Coeur de verre

Ma ville a un cœur. Un cœur de verre, transparent. On croit qu’il ne bat pas mais pourtant l’eau de ses veines en avale des heures et des peines. Ses rues sont des rubans, ses avenues n’ondulent pas comme les serpents. Elle trace des vides. Elle donne envie de remuer. Des gens vivent, mangent, travaillent et oublient toujours quelque chose quelque part. Ma ville est un pense-bête. Un dépotoir, elle se laisserait volontiers trancher en quelques gros morceaux.

Ma ville a des bras, des veines, des artères et elle respire comme je mens. Je ne suis pas la seule à mentir et à vivre dans le mensonge. Les gens dans les métros, dans les bus, dans les taxis se mentent aussi. Ma ville les engouffre. Elle avale n’importe quoi, n’importe qui. Combien de drogués ou de vieillards abandonnés ? On ne compte plus comme partout ailleurs. Il est si facile de devenir anonyme.

Ma ville se laisse deviner. On peut dériver jusqu’à ce qu’on soit vieux et lui jeter son gant. Ma ville rêve et se fige. On l’envie parfois. On s’y perd, on abandonne, on se dit qu’il doit y avoir un endroit, une place où l’on pourrait enfin s’asseoir. Être complice.

Ma ville se vante de garder toujours espoir, de ne jamais dormir, de veiller éternellement, d’avoir un idéal. On devrait la laisser dormir sur des coussins quand elle a froid. On devrait pouvoir la regarder enfin au travers de la glace.

Anatomie de la ville, Caroline Andrin

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.