Lentisque

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Bryan Nash Gill (American, 1961-2013), Acorn, 2013, wood print, 37 7/8” x 26”

Par dessus mon épaule pousse

la main caressante d’un arbre ancien

la douceur de son ombre -phalanges fines des doigts-

se pose sur le poème que la page d’un livre

me donne en toute pudeur

la main de l’arbre tremble

comme le reflet d’une eau

il lit entre les mots nourri d’un savoir

que les hommes ne possèdent pas

je sens que le soleil frémit en même temps

que son âme il éprouve je suppose une extase

à la pensée qu’il est un arbre

enjeu

Foliage and Clouds, Brussels, September 2015-Bertrand Vanden Elsacker-BVDE

 

De la mer

on dirait qu’il ne reste

que quelques traces de sel

elles se répandent sur cette

partie de la toile

entre deux collines

appelée ciel

Des fantômes

pour se souvenir

un cortège pour célébrer

silencieusement

un voyage

immobile

le temps

murmure longuement

chaque seconde

d’une main à l’autre

valsent des osselets

attendons qu’ils se lancent

L’épine du pied

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Doubt it, Cynthia Grow Source: instagram.com

je me suis placée à l’extrême bout d’un papier déchiré

et j’ai regardé droit devant moi l’île en faire autant

chaque partie d’elle même voulait intensément la mer

non pas dans les petits morceaux de ses vagues

dans une perdition d’écumes caressantes et d’aubes naissantes

de là, je suis partie vers l’écriture menacée sans sentir sur mon désir la moindre menace d’un réel prédigéré

au rythme du mot naissant sous mes pas de crayon promeneur envahi de silence et du bruit que fait un grain de poussière caressant un autre grain de poussière à la recherche d’un autre lui-même,

à ce rythme-là et non pas à celui qui mesure malgré lui, j’ai parcouru l’île.

Morceau arraché à un tout de la blancheur par un geste qui défait insatisfait ce qu’il vient d’unir presque malgré lui.

il me reste à présent à le relire à moins que définitivement je décide de l’oublier entre les pages d’un livre.

Amulette

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Silver amulet of Horse is one of a pair found in a grave 9th Century CE, Birka, sweden

—————  sans être triste

je pleure  — il pleure en moi———————

et se dessine avec toujours plus d’abstraction

ton profil

ton encolure /où pleuvent les crins du soleil

qui auréolait /tous tes galops

—— je comprends qu’il arrivera — un moment

je ne distinguerai plus rien

et que perdu

——— je t’attribuerai toutes mes colères

— les plus absurdes regrets

car j’ai beau faire et refaire ce que je n’ai pas fait

alors

à cet instant

en ce moment précis

où seul   /tu as trouvé la mort

/ malgré  toutes  les ruades

———— je ne reçois jamais de seconde chance

je ne résous rien

je ne calme plus ni ton âme ni la mienne / ni ton pas et le mien

Petits éclats

OLYMPUS DIGITAL CAMERALa nuit je crois que les arbres s’enflamment mais ce n’est que le vent

tout autour du sommeil il construit avec des brindilles prélevées aux hautes chevelures vertes et dorées le rêve que je navigue les mots

Le jour entre deux chants les arbres portent le ciel le vent et sa meute de loups contemplent comme je le fais les vagues

l’une d’entre elles s’élance et déploie des ailes d’écume ou de neige

toutes tentent la même prouesse

sur la plage il semble que le sable retourne aux étoiles emportant comme de petits éclats de miroirs les villages cramponnés aux montagnes

cet incendie me fascine et avec lui toutes ses traductions symphoniques

même s’il n’existe aucun instrument qui me dise ce que sont réellement les tempêtes

questions

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source image : ici

Je me demandais livre en main si j’aimerais être comme tous ces précieux galets

polis

mille fois mis en place

mille fois déracinés

jaugés sautillants d’une main avide à une autre

brillants quand je les regarde

pour finalement rejoindre avec une joie de plus en plus affirmée le lit de la rivière qui ne fait que passer au dessus de leur tête

ils dorment et rêvent

je suis presque toujours troublé et les questions sans réponse se succèdent

Peut-être

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Suis-je un oiseau

non une feuille sèche posée aux pieds de l’arbre entre les racines qui débordent de la terre

quelques notes me font respirer me soulèvent  et  puis me laissent fabriquer un tapis de poussières

je rêve  là parmi mes soeurs de l’été mes amies de l’hiver à de longues phrases ouvertes

l’arbre dans son sommeil murmure

qu’il a découvert le lit souterrain d’une rivière

 

crépitent les pas des petits mammifères

rien n’est plus doux que la mélodie de leur minois

parfois roule un fruit  parfois une écorce devient phalène

parfois plus rien ne m’empêche de laisser aller mes larmes

le soleil  le vent  l’hiver le temps la nuit

feront ployer les épaisseurs grises agglutinées au delà des branches de l’arbre que je portais dans mes veines

l’été

une chanson une dentelle qu’on jouera du bout des doigts

jusqu’à ton âme

devrait subsister

 

Pièce d’eau

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Parce que j’avance et me déplace par phrase

Ils disent que je ne marche pas

Que savent-ils de mon fonctionnement véritable

Alors qu’ils ne regardent et ne parlent que de

Leur propre image dans un miroir

Je sonde l’espoir du nénuphar

Quand il se débat avec sa naissance

Sombre et froide au fond du lac

Ai-je seulement remarqué

Que mon miroitement lui aussi

Se noie


Source image: ⊕ 

Respirer

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source image: ici

Sur mes épaules l’air se posait en lançant

Quelques reflets comme s’il se liquéfiait

Je regardais à peine ces oiseaux aux ailes de lumière

Comme si cela pouvait mettre fin

A ce qui se produisait dans mon dos

 •

Très vite en quelques secondes je me rendis compte

Que je vivais dans un aquarium rond

Comme une mappemonde je pouvais d’une idée

Le faire tourner autour de son axe sans perdre le nord

Sans être étourdi sans trouver la mort

 •

Je vivais donc en toute tranquillité sur ma planète

Dans un monde souple somptueux comme le sont

Parfois les paradis aquatiques que même le silence

Ne perturbe pas j’aimais l’idée que rien ne m’oppresse

 •

Qu’était-ce ce rideau froid et dur comme la pluie verglacée

Juste un petit bout de la réalité

A la dérive sans solutions affamé de questions

Je pris la sage décision de remettre à plus tard

Mon exploration

Serais-je un jour en mesure de quitter mon bocal

Mieux me faut-il savoir comment on utilise les scaphandres les masques les ceintures de plomb les harpons

Avant de devenir un poisson.

,

Avatar de lievennPour le vide

La mer est absente, elle est de sortie. Est-elle lasse de répondre à mes questions et de m’en poser d’autres, comme on pose une fleur coupée du jardin sur le plateau du petit-déjeuner?

La remplace un lac docile couleur argent. Mais je sais bien qu’il restera muet car seulement lui plaît de lisser ses plumes et de roucouler lorsque du regard je caresse doucement son duvet. Il n’est pas envie de s’envoler.

Plus de vague, les rives commencent à se flétrir comme les feuillages des plantes qu’on oublie d’abreuver. Les rochers soudain me semblent avoir oublié leurs colères magmatiques qui datent depuis leur naissance lointaine. Tout ce qui se serait produit là entre deux mondes, l’un marin, l’autre terrestre a été mis en suspend. Les conversations, les gloussements aquatiques, les cris des oiseaux, le chant des courants, le grincement des grains de sable les uns sur les autres ont disparu…

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