Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
l’étrange fleur flotte sur la page de la première à la dernière identique et sauvage floue insensée portant en elle le fruit amer d’un mot et puis d’un autre toute la trame d’une phrase la grille d’un texte la porte close l’infinie beauté que tous les uns après les autres ont reléguée aux sens ont cloitrée dans la clarté
C’’est l’hiver au jardin. Dans les buissons, pétillent les derniers ou les premiers fruits, selon la position que l’on prend face aux choses comme quand on regarde la lune et que l’on s’interroge pour savoir si elle nous montre un premier ou dernier quartier.
C’est l’hiver et quelques gouttes invisibles touchent les feuilles des oxalis. La pluie picore mon coeur et pointe à chaque fois une feuille en périphérie de mon regard. Je ne perçois de la pluie que quelques éclats, elle sautille d’un végétal à un autre, de la danseuse, on n’entend que le bruit de la pointe du chausson sur la scène. Un bouquetin en équilibre sur une paroi rocheuse
C’est l’hiver en mots et en paroles, en actes, il n’est pas encore là. Aux abris, personne encore ne dort. Les lits sont faits mais les êtres sont absents, habitués à voyager encore sur les chemins, laissant l’empreinte d’un cri dans la ramée, d’un crissement d’entre les aiguilles sèches des pins sur la face plane et presque froide d’une pierre plate.
C’est l’hiver et je doute. Le versant lumineux de mon être se fige, se glace. S’annonce un déclin, se décime le temps, s’érode le ciel devenu colonne de jade, blanc en train de perdre ou de gagner en transparence. On s’interroge sur ces fracas de roches. Est-ce un orage ? Les nuages raclent et rayent et polissent .
L’espace liquide, le temps fluide, la matière qui s’égoutte alors qu’elle est presque devenue poussière se mélangent pour former un tableau. Sur la colline, si près du précipice, un moine médite, un pin, le portique d’un temple, le vêtement ample du vent, les soies du silence.
La carcasse du cétacé comme l’ étoffe nuageuse d’une âme attirait toujours plus de squales perfection de l’aileron et de la nageoire caudale la peau bleue similaire à celle des vagues la mort enfin ressemblait à une parole sans équivoque était claire comme le geste gracieux d’une danseuse étoile
Pourtant ils ont pris peur les hommes qu’on leur impose des leçons de moral une éthique de la vie une colonie de lois des restrictions collectives à leurs commerces de la mort
Alors le cadavre ils l’ont drainé vers large comme un linge sale loin des bais et des ports une dépouille de plus jetée dans la fosse commune
la mer serait une nécropole où l’on ne peut plus qu’espérer
voir deviner
la silhouette tranquille d’un squale qui viendrait pour la nettoyer