Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
L’espace où il se déplace se distingue des autres silences en ce qu’il est souple immuable et docilement sombre chaque pas correspond à une empreinte de quatre ou cinq coussinets délicats sur un sol imparfait éclats de vers sur la feuille
il suit inlassable les mêmes couloirs odorants les mêmes passages où le temps est indifférent au passé au futur au présent il importe qu’il soit presque semblable à l’éternité sonnante
son pelage de braises et de cendres son regard de gemmes sa voix qui se lézarde
sa lassitude intacte et pure se gardent de grincer à l’instar de tellement d’humains
Il va un phalène dans l’âme battements de visages chacun des départs sous les paupières les cartes du ciel et des dédales voyages inutiles au bout de la peur la solitude cèle les visions du futur
partout on le regarde sans le voir il va larves dans la tête vers sous la langue éternellement en provenance des mêmes lueurs lunaires la parole douce la voix grave l’humeur sur le point de disparaître
il va métamorphosant son malheur et celui de chaque être humain à pas d’insecte et filaments de cendres fils d’étoiles naines enfant du vide et du désespoir avec sur les lèvres un sourire de statue grecque
Par la fenêtre il regarde les vagues certaines halètent en prévision de la plage d’autres repartent
Dès que la porte s’ouvre il bondit vers l’air libre il saute sur la table où sont posés des légumes et des fruits l’odeur des végétaux l’intrigue il décortique le message qu’ils ont pour lui provenance fraicheur et quelques détails sur le propriétaire de l’endroit où ils ont grandi
Il va rêveur de par ses chemins habituels qui favorisent de longues trainées d’ombres Il va évitant les flaques de soleil Quelques sifflements annoncent sa présence aux autres habitants du jardin Personne qui ne sache que son errance a commencé
Le vent mélange les murmures entre eux Ceux des vagues ceux de l’eau ceux des feuillages et ceux du temps qui passe
Il va silencieux Il sait que ses pas et ceux de l’éternité ont quelque chose à se confier un mot enrobé de patience un mot qui ressemble à un miaulement qu’il est le seul à comprendre.