Sensory Overload (Interacting with Autism Project) from Miguel Jiron on Vimeo.
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Une araignée à l’intérieur de toi tisse sa toile de soie
elle te tend ses brindilles de lumière
mais pour l’entendre il te faudrait
éteindre le restant du monde
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Sensory Overload (Interacting with Autism Project) from Miguel Jiron on Vimeo.
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Une araignée à l’intérieur de toi tisse sa toile de soie
elle te tend ses brindilles de lumière
mais pour l’entendre il te faudrait
éteindre le restant du monde
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Les mots te traversent comme les ruisseaux les forêts
Ils forment des colonies désordonnées de chuchotements
Ils miroitent comme si ils allaient disparaître tous les points du silence
Feuilles aiguilles bourgeons fleurs et fruits
racines et cimes s’abreuvent aux sources secrètes d’une seule lettre
poursuivent les serpents lumineux décrivent de fulgurantes constellations de sons
Pour former un sens les mots en prennent plusieurs
pour construire une phrase ils se laissent couler par hasard
érodant les roches d’un chemin
polissant le temps
oubliant l’espace un instant
Pour forger un mot tes sens doivent accepter le trot régulier et monocorde d’une signification
une seule que tu serais obligé de choisir
pour être compris
Il n’est rien qui puisse définir le froissement des étoffes limpides
qui envahissent tes vaisseaux à chaque fois que tu poses un pas.

γ
Au rythme halluciné
et méthodique de ton cœur
ta disparition progresse
γ
lentement les voies tracées
dans les labyrinthes de tes pensées
se taisent
γ
parfois tu te soulèves
avec la force d’une marée
parfois tu recules
maintenu prisonnier
par ce fil plus tenu qu’un cheveu
de nouveau-né
γ
si tu respires c’est que tu vis
encore
γ
peu à peu
ton visage se fond
tes contours se défont
tu aspires parfois à devenir
plus noir que cette béance
au fond de l’être
se secouant avec répugnance
γ
tu vas disparaître
disproportionné
rompu
sans te résoudre

J’ai ouvert la fenêtre pour laisser entrer l’arbre dont les branches agitées semblaient vouloir me dire : laisse-nous entrer chez toi. L’arbre est entré accompagné d’un cortège de feuilles, d’odeurs et de bruits. L’automne s’est allongé sur mon lit et puis, se redressant, il a posé sa main sur mon épaule, il m’a dit : allons !
J’ai ouvert la fenêtre pour disperser ton ronronnement dans le temps : juste le ciel et le vent pour te retenir. J’ai ouvert la fenêtre et je me suis assise, accompagnant d’un sourire tes galops de tigre et tes mises en garde de crabe. Ta joie ne connaît pas d’autre chanson que le ronron d’un tout petit moteur. Ton pas souple distribue la douceur.
Entre dehors et ici, il n’y a pas de gouffre à franchir si ce n’est celui que j’ai laissé moi-même s’élargir, d’un seul soubresaut de petit chaton, il s’évanouit. Je n’ai plus de vertige, je ne me tords plus les veines, je n’ai plus mal à la tête.
J’ai refermé la fenêtre, tu ne voulais plus partir, je me suis remise à écrire et toi à contempler les mouvements du ciel d’un regard vif et doré.

°
À la surface presque blanche de mon habitacle conçu comme un bouton de rose, on devine l’empreinte de vaines marées. Elles ont laissé les ondes de leurs fulgurantes clameurs s’inscrire dans ma respiration : l’amertume s’est transformée en nacre.
À l’intérieur de moi, elle disperse et transpose le monde glacial, noir et fier en lumières sauvages, en aurores boréales et en collines de soie indomptables.
À me voir précipiter ma si fragile embarcation, on en oublie la raison. M’est-il vraiment utile d’aller plus avant dans l’obscurité éternelle ? Ne devrais-je point me contenter d’être simplement cet animal vivant sa vie dans une petite cuillère vouée à nourrir l’univers de poussière?
Dans le coquillage entrouvert, on voit fidèlement sculptés tous mes visages, mon tronc et ses branches, mes aiguilles pétillent. Les deux versants de moi-même se partagent la matière infime de la vie.
On voit comment ces deux habiles commerçants se disputent un pan du silence et ses fruits calfeutrés dans un simple panier. Ce trésor dérisoire m’a demandé tellement d’efforts, j’ai bu trois fois mon poids de larmes.
Mes songes dans un troisième élan, comme à chaque nouveau départ, m’imposent le doute, me trouent la mémoire. « Que vas-tu faire ? Où veux-tu que j’aille ? Le monde est plein de failles, de coquilles vides et de livres refermés : il n’ y a pas d’espoir. »
J’ai pivoté autour de mon axe, sans complètement me refermer et j’ai souri face à cette autre vue de l’univers, bleue et emblématique, qui gardait accroché à son ultime soupir un tout petit poème de trois ou quatre centimètres.

Mon corps docilement déployé comme un pétale se laisse envelopper par les frontières précises de tes deux bras dessinées d’un seul coup de crayon solide tes épaules forment l’unique horizon de la nuit sur ta peau je lie mes milliers de soupirs à tous tes grains de beauté de la fente laissée par ta dague de jade perle le plaisir verse des larmes

˜
Dans la baie la mer ressemblait au chant sombre d’une baleine
˜
Son haleine partageait le temps et l’espace en faisant des ondes
˜
La mer mélangeait son corps et sa mélancolie aux flots graves
˜
On aurait dit les consonnes lasses d’une harpe dévorée par le sable
˜
La mer semblait ne plus vouloir guérir ni se défaire de la nuit
˜
À l’instar des étoiles elle tintait dans le ciel noir
˜
Pour le fendre de ses immenses nageoires blanches

Aux pieds des arbres,
L’automne n’est plus
Qu’une épluchure.