Bris

Cornelia Parker Cold Dark Matter: An Exploded View 1991

Chaque matin je recompose ma symphonie de débris

matières en suspension dans les dentelles

que tisse ma cervelle

le temps oublie de respirer

les heures sont prisonnières

tout est en attente

d’une clef, geste furtif qui crée

éclats de phrases, brisures de mots

chaque coucher de lune fait que j’explose

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On ne sait

pas ce qu’il lui manque

pour qu’il soit

compris dans toutes ses formes audibles

il voyage entre les lignes

au delà de toutes les frontières perceptibles

lorsqu’enfin il arrive à planter

ses pieds

dans la matière de nos pensées

il ne reste plus que les éclats

brisés court-circuités

par nos neurones

On ne naît pas

avec cette rumeur

sous cette ramure de corbeau

et ce qui nous percute

n’est

déjà plus la musique

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Iannis Xenakis biographie sur le site de l’iCARM
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Metastasis

Or

J’ai rêvé encore qu’il fallait

qu’on me formule un corps

il partirait de tes mains

remontant jusqu’aux seins

il tournerait autour de ton nombril

comme ces verres de lumière

que l’on façonne d’un souffle

de la bouche

J’ai rêvé que je serais ta licorne encore

que mes reflets de nacre rose

seraient l’unique objet

de tes soins

j’ai rêvé qu’il me restait encore

des milliers de galops

à gaspiller

à mon encolure docile

coulerait une crinière de mots

qui prendraient ton corps.

Nomade

Raoul Hausmann, 1969

 

Le soleil sinueux serpente

sur les pistes usées par le sable

il ne nous reste que les pierres pour troupeau

au fond de nous l’île du désespoir

nous apporte un peu d’ombre

mais pas le droit de nous asseoir

le vent hasardeux

tremble ivre pris de folie

il ne nous laisse pas d’autre choix

que d’errer seuls

comme les rumeurs et les mirages

nous résistons sans larmes

sans nom sans pays

nous nous soulèverons toujours

aux rythmes du désert

Palampore

Mille petites mains se sont mises à broder

des fleurs, des feuilles et des tiges comme des cheveux

sur le ciel ocre d’un très fin coton

mille points scintillants se sont mis à palpiter

comme les notes de musique dans les champs du printemps

la soie appelait la lumière à se poser

sur les pétales  les pistils et les pollens

frêles se dispersaient dans la brise

pour fertiliser l’infini odorant de ton lit

on aurait pu tenir dans la main

toutes les couleurs et leurs parfums

Elles battaient des ailes comme les biches leurs cils.

Ce jardin regardait à peine plus loin que le geste souple et ample de ta main

Tout y semblait si fin qu’on se demandait comment il tenait

si bien tête à la laideur

de ceux qui se moquent des fleurs

et des enfants et des insectes qu’elles émerveillent.