Le jour
dénoue
les cheveux de l’été

Entre ta peau et les étoffes qui recouvrent ton corps
dans cette parcelle de liberté infime
que la lumière parfume de rose
je me love
sur tes frontières impalpables
j’appose comme une onde chaude
mon frémissement face au restant du monde
mon trouble un trait d’union noir
et souple pour démultiplier
les splendeurs de tes contrastes
coups de fouet somptueux
à la laideur pour qu’elle s’en aille
coups de crayon incisifs pour mon âme
afin qu’elle reste là éternellement
à se fondre à
ta source

Au pays des 7 lacs, les mots en colonies guerrières fourmillent. Les phrases mettent tout en œuvre pour abreuver ce tyran sanguinaire, mon cœur. Il mène les troupes méthodiquement, il se dit pourvu d’une dague et d’une puissance de frappe redoutable alors qu’il ne tient dans les mains que quelques maigres signaux transformés par le cerveau. Que peut-il encore contre ce monde de monstres et de morts, lui qui ne s’arrête jamais de brasser la vie ?
Sous la glace, sous la neige, dans les déserts éblouis par les nuées de l’hiver, comme les racines d’un arbre, les coulées d’encre tentent de se frayer un chemin vers le jour, vers le large. Je suis souvent si seul dans le noir à faire face à l’immense serpent du désespoir. Je me tords les bras, je me mords les lèvres et les mots avec la patience d’une meute de loups dévorent les pâleurs des pages. Pourtant, je garde dans le ventre éternellement l’envie de hurler : « Pourquoi le monde ne voit-il pas ce que je vois » ?
Exténué par les saccages, les courses folles, les envies constantes de sortir de la cage, j’aimerais être simplement une femme ou un homme dont le cœur supporte les trous noirs, dont le regard se satisfait de l’horizon, dont l’imagination reste brouter dans les prés du raisonnable. J’aimerais pouvoir lire l’émotion sur les visages, comprendre enfin pourquoi tellement d’humains se comportent comme des rats, se résignent à devenir des rongeurs. J’aimerais m’asseoir apaisé à une table, oublier mon cœur barbare et son impitoyable faim.
Sur mes rives imaginaires
les éternités pâlissent en formant des vagues
elles se répartissent comme des cartes
les parcelles du temps
•
En guise de mémoire et de toile
elles nouent et dénouent
les cheveux des astres
•
Vénus serait venue au monde
de mes paumes sauvages
comme un bourgeon ou un dard
•
L’espace de vos pensées a effacé
les traces de ma subtile odyssée
cratères d’astéroïdes géants
ou nids de petits pois
perles fossilisées ou nuées de mots
mon univers sera toujours verdoyant
•
Entendrez-vous encore son chant
comme un galop d’étoiles
On dirait les doigts d’une main
j’ai cru que tu pourrais ainsi reposer
ta main sur la mienne
légère comme portée par les flots de lumière
qui naissent entre les rochers du soleil
j’ai cru que la réalité s’évanouirait pour de bon
qu’elle cesserait de creuser des ornières et des rides
sur les routes
d’éblouir de non-sens mes journées
on dirait les doigts gantés de cet habile chirurgien qui guérit d’un seul regard
glacé
la cohue de la peine et le doute
tout ira bien sur ses lèvres fait reculer la mort de deux pas
j’ai cru qu’enfin ta main était revenue me chercher
comme mes songes au beau milieu de la journée
mais c’est une anémone de mer
que la dernière tempête a détachée de son socle

Les papillons de mes pensées
ont des ailes de papier conçues pour de petits voyages
ils avancent dans le silence azuré
d’une lettre au cœur d’une autre
ils ne transportent que les poussières colorées de l’existence
sans espacement perdu
ils déplacent peu à peu l’infime matière du souvenir
avant que la vie ne s’en soit complètement évaporée
pourquoi faudrait-il que je prenne la parole
afin de réserver quelques parcelles du temps
à rien
comme si j’avais à me soucier de camoufler le vide
entre des phrases
comme si j’avais à épargner mon souffle pour un lendemain absent