Prodigue toujours ta beauté sans compter ni parler. Tu te tais. Elle dit à ta place: je suis, puis en multiples sens retombe, tombe enfin sur chacun. Rainer Maria Rilke
This was the view as the International Space Station orbited 256 miles above the Pacific Ocean, southeast of the Hawaiian island chain. View Image Feature
On observe les soleils et les nuances violettes se refléter dans les cieux et les eaux fraîches
mais toi
tu ne vois que la brûlure orange et le cri de la corneille noire
tu ne vois que la crevasse créée par l’animal et sa voix croassante
tu voudrais qu’on te laisse là
seul sur la route qui va
tu es là où l’on ne voudrait pas que tu soies
On observe le ciel les étoiles et quelques coeurs qui tremblent à des centaines d’années lumière
on ne voit pas que tu regardes l’horizon devenir pour toi seul une statue de bronze
Neolithic rock art in southern India, ca. 1200-800 BC.
En écoutant le train passer au loin, la pluie grignoter la fenêtre, une voiture passer sur la route sans s’arrêter.
En regardant la ville et puis cette autre ville par la fenêtre.
En voyant le jour s’éteindre, la nuit peu à peu s’évanouir et les semaines toutes finir par dimanche.
-je n’avais le sentiment de vivre.
Tout se produisait au-delà d’une frontière que je ne pouvais franchir. La vie se passait de moi. De mes actions, de mes gestes et de mes convictions. La vie se passait loin de mes prédictions. Mes questions n’avaient plus vraiment besoin d’une réponse. Elles ne les recevraient pas.
-je n’étais rien parmi les autres. Particule peu particulière.
Hier, soudain, le paysage de la baie, ses vagues, le jour, ses lueurs la nuit. La mer évanouie. Le ciel sans nuage. Le ciel lourd et les collines ancrées pour toujours. Le paysage fit appel à moi par l’intermédiaire de mon souvenir.
-Étais-je semblable à aujourd’hui hier? Me susurra-t-il
Je n’en avais pas la moindre idée. Les lueurs des voitures sur les routes, les lumières prisonnières dans les salons des villas, celles apprivoisées par le phare du port et les reflets multiples répertoriés par la mer et son immense tranquillité apparente. Cela. Tout cela n’avait guère changé.
Pour la première fois, je me sentais la force de répondre à la question. Comme si ma position d’écouter le train, la pluie, une voiture, de regarder les villes, de voir le jour finir et la nuit se dissiper étaient la raison évidente de ma participation à la vie telle qu’elle s’écoule. Une participation qui n’exclue pas la position que j’avais de regarder, de contempler, d’être à l’affût et refoulée dans cette espèce de tanière qu’est mon corps. Pour la première fois, je ne me tenais plus à l’écart. J’avais une réponse.
Bien sûr que j’avais remarqué l’espèce de cancer qui rognait les rochers de la côte et toutes les villas comme des métastases. Les vagues et leurs souffles continuellement coupés par des hors-bords.
Ma réponse se devait de dépasser les apparences. Elle ne pouvait avoir l’arrogance de transformer les choses, de modifier la réalité, de faire renaître l’espoir.
-Non, paysage, tu es semblable à hier, aujourd’hui. Tu es comme toujours.
La nuit, les limaces tracent des cartes. Routes en pointillés et frontières de double épaisseur à peine visibles à l’oeil nu. Mais les lignes sont bien là, gluantes. Elles semblent désigner les trajets précis de la brûlure qui hante l’espace entre mes articulations. Les limaces vont là lentement où l’os est assoiffé. Il n’est pas rare qu’elles empruntent la voie des nerfs.
J’ai vu des feuilles dont la transparence laissait voir avec une précision hypnotisante la pureté du dessin d’une fleur improbable. Les pétales réunis par un coeur d’où déborde un faisceau de pistils.
J’ai apprivoisé une colonie de fourmis noires. Mots en morse pour décider d’un passage. Entre les lignes, au-delà des points, des fourmis blanches pour un silence qui suffoque. Il est maigre, le filet, ténu son courant de petite source. Effleurer la feuille pourtant suffit amplement à libérer un parfum.
De toi à moi de dessous le galet poli et froid depuis la fourmilière depuis le nid depuis le temps de l’endroit où naissent les rides de là et d’ici d’un astre à un autre de poussière à pollens de sève à fruits depuis le puit le point l’appui de l’invisible phrase qui te porte depuis ce temps où tes lèvres ne connaissaient le mot de la cime du creux de la porte du sommet du secret de la tourbière de la ruche du lac de glace de la mer du cratère depuis un cimetière un champ vide un enclos depuis la nuit de dessous le tapis par dessus les frontières en suivant les nervures en croisant les hampes depuis toujours à partir de rien mon silence
Animal Locomotion: Plate 669 (Ox Walking), 1887 Eadweard Muybridge Inscribed with Muybridge’s letterpress credit, series title, plate number and date Stamped on reverse with Museum of Edinburgh ‘Science and Art’ stamp Collotype print 18 x 23 1/2 inches (sheet size) 9 x 13 1/4 inches (image size)