Ivoire

Anabori-type netsuke of clamshell with three boatmen and pine Artist: Jitsumi approx. 1800-1900

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À la surface presque blanche de mon habitacle conçu comme un bouton de rose, on devine l’empreinte de vaines marées. Elles ont laissé les ondes de leurs fulgurantes clameurs s’inscrire dans ma respiration : l’amertume s’est transformée en nacre.

À l’intérieur de moi, elle disperse et transpose le monde glacial, noir et fier en lumières sauvages, en aurores boréales et en collines de soie indomptables.

À me voir précipiter ma si fragile embarcation, on en oublie la raison. M’est-il vraiment utile d’aller plus avant dans l’obscurité éternelle ? Ne devrais-je point me contenter d’être simplement cet animal vivant sa vie dans une petite cuillère vouée à nourrir l’univers de poussière?

Dans le coquillage entrouvert, on voit fidèlement sculptés tous mes visages, mon tronc et ses branches, mes aiguilles pétillent. Les deux versants de moi-même se partagent la matière infime de la vie.

On voit comment ces deux habiles commerçants se disputent un pan du silence et ses fruits calfeutrés dans un simple panier. Ce trésor dérisoire m’a demandé tellement d’efforts, j’ai bu trois fois mon poids de larmes.

Mes songes dans un troisième élan, comme à chaque nouveau départ, m’imposent le doute, me trouent la mémoire. « Que vas-tu faire ? Où veux-tu que j’aille ? Le monde est plein de failles, de coquilles vides et de livres refermés : il n’ y a pas d’espoir. »

J’ai pivoté autour de mon axe, sans complètement me refermer et j’ai souri face à cette autre vue de l’univers, bleue et emblématique, qui gardait accroché à son ultime soupir un tout petit poème de trois ou quatre centimètres.

Horizon

Untitled, Artwork by Alex The One

Mon corps docilement déployé comme un pétale se laisse envelopper par les frontières précises de tes deux bras dessinées d’un seul coup de crayon solide tes épaules forment l’unique horizon de la nuit sur ta peau je lie mes milliers de soupirs à tous tes grains de beauté de la fente laissée par ta dague de jade perle le plaisir verse des larmes

 

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Image taken by Landsat 7 on Apr. 19, 2003 Image: USGS/NASA

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Dans la baie la mer ressemblait au chant sombre d’une baleine

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Son haleine partageait le temps et l’espace en faisant des ondes

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La mer mélangeait son corps et sa mélancolie aux flots graves

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On aurait dit les consonnes lasses d’une harpe dévorée par le sable

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La mer semblait ne plus vouloir guérir ni se défaire de la nuit

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À l’instar des étoiles elle tintait dans le ciel noir

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Pour le fendre de ses immenses nageoires blanches

Fêlure

La ville pour me parler de ma solitude diffuse autant de traces insolites que j’engrange au fur et à mesure comme s’il me fallait retrouver le chemin d’un retour. Quel serait le point de mon départ ? Comment débuteraient toutes ces phrases qui restent coincées dans ma gorge ou serpentent avec peine dans les tremblements de mes doigts ?

La ville me montre comment elle ploie sous le fardeau des regards distraits, inquisiteurs maladroits gommant les différences en feignant de ne pas les voir. Plus loin, elle se redresse, amusée, éternellement étrangère à elle-même dans un vêtement tout plissé. Elle marche silencieuse en longeant les murs, en frôlant les frontières. Elle se dérobe à toutes les représentations que j’aimerais donner de moi, de nous simples humains parmi les choses en me servant d’images. Je l’arpente, elle me guette. Je la capture, elle m’échappe.

Le soir, quand mon travail est accompli, je contemple sa fuite et la mienne. Je regarde pétrifié, mon impossibilité à être selon les schémas et les grilles de la norme et je chiffonne agacé toutes les pages de mes carnets de dessins, partant une nouvelle fois à la recherche de cette faille qu’il m’est impossible de nommer.

Clone

Dans le ciel

il y a les points lumineux                        des étoiles

l’agitation permanente              du néant

des lueurs                      finissent de poursuivre                     des trajectoires

il y a ce qui ne porte plus de nom

qui suinte                   qui sombre                               qui se décompose

Dans le ciel          il y a le silence libre                      à l’infini

la houle dévore le temps

et à la dérive

il y a moi             arborant autant de pétales que la nue

et dans le désordre

mon acuité se clone perpétuellement

À haute voix
L’amour agile se leva
Avec de si brillants éclats
Que dans son grenier le cerveau
Eut peur de tout avouer.

À haute voix
Tous les corbeaux du sang couvrirent
La mémoire d’autres naissances
Puis renversés dans la lumière
L’avenir roué de baisers.

Injustice impossible un seul être est au monde
L’amour choisit l’amour sans changer de visage.

Avatar de KO_DOPur Rien

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Talisman

C’est une pierre qui dort. On ne voit pas qu’en son sein scintille un univers à venir: pins aux aiguilles titillant joliment le ciel de votre esprit, rochers agrippant le regard de votre volonté, l’oiseau de vos souvenirs se posant sur une branche, ailes tendrement repliées comme s’il n’avait plus à s’envoler. C’est une pierre qui semble devoir vous révéler la puissance de vos rêves par rapport à l’irrévocable réalité de l’ordinaire.

On ne voit guère les remous somptueux de ses océans, on soupçonne à peine la souplesse de son opalescence et l’onctuosité limpide de ses reflets. On ignore tout de la souveraineté charnelle de son corps. C’est une pierre qui ne se révèle qu’à celui qui la choisit lentement. Elle est un végétal à l’état de bourgeon, son soleil est l’éternité.

C’est une pierre qui dure. Vos mains lui donneront des ailes lorsqu’elles se mettront au travail. Sortie du lit de la rivière, polie, elle nettoiera votre âme. Elle sait que les blancheurs laiteuses de ses phrases, petit à petit transformeront le regard que vous avez sur la vie.

Doucement

Mon ciel c’est la mer

mes nuits ses profondeurs eurythmiques

Les jours recouvrent de lumière mes déplacements 

je me laisse porter par le temps

Les remous me bercent

les courants me caressent et emportent mon corps

comme s’il était la chevelure déployée d’un songe.

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