Palampore

Mille petites mains se sont mises à broder

des fleurs, des feuilles et des tiges comme des cheveux

sur le ciel ocre d’un très fin coton

mille points scintillants se sont mis à palpiter

comme les notes de musique dans les champs du printemps

la soie appelait la lumière à se poser

sur les pétales  les pistils et les pollens

frêles se dispersaient dans la brise

pour fertiliser l’infini odorant de ton lit

on aurait pu tenir dans la main

toutes les couleurs et leurs parfums

Elles battaient des ailes comme les biches leurs cils.

Ce jardin regardait à peine plus loin que le geste souple et ample de ta main

Tout y semblait si fin qu’on se demandait comment il tenait

si bien tête à la laideur

de ceux qui se moquent des fleurs

et des enfants et des insectes qu’elles émerveillent.

Larmes d’anges

source

En tourbillonnant dans la neige, la forêt est entrée dans mes bronches. Elle est passée par mes narines et par ma bouche, par mes yeux et au travers de mes mains. Elle a fondu sur ma langue, elle avait le goût du vent et de la nuit.

Par petits flocons, en dispersant ses plumes blanches, la forêt avançait en sautillant sur les routes. Sur les voies d’eau, elle se laissait flotter et puis disparaissait comme une lueur, happée par le fond ou par un cri.

La forêt avait de larges feuilles à étendre, ses nervures me traversaient le front et les joues. Je n’avais pas froid, j’étais incendié. Elle me parlait tout bas en laissant planer le doute, m’autorisait à broder des phrases par petits bouquets. La forêt voulait m’apprendre à la regarder de plus près.

Du ciel, il tombait des larmes d’anges sur mon pays. Cela n’avait rien de triste. Il me semblait que la neige voulait gommer l’hiver. Effacer les arbres noirs, abolir la mélancolie brune des branches et habiller le vent d’un manteau de velours blanc. J’aurai pu penser que la forêt se mettrait à chanter, à danser dans mon ventre et dans mes veines. Mais soudain, j’ai compris que tu étais parti cette nuit, dans les bras de la tempête que j’étais seul à admirer.

Jean_Sibelius_-_Valse_Triste.ogg