Les autres galaxies

Constellations, série de monotypes sérigraphies, formats divers, 2008.
Constellations, série de monotypes sérigraphies, formats divers, 2008.

Peu à peu la nuit s’épaissit
les oliviers les pins d’Alep et les figuiers
sont engloutis par l’obscurité
dans le jardin un rosier grimpant
laisse la lune lui caresser les roses
un sentier et la senteur de fleurs
qui ne s’ouvrent qu’après la disparition complète
du jour s’unissent
afin qu’en toile de fond surgissent
une à une les autres galaxies

L’artiste est Yann Bagot, visiter son site

Territoires

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Secret Skeleton Image from work by Guisheng Zhong and colleagues Harvard University, USA Originally published under a Creative Commons Licence (BY 4.0) Research published in eLife, December 2014

il pleut
des étoiles
car chaque goutte
étincelle
et parle
et ce n’est pas l’ensemble du ciel
qui pleure
ce n’est juste
qu’un tout petit endroit
là où les perles
se trouvent à l’étroit
dans le noir démesurément
froid
il pleut
mon rêve
éparpille
les mots
intersections du souvenir
s’agrippe
malgré moi
l’araignée qui règne
sur mes territoires
afin qu’il ne reste
au cœur comme le nombril
d’une tornade
plus que
l’oubli viscéral

Sommeil

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© Nan Goldin

La nuit mange
chacune des heures
où je ne trouve pas le sommeil

Le bovin digère
allongé sur la mer

chaque vague
reproduit le bruit
de la mâchoire
du ruminant

le chant des heures
fleuri par tant de secondes
immortelles
caresse l’échine
ou le cœur

calice où le sang
reproduit les battements
affolants du souvenir

au cœur toujours
il y a toi
ta voix
comme un pollen
que butinent les étoiles

En friche

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Straw-colored Fruit Bat Eidolon Helvum, Ben Van Den Brink

Entre
ce venin
et
mes articulations
l’espace libre
laissé en friche aux secondes

chacune
comme un grain
grippe
mes mouvements
afin que je n’avance
jamais
souplement

des gonds rouillés
grincent
grondent
ponctuent
vagues
tornades
granuleuses
torsions

mes os sont toujours sur le point
de se réduire en poudre


Parfois par un soupirail
des lambeaux de souffrance s’échappent
Je les contemple
battre de l’aile


Parfois en rêve
j’échange mes chauves-souris
vampirisantes
contre
les quelques gouttes phosphorescentes
du crépuscule
afin que survienne la trêve

 

Bruissé

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Le temps se liquéfie et   la mer muette oublie les vagues
Au milieu de la nuit     les premiers bourgeons du mimosa sont
Bleus

L’effluence dorée de tous les soleils anciens sommeille
Encerclée de la bogue
de l’hiver
Mon souvenir     précis     infime     fort     comme un spore
Rôde encore incertain

Buisson né d’un autre buisson
De racines il échappe sans cesse à l’effondrement de lui-même
Parfois     il s’aperçoit     incarnat sombre lui
Et son incendie d’écritures     fouillent
La nuit

Parfois je l’aperçois et le suis
Buisson de bruits

Texture

tumblr_o0d44tDWfX1ubcbi3o1_1280.pngMon esprit passe son temps à

découdre le silence

à défaire la trame qui le relie

au temps

Tout se suspend un instant

l’infiniment petit bruit capturé

comme un fossile dans la roche

rejoint la voix qui le cherche

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Mon esprit passe d’un bruit à l’autre

et comprend que pour lui

seulement

ils prennent une texture

ils forment des phrases imprononçables

ils oscillent en permanence

de l’état de vie

à celui de mort

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Mon esprit finit

par construire

des abris

des pelures

des écorces

rugueuses et mortes

souples et vivifiantes

comme des sources qui n’ont encore

rien appris des routes, des lits, des ravins,

des puits

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Quand enfin mon esprit estime avoir presque fini

il tremble comme le fil d’une toile d’araignée

ce qu’il gagne c’est à espérer

la goutte de rosée, la note de l’aube

à laquelle se suspend

l’éternité.

 


 

Images: Bertrand VD Elsacker

Octaves

Jorinde Voigt, Konstellation 4 Horizonte I-II, (2012)

sur la mer il n’y a rien

qu’un immense nuage gris perle

en moi je sens bien

que demeure éternel

un poulpe géant

berçant ses huit bras tentaculaires

 

sur la mer il pleut

d’infimes touches

ébène et ivoire

la pluie est une pianiste

ses mains sont remplies

de larmes

Vague

Wave Art Black and White Cavern by johnphilpottsphotography

La nuit se regarde dans les reflets des lumières

du port. Elle se dit je reste là je ne pars pas

tremblante pourtant  elle se dirige vers moi

un rayon ondulant se plante comme une flèche d’argent

au centre de la béance flasque

cet encrier renversé

qui me sert de coeur.

Décembre

 Image: NASA

 

Décembre

la mer engourdie

respire à peine

les collines se sont vêtues de brume

bleue

dans le jardin la fleur blanche d’un rosier mousseux

se baigne nue

les oliviers abritent des milliers de plumes vertes              de petits yeux noirs et brillants

certains à court de chants

tombent et roulent

jusqu’à former aux pieds des plantes

d’étranges queues de comètes.