votre source, sera-t-elle encore assez fraîche que pour éteindre mon dégoût?

Les jeux que vous proposez, n’amusent plus que vous mêmes. Qu’est-ce que j’en ai à foutre que vous invoquez le hasard de la wiki pour dissiper votre ennui !Vous faites du rire une ironie vaine. L’autre est toujours plus con que vous, n’est-ce pas ?

Heureusement pour moi, des auteurs étanchent encore ma soif. Des cœurs simples existent sans peur. Une écriture limpide, une écriture du plaisir qui se partage, trouve encore le courage de se laisser couler sans naufrage.

J’ai parcouru quelques blogs et puis lassée, j’ai relu Mishima:

L’eau continuait de s’écouler peu à peu. Le niveau de l’eau chaude s’abaissait lentement de son épaule à ses seins, puis de ses seins à son ventre. L’eau semblait ainsi lui lécher paresseusement le corps, délicates caresses qui laissèrent bientôt sa peau tendue. Le froid envahit son corps. Son dos était glacé. L’eau tournoyait maintenant plus vite et plus bruyamment tandis qu’elle laissait ses hanches à découvert.

« Voilà ce qu’est la mort, pensa-t-elle. C’est la mort. » Etsuko était sur le point d’appeler à l’aide lorsqu’elle retrouva ses esprits. Elle était agenouillée, nue, dans la baignoire vide. Elle se redressa, effrayée. P170 « Une soif d’amour » Yukio Mishima

La déferlante

La mer s’était retirée trop loin. Les souffles qu’elle envoyait étaient chargés de brouillard. La plage montrait les os saillants de sa cage thoracique et de son épine dorsale. L’horizon drapé de gris avalait des orages.
Soudain, géante, elle était là à tambouriner sur ma porte. À hurler dans la nuit qu’elle voulait mon âme et mon corps. Elle s’était enroulée sur elle-même, elle avait pris l’impatience sous son bras. J’ai mis mes mains sur les oreilles pour ne pas entendre sa rumeur. Elle chantait : « allons, c’est l’heure ! ». J’avais peur, j’avais mal : « De grâce, reviens plus tard. »Lui ais-je crié de mon trou noir.
Elle m’a tiré par les cheveux, m’a rué de coup. « Tu vas voir, tu vas connaître mon goût »me hurlait cette furieuse. Elle ne ressemblait pas à l’incendie, elle était bien plus amère. Jamais, elle ne vacillait ou se montrait tremblante. Elle ne ressemblait pas à la tornade, elle était plus gourmande. Chacun de ses pas la rendait plus cruelle et plus grande.
J’avais froid, j’avais faim. Elle avait mangé la lumière et liquéfié mon vouloir. Il s’écoulait plus vite que les secondes où je tentais de m’agripper. Quand je n’avais plus rien, ni larmes, ni mots, elle s’est redressée et à sorti son couteau. Elle a appuyé sa lame sur la pointe de mon cœur, a balafré ma joue et s’est enfuie en courant. Elle m’a laissé à demi-vivant, sur le lit qu’elle m’a préparé pour la mort.
La nuit quand je dors, le jour quand je vis, j’entends la vague, je vois son dos, je sens son haleine et je sais qu’elle reviendra.

Opale

porcelaine
Je t’envoie la lettre qu’il te reste à écrire, l’opale irisé d’une feuille de papier, la mie de pain, la main blanche et glacée découpée dans un fabuleux glacier, ses éclats de rire dans l’eau. Je t’envoie des pensées rassemblées dans les draps amidonnés de grand-mère, les plis confortables de la nappe du dimanche rangée dans l’armoire avec beaucoup de soins. Je t’envoie la caresse de la fleur, ses pétales, sa corole et ses feuilles. Je t’envoie un souvenir récolté par le hasard dans le fond d’un tiroir, l’oubli et son ruban au quel tu étais rattaché. Je t’envoie une tranche de vie, la nourriture qu’on laisse fondre sous la langue, le pas dans la neige, le souffle d’amour sur ta peau. Je t’envoie la partie douce et légère du silence.

Beague Vincent