
Elle effile
un nuage
Pénélope

Elle effile
un nuage
Pénélope

Comme le cassia je me déploie parfois
comme si j’avais des ailes des plumes
et dans mes veines le fourmillement désespéré
du soleil du vent de l’ombre des bruissements
qui peut se douter de ce que sont mes racines
et où se trouve le coeur qui peut chercher
les sources froides et leurs lueurs bouillonnantes
comme cassée sciemment je ne dépends parfois
que d’une seule branche un tronc que personne ne digère
des feuilles qui respectent tellement la lumière
qu’elles n’écrivent que leurs propres replis provisoires
une suspicion laide qui n’est pas une épine et ne vaut guère plus
que le vide voilà ce que l’on porte comme s’il s’agissait
de la cime
À peine si je pense qu’il faudrait que je me penche
Lorsque soudain une vanité apeurée et gribouillante
veut grignoter ce qu’elle prend pour de la liberté.

Toujours j’espère te reconnaitre
quand je m’approche de ta nuit
mais toi tu préfères pour l’instant que je pense
que tu n’existes pas et que tu ne niches pas
là
où les sommets te plongent dans le silence et les ombres
Si j’entends le bruit d’une aile
ce ne sera pas la tienne mais celle de la sittelle qui niche tout en haut de l’échelle
si je vois quelques bûches trembler je sais que derrière elles se cache le tout petit animal qui semble aussi faire partie de ton menu quand tu te réveilles et voles et survoles
Toujours j’attends la peur au ventre
l’instant où je te surprendrai dans ton sommeil
et que tes deux soleils s’ouvriront pour sonder s’il est temps
que je dorme un peu plus longtemps
La pluie et ses milliers de petits sabots qui galopent sur le toit
tous ces pas qui touchent la nervure centrale d’une feuille
la pluie amplifie et puis peu à peu assouplit sonde élucide
les signes et les empreintes ne sont plus que des flaques
des lacs où ne naissent jamais qu’à demi-mot des reflets
des ombres, l’idée qu’on se ferait d’une onde la pluie ses
graines que picorent les araignées quand elles défont leurs
toiles les abandonnent parce qu’elles n’emprisonnent plus
que la poussière cellulaire des larmes un grain de fatigue un
grain de désespoir la pluie sonde les puits où stagne mon
esprit celui qui se dit fantôme habite la ruche des mots vides
gavés et déviés la pluie efface multiplie hésite se tait burine dans
la glace un portrait presque parfait de mon âme dragon dont
les ailes sont des flocons dont le langage est un feu
feu mot feu paradoxe feu miracle feu silence la pluie fourmille
l’insecte est plus vorace qu’une maladie la pluie de plus en plus
vieillie ne finit pourtant pas par mourir

Les mots sont devenus des arapèdes
désormais ils vont vers cet outre-monde
il sait qu’il
les a un jour confiés au rocher
là où les vagues effleurent le ciel en le polissant
jusqu’à ce qu’il atteigne les valeurs mélodieuses du jade blanc
Peut-on apposer à la porosité des vers
l’éternité d’un rocher
même si l’on sait
que toutes les larmes sont salées
Depuis ce temps l’échassier regarde
se dissoudre toutes les réponses

L’orage avance en titubant
Ξ
Me suivent sans savoir qui je suis
de jour comme de nuit
un ou deux fantômes
Ξ
l’un est de lueur bleue
et se loge dans le coin de l’oeil
Ξ
l’autre est une luciole
qui si je la regarde s’envole
Ξ
L’orage se fait manger
par la pluie
cet ogre d’ocre
Ξ
l’aube
traverse le chemin
le chat noir
Ξ
Le lieu d’où viennent les âmes
est ce point incertain
perdu par une phrase
la frontière invisible de son silence où
l’illusion illuminée se délie et
la lueur s’envole
un fruit soudain s’est mis à mûrir
j’aperçois le point mort

hier la lune derrière la colline
donnait aux nuages une ombre ourlée de lumière morte
qui les portait jusque loin au dessus de la mer
hier la lune creusait le ciel
en cavait le regard
hier derrière la clôture j’ai retrouvé ton corps
tes yeux de jais ces deux perles merveilleuses
avaient été remplacées par le mot mort
hier j’ai vu qu’il manquait quelque chose
la vie ne portait plus de carapace
inutilement la vie s’était ralentie
et puis
t’avait laissée
une souffrance une faim
une soif non éteinte rodaient encore pas très loin
j’avais envie de protester mais quelques vagues
et l’odeur des algues broyaient mes larmes
Demain j’aurais la force de te trouver un cimetière
une tombe près de l’automne
mais la force je ne l’ai pas je ne l’ai jamais eue
j’ai refusé de te laisser mourir
j’ai ramassé toutes les herbes sauvages
avec l’espoir qu’elles te serviraient de ciel
pour disparaître